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Weissensee, un Dallas est-allemand

Entre le rose bonbon de « Goodbye Lenin » et le noir de « Das Leben der Anderen », Weissensee, la nouvelle série dramatique de Das Erste, semble avoir bien représenté la vie en République Démocratique Allemande au coeur des belles années du régime communiste. À l’aube de la diffusion du sixième et dernier épisode, retour sur une fiction dont les audiences avoisinant les 5 millions ont mené ARD à commander une suite prévue pour 2011.

Berlin-Est, été 1980. Au cours d’un contrôle de routine, le policier Martin Kupfer (Florian Lukas) rencontre l’esthéticienne Julia Hausmann (Hannah Herzsprung). C’est le début d’une histoire d’amour rendue impossible en haut-lieu, le croisement de deux familles que tout devrait séparer près de deux décennies après la construction du Mur de Berlin.

Privilégiés du régime, les Kupfer vivent dans une maison de Weissensee, un quartier d’apparatchiks. Le patriarche, Hans Kupfer (Uwe Kockisch), haut-gradé du Ministère de la Sécurité de l’État (Stasi), veille à ce que son clan ne déroge pas de la ligne officielle afin de ne pas subir de conséquences sur sa carrière mais aussi les protéger du côté répressif du régime est-allemand. C’est ainsi qu’il n’hésitera pas à tout faire pour séparer son fils cadet de sa nouvelle flamme, fille d’une dissidente de Prenzlauer Berg qu’il a aimée 25 ans auparavant. Téléroman oblige, vous ne serez pas surpris d’apprendre que Julia ne connait pas son père et qu’elle pourrait bien être la demi-soeur de Martin…

Aidé de son collègue et fils ainé Falk (Jörg Hartmann), qui lui-même peine à contenir les doutes grandissants de son épouse à l’égard du régime d’Erich Honecker, Kupfer démontre à quel point le bras de la Stasi était long. Un simple téléphone et l’appartement accordé à Martin et Julia leur est repris. Une scène de jalousie de Marlene Kupfer (Ruth Reinecke) à l’égard de son ancienne rivale suffira à faire arrêter Dunja Hausmann (Katrin Sass) pour espionnage, elle qui avait pourtant dû son salut à son amour passé pour Hans Kupfer.


Chaque épisode renferme son lot d’anecdotes émanant de l’autoritarisme ambiant, de combien la vie des 17 millions d’Allemands de l’Est est réglée au quart de tour par le SED. La Stasi utilise la fille et l’ex-femme de Martin pour le ramener dans le droit chemin. Une collègue de Julia Hausmann, arrêtée alors qu’elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, est contrainte d’espionner Julia en échange de sa libération. Peut-être pire encore, on observe les collègues de Martin manigancer pour condamner un innocent pour pédophilie parce que le régime préfère utiliser le prétexte pour ramener en prison un homme ayant déjà été emprisonné pour Republikflucht, tentative d’émigration illégale. Parlant d’émigration, l’institutrice Vera (Anna Loos), la femme de Falk, se verra contrainte par ses supérieurs de punir un élève dont les parents ont demandé à quitter la RDA. Le chantage et le trafic d’influence atteindront leur paroxysme au cours du dernier épisode, alors que les deux frères auront des raisons de faire arrêter la femme de l’autre.

Aucun doute que c’était voulu mais la saison se termine à un moment où les protagonistes sont bien en place pour passer au travers de la dernière décennie de la RDA. Dix ans où le régime sera progressivement acculé à la faillite tandis que, comme Martin et Vera, de plus en plus de gens douteront qu’il s’agisse réellement de la voie du futur, le tout culminant bien sur par la révolution pacifique de l’automne 1989.

Soi-dit en passant, en tant que geek de l’histoire de la RDA, je confirme que la fiction s’inspire de choses bien concrètes.

À venir sur TVQC, mon autre coup de coeur étranger en streaming cette saison, la série danoise Borgen

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derteilzeitberliner

Né au Saguenay il y a bientôt 27 ans, j’ai toujours eu la “tête ailleurs”. À 5 ans, j’avais déjà les deux yeux sur le globe terrestre. À l’époque, parce que j’aimais ça, je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents maternels et c’est avec mon grand-père que j’ai commencé à lire les journaux et regarder les bulletins de nouvelles.