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Charles Taylor n’est pas un philosophe.

Triste spectacle ce soir à Tout le monde en parle, alors que finalement se démasquait l’imposteur qui s’était fait engager à la commission Bouchard-Taylor sous le titre de philosophe.

Si on était en 1950 et qu’on posait la question à un philosophe: « Êtes-vous pour ou contre les droits des homosexuels ? ». Et si le philosophe répondait: « Bien sûr que non, ce serait contre le cadre juridique auquel nous avons été habitué. », sentiriez-vous que vous avez été bien servi ? Diriez-vous de l’homme qui vous donne cette réponse qu’il s’agit d’un bon philosophe ? Non. Parce que si la philosophie sert à quoi que ce soit, c’est certainement de nous permettre de penser hors du cadre des lois. Si on commande une commission pour commenter le cadre juridique sur un sujet ou un autre, la pire des choses serait que la personne engagée se limite à penser à l’intérieur du cadre des lois. Comment peut-on prétendre à la fois avoir un droit de regard et une autorité morale pour faire des recommandations au législateur et d’un autre côté ne pas se permettre de penser en dehors du cadre légal créé par ce législateur ? Pour poursuivre mon exemple de 1950, si aucun philosophe ne se serait permis de penser à l’extérieur du cadre des lois de l’époque, la sodomie serait encore aujourd’hui interdite. Hors ce que Charles Taylor a démontré ce soir à Tout le monde en parle, c’est qu’il est incapable de penser à l’extérieur du cadre légal canadien actuel. Et par conséquent il s’invalide lui-même comme philosophe intéressant pour commenter ou suggérer quoi que ce soit au législateur, puisque pour lui les lois actuelles sont des dogmes. Lui demander de s’occuper de la commission sur les accommodements raisonnables, c’était comme de demander à une soeur catholique de trancher la question à savoir si Dieu existe. La réponse était connue d’avance et n’amène rien.

Guy A. Lepage a mené une excellente entrevue qui a permis de faire ressortir ce point. Il a commencé avec les questions faciles pour lesquelles on connaissait déjà les réponses de Taylor. Une employée de la fonction publique peut-elle porter le voile ? Oui. Une enseignante peut-elle porter le voile pendant son travail ? Oui. Une étudiante peut-elle porter le voile à l’école ? Oui. Ainsi Charles Taylor se montre très permissif; que des employées de l’état diffusent leur propagande religieuse au public et à nos enfants, sur des heures de travail payées de nos propres poches, ça ne le dérange aucunement. Mais Guy A. Lepage a posé la question qui fait mal: Doit-on permettre la polygamie ? Et à cela Charles Taylor répond: « Bien sûr que non », et Guy A. Lepage lançant un « Pourquoi ? », il répond « C’est le cadre juridique auquel nous avons été habitué ».

C’est cette réponse qui décrédibilise tout le reste. Parce qu’on se rend compte que Charles Taylor, malgré ses longues études à l’Université Oxford et ses nombreux écrits traduits en de nombreuses langues, n’est pas un libre penseur. Pour lui, la présence d’une loi au moment présent est suffisante pour rendre caduque tout questionnement d’un comportement. Ce n’est pas avec ce genre de mentalité que l’on fait des révolutions. En fait ce n’est même pas avec ce genre de mentalité qu’on aurait pu créer la charte des droits et libertés, parce qu’il se serait trouvé quelqu’un pour dire que les homosexuels n’ont pas de droits, et que c’est « le cadre juridique auquel nous avons été habitué ». C’est l’ironie dans tout ce cirque philosophique: le grand défenseur de l’acceptation de l’autre et des droits et libertés des personnes religieuses garanties par la charte des droits et libertés n’aurait même pas eu le niveau intellectuel pour créer la charte qu’il défend maintenant avec autant de passion.

Mais Monsieur Taylor, pourquoi la polygamie ne devrait-elle pas être permise ? Si trois personnes consentantes vivent une relation saine, pourquoi n’auraient-elles pas les mêmes droits que toutes les autres ? En plus, généralement ces relations se vivent dans la sphère privée! Quand on y pense et que l’on compare avec les autres droits que vous défendez comme le droit de diffuser de la propagande religieuse dans une école primaire en portant le voile devant des enfants, il me semble que la polygamie pratiquée à la maison, sans déranger personne, me semble tout à fait raisonnable.

Bien sûr ce texte n’en est pas un d’appui à la polygamie. Pour moi autant la propagande religieuse en institution gouvernementale que la polygamie devraient être interdits. Je voulais seulement soulever cette contradiction incroyable de l’homme qui d’un côté dit qu’une enseignante peut diffuser activement sa pensée religieuse à des enfants, mais d’un autre trouve tout à fait normal d’interdire une relation à 3 comme il en existe déjà et pour lesquelles il n’y a pas vraiment d’impact sur la vie publique. Ça remet les choses en perspective, et moi ça me fait penser que les divagations tardives d’un vieux philosophe en contradiction avec lui-même ne constituent pas nécessairement la meilleure des bases pour créer des politiques publiques sur l’immigration.

Quand Pauline Marois est passée, ç’a été un soulagement. Malgré l’opposition qu’il pouvait y avoir de la part de Monsieur Taylor, je crois que Pauline Marois a montré quelque chose: qu’on ne peut pas décider que 75% des québécois ont torts. Que si 75% des québécois pensent qu’il y a un problème avec les accommodements religieux, c’est peut-être qu’il y a vraiment un problème et qu’il est légitime de se questionner. N’en déplaise aux moutons des chartes comme Charles Taylor, qui voudraient bien réduire le questionnement fondamental qui est posé par la population à une genre d’hallucination collective dans laquelle tout le monde fait fausse route, sauf lui.

le TViste, article original

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