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Trauma et l’incapacité québécoise

Hier avait lieu la première de Trauma, une série télévisée sur le monde de la traumatologie et une démonstration de l’incapacité typiquement québécoise de produire des séries télévisées innovantes.

On dirait que tout ce que les auteurs de séries fictives québécois sont capables d’écrire revient toujours plus ou moins à une incursion dans un monde, un univers. Les Machos, une incursion dans le monde des vendeurs de char. Scoop, une incursion dans le monde du journalisme. Mirador, une incursion dans le monde des relations publiques. Virginie, une incursion dans le monde scolaire. Un homme mort, une incursion dans le monde de la police et dans le monde des finances frauduleuses. Vice caché, une incursion dans le monde de la banlieue. Les Boys, une incursion dans le monde des ligues de garage. Km/h, une incursion dans le monde des chroniqueurs automobile. Detect.Inc., une incursion dans le monde des détectives. Et maintenant Trauma, une incursion dans le monde de la traumatologie.

On pardonnera Lise Payette pour Les Machos, parce qu’on peut comprendre que dans les années 1990, c’était comme ça que l’on écrivait. Mais 20 ans plus tard, qu’on en soit encore là, c’est pathétique. Surtout quand provient des États-Unis une tonne d’exemples de séries brillantes, bien écrites, qui pourraient être filmées avec les budgets québécois. Prenez Lost. Lost n’est pas une incursion dans un monde. C’est une série épique qui aborde les liens entre le passé et le présent, qui ajoute une charge émotive très forte dans les scènes en passant du passé vers le présent, et qui constitue aussi un très très bon show de science-fiction. Or Lost aurait pu être réalisé au Québec. Malgré les coûts énormes que cette série peut représenter aux États-Unis, la situation aurait été complètement différente au Québec. Simplement parce que les coûts les plus importants sont dus au déménagement de l’équipe de tournage en Hawaii, au salaire élevé des acteurs américains, et aux effets spéciaux qui de toutes façons ne constitue pas une composante essentielle de cette série. Un auteur québécois intelligent aurait pu créer une série du même calibre. Peut-être que ça ne se serait pas filmé sur une île, peut-être qu’il y aurait moins d’effets spéciaux et d’avions qui crashent, mais l’essentiel de Lost, c’est d’abord un scénario à couper le souffle. Or nous n’avons pas ces talents. Un autre exemple ? Dexter. Dexter n’est pas une incursion dans le monde des policiers, ni une incursion dans le monde des tueurs en série. C’est une série basée sur la psychologie d’un personnage, Dexter. Pourquoi nos auteurs québécois sont-ils incapables de créer une série basée sur la psychologie d’un personnage extraordinaire (et n’allez pas me citer Annie et ses hommes en exemple, je vous en prie) ? Une série genre Dexter aurait pu être produite au Québec pour des coûts semblables à Trauma. Un bureau de travail, une maison, et des scènes de crimes extérieures éparpillées à travers le scénario. 5 ou 6 personnages majeurs. Ce qui nous manque, c’est le génie pour l’écrire.

Le monde de la télévision québécoise n’a plus d’excuses; l’argent, ils l’ont. Qu’ils se concentrent donc à former une génération d’auteurs intelligents qui pourront écrire des scénarios à couper le souffle plutôt que de nous jouer du violon dans une salle d’urgence avec les histoires du frère d’un tel qui a coursé avec le fils de l’autre et qui n’a pas pu être sauvé malgré les efforts des médecins. C’est du mauvais Grey’s anatomy.

Le pire c’est que Trauma m’a donné espoir pendant quelques secondes. Il y a eu une scène où on voyait le passé du médecin. Je me suis dit qu’ils s’étaient peut-être inspiré de Lost. Malheureusement ça n’a mené à rien, et il n’y a pas eu de flashbacks supplémentaires. Même s’il y en avait eu et que l’on aurait fait une série dans laquelle on alterne entre le passé et le futur, ç’aurait été 5 ans en retard par rapport aux États-Unis avec Lost. Prenons donc quelques années pour former des jeunes esprits à bien écrire, mettons donc un peu d’argent de côté pendant ces quelques années et évitons de produire plus de déchets télévisuels. Quand on reviendra de cette période de réflexion, la télévision québécoise aura évolué.

le TViste, article original

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