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Áramótaskaupið, le cousin islandais du Bye Bye

Le texte suivant est dédié à tous les Québécois qui ont eu un pincement au coeur en finissant 2009 sans Bye Bye.

Mis à part le Québec, l’Islande est l’autre endroit au monde où l’on reste figé devant sa télé pendant la dernière heure de l’année afin de regarder une revue satirique de la dite année. Les Islandais pourraient même prétendre dire aux Québécois qu’ils ont encore des croûtes à manger, le pays des Vikings ayant devancé Radio-Canada dans la production du concept.

En effet, Áramótaskaupið n’a sauté aucun 31 décembre depuis 1966, année de lancement de la télévision en Islande. Si on ajoute les 18 années à la radio, ça donne un total de 62 ans à terminer l’année en riant allègrement des politiciens, gens d’affaires et autres personnalités marquantes. De quoi en faire une tradition solidement ancrée.

Surtout quand l’auditoire est captif: le monopole d’État faisait en sorte que ce n’est qu’à partir du 9 octobre 1986 que la télécommande a été utile en Islande. Toutefois, la concurrence locale ou étrangère n’a jamais vraiment menacé La Comédie du Nouvel An, qui obtient encore des parts de marché à faire rêver toute personne qui travaille en télévision: de 90 à 95% des Islandais vont regarder l’émission, en direct ou lors des reprises dans les jours qui suivent. D’ailleurs, Páll Magnússon, directeur du service public, affirme qu’il s’agit « certainement » de l’émission la plus regardée en Occident. Record que croit fermement détenir Radio-Canada pour l’épisode de la Petite Vie du 20 mars 1995…

En 2009/2010, la classe politique et économique de l’Islande en prend d’autant plus pour son rhume que la crise financière qui touche le pays a fait considérablement baisser l’estime dont jouissait ces gens. La dizaine de comédiens qui montent les sketches n’ont épargné personne: l’émission met en scène une une soirée très très arrosée à la résidence présidentielle où étaient invités les mêmes hommes d’affaires que le président a toujours démenti connaître intimement ainsi que les politiciens des dernières années, à qui on reproche d’avoir été trop près des banquiers qui ont ultimement causé la faillite du pays. On caricature les milliers de manifestants qui ont poussé le gouvernement à démissionner en janvier 2009, les banques qui prêtent à tout le monde, on parodie une émission de télé-réalité sur la nouvelle réalité du chômage et beaucoup d’autres. Comme quoi chacun des 320000 Islandais peut trouver son compte dans ces 50 minutes de comédie – surtout avec la fin, où un fourgon cellulaire embarque tout le monde pour les emmener en prison.

Puisque de telles présentations ne sont pas sans créer de controverses, le site web Vísir.is a rapporté que le personnage de l’ancien premier ministre et ancien directeur de la banque centrale d’Islande, Davíð Oddsson, avait été coupé au montage. On jure que la raison n’est pas politique et permettez-moi de les croire puisque si on n’a pas hésité à se moquer du président et à montrer son successeur à la tête du gouvernement en couches alors pourquoi aurait-on cédé aux pressions d’un ancien politicien déchu?

Côté critique, l’accueil est positif. Souhaitant que l’équipe soit invité à produire une émission hebdomadaire, le quotidien DV accorde 4 étoiles tout en regrettant que les évènements qui se sont produits à l’automne 2008 aient été inclus maintenant et non l’an dernier. Parmi d’autres commentaires lus sur les blogues et dans les quotidiens, on lis que la plupart ont bien ri mais ce sont fait brusquement rappelés qu’au-delà des blagues et des sketches, les comédiens d’Áramótaskaupið ont dressé un portait fidèle de l’humeur nationale un an après l’effondrement de son système bancaire.  Le tout sans que cela frise l’hystérie comme le scandale du Bye Bye 2008…

Avec DV.is

Les plus curieux d’entre vous ont encore une dizaine de jours pour regarder l’émission le web

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derteilzeitberliner

Né au Saguenay il y a bientôt 27 ans, j’ai toujours eu la “tête ailleurs”. À 5 ans, j’avais déjà les deux yeux sur le globe terrestre. À l’époque, parce que j’aimais ça, je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents maternels et c’est avec mon grand-père que j’ai commencé à lire les journaux et regarder les bulletins de nouvelles.