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Jeux Olympiques de Vancouver et propagande canadienne: préparez-vous.

S’il y a une pollution visuelle détestable en tout temps à Radio-Canada, c’est cet effort de réduction de l’ensemble sociologiquement distinct du Québec à l’une des cultures secondaires du Canada, au même titre que les francophones de la Sasketchewan, les asiatiques de Vancouver, les arabes de Montréal, en bref une belle petite tradition folklorique parmi les autres.

On n’hésite pas à produire en quantité disproportionnée des documentaires sur les francophones de l’Alberta, sur la vie des immigrants dans telle ou telle province; on nous présente un beau Canada où le vivre ensemble semble découler naturellement de sa grande et merveilleuse diversité, diversité auquel le québécois primitif est un obstacle, un bloc, lui-même étant dépeint comme un xénophobe intolérant et dépourvu intellectuellement dans les commissions Bouchard-Taylor ou dans les entrevues avec le prince Justin Trudeau, qui d’une main nous explique à quel point le nationalisme est une mentalité dépassée, périmée, et de l’autre supporte la nation canadienne, l’une des nations du monde qui utilise le plus agressivement ses sociétés d’état aux fins de propagande en faveur de son nationalisme à elle: le nationalisme canadien, un nationalisme acheté à fort coût à même les taxes des gens auxquels on essait d’insuffler une flamme qui ne demande qu’à s’éteindre.

Vancouver-2010Dans cette entreprise médiatique d’état qui, selon ce que son ancien président Guy Fournier a déjà dit, défend trop peu les valeurs susceptibles de renforcer l’unité canadienne, les Jeux Olympiques demeurent un moment privilégié pour que s’exerce l’hideuse mission cachée de réingénierie sociale du Québec pour le modeler comme on le veut: dans l’aplatissement et l’inexistence. La symphonie scandaleuse commanditée dont le gouvernement canadien s’est prononcé chef d’orchestre est déjà en marche; ses trompettistes et violoncellistes, les médias et les athlètes, par coeur, ont appris la partition. La marche sinistre est enclenchée avec comme seul issue possible un tapis de feuilles d’érables rouges qui envahissent mon écran. Et nos enfants, qui ne demandent qu’à admirer des athlètes pour leurs performances sportives, se retrouvent noyés de cette mer de drapeaux. Avec une diffusion aussi agressive des symboles canadiens, il ne serait pas surprenant qu’une génération de jeunes québécois pas si lointaine réécoute les films de Pierre Falardeau et en vienne à ne même pas comprendre l’humour dans ces scènes où l’on voit des drapeaux canadiens partout sur les murs, sur la salière, et sur les vestons. Pour eux, ce ne sera que l’état normal des choses.

Les athlètes, toujours canadiens, rarement québécois, ont tout sacrifié pour augmenter leur performances, incluant leur propre capacité à réfléchir. Ils se portent jovialement volontaires comme des marionnettes pour jouer dans ce triste théâtre. C’est loin du rêve original de Pierre de Coubertin qui voulait former des esprits sains dans des corps sains. On a réussit à faire comprendre aux athlètes, sans trop d’efforts, que d’être payés pour faire du sport, c’était déjà bon, alors ils n’ont rien à dire et ils doivent porter le drapeau canadien partout où ils vont, et ne pas trop faire de bruit s’ils sont indépendantistes. Les médias eux jouent le jeu. Alexandre Despatie, Joannie Rochette, Nathalie Lambert, Marilou Dozois-Prévost, ce ne sont pas des athlètes québécois; ce sont des athlètes canadiens. Ils portent fièrement le chandail rouge, la feuille d’érable, et le drapeau.

Comme on le fait à chaque Jeux, on ira aussi visiter les quatre coins du pays question de nous montrer la belle diversité de la culture canadienne. Des inuits qui mangent du phoque, des fermiers de la Sasketchewan, les rocheuses de la Colombie-Britannique; si seulement ces symboles canadiens typiques étaient utilisés pour vendre le Canada à l’étranger comme dans les autres jeux, peut-être que je ne me prononcerais pas sur cette idiote entreprise propagandiste milliardaire vaine que sont les jeux. Mais le fait que ces reportages seront diffusés à même le Canada et le Québec afin de mousser un nationalisme canadien qui n’existerait même pas sans le gouvernement qui le soutient et contrer un nationalisme québécois que l’on veut petit, folklorique et silencieux me dégoûte au plus haut point.

Je voulais l’écrire en 2009 cet article, et non pas en 2010, à l’aube des Jeux. Je veux que vous preniez conscience de la forte pression qui est exercée par les diverses sociétés d’état qui financent les sports et les médias pour que se diffuse la propagande nationaliste canadienne pendant les Jeux. Je veux que vous ayez un article, écrit quelques mois à l’avance, qui vous l’annonce, et je veux que vous compariez mes prédictions à la réalité lorsque ça arrivera.

le TViste, article original

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