Jean-François Chartrand-Delorme

Downton Abbey saison 3: Mars et Vénus

Downton Abbey saison 3: Mars et Vénus
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La troisième saison de Downton Abbey a été diffusée sur ITV1 à l’automne 2012 et le sera bientôt à Radio-Canada au cours du printemps 2013.

On se retrouve désormais au début des années 20 dans un monde en constante évolution alors que Downton tarde à se mettre au diapason. Lors de mes deux précédents articles, je m’étais penché d’une part sur la noblesse et d’autre part, sur la domesticité, leurs codes, modes de vie, etc. Au cours de la troisième saison, nous assistons plus que jamais à de vives tensions entre les personnages, que ce soit au sujet de la religion, de l’administration et de l’autorité. Mais contrairement aux saisons précédentes, on retrouve des conflits non pas entre les serviteurs et les maîtres, mais bien entre les hommes et les femmes, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent. Et ce sont les femmes qui semblent embrasser le plus la modernité, alors que les hommes s’en tiennent à leurs idées quelques peu rétrogrades.

Notre page pour connaitre toutes les dernières nouvelles sur la série Downton Abbey.

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Adieu au patriarcat

On se rend compte dès les premiers épisodes que la réalité échappe de plus en plus au comte de Grantham, maître du domaine et à Mr Carson, maître des domestiques. Ceux-ci ne cessent d’entretenir le passé avec une nostalgie qui a de moins en moins sa place dans la nouvelle société britannique. Pour expliquer le succès de la série, Laura Carmichael (Lady Edith), a affirmé en entrevue : « C’est passionnant parce que c’est une époque en pleine mutation, sans retour en arrière possible.» Il y a en effet une certaine fatalité dans Downton Abbey à laquelle personne n’échappe : le progrès. Dans les premiers épisodes, on apprend que le comte de Grantham a été ruiné à cause de mauvais placements (au Canada…) et que l’avenir de la demeure est plus que jamais menacé. Matthew, son gendre, veut bien investir dans la propriété, mais à condition de moderniser les fermes s’y trouvant, afin d’augmenter la productivité et les profits. Le comte de Grantham s’oppose autant que possible à cette nouvelle démarche, préférant un statu quo qui a pratiquement ruiné la famille.

Il en va de même pour les valeurs. Plusieurs drames ou controverses naissent au cours de la troisième saison pour des raisons qui aujourd’hui nous paraissent bien futiles. Par exemple, Tom et Lady Sybill veulent que leur nouveau-né soit élevé dans la religion catholique (comme son père) à la grande fureur du patriarche. On assiste aussi au retour d’Ethel, ancienne femme de chambre chez les Grantham, qui avait donné naissance à un enfant hors mariage et dont le père est décédé. Sans ressources, elle se verra contrainte de se prostituer. Tout le village sera bientôt au courant et Mr. Carson interdira aux domestiques la fréquentation d’une telle créature. Pourtant, plusieurs d’entre eux lui viendront en aide. Lors d’une confrontation à ce sujet entre Mrs Hugues et Carson, cette dernière affirme : « Perhaps the world is becoming a kinder place », ce à quoi Carson répond : « You say kinder, I say weaker and less disciplined ». Cet échange résume assez bien les deux visions qui s’affrontent au cours de la saison. En effet, presque tous, à divers degrés, se rebelleront contre l’image paternelle incarnée par le comte et Mr Carson. Ces deux hommes font preuve d’un entêtement inutile. En même temps, ils incarnent une Angleterre aux prises entre le progrès et les traditions. Toutefois, et c’est leur principale qualité, ils font preuve d’assez de discernement pour accepter et reconnaître l’inévitable, non pas sans réticence, à l’image du parlementarisme britannique de l’époque, qui a su s’adapter aux changements tout en conservant un lien fort avec le passé; la monarchie.

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Vers une société plus matriarcale?

L’image d’un matriarcat plus moderne est d’abord incarnée dans le personnage de Martha Levinson, la mère américaine de la comtesse de Grantham venue à Downton pour le mariage de sa petite fille. À la suite de la Première Guerre mondiale, ce sont les États-Unis qui apportent une aide financière à l’Angleterre en pleine reconstruction. Dès lors, le pouvoir économique mondial change de continent. Mme Levinson incarne bien ce changement avec des dialogues savoureux comme : «It seems so strange to think of the English embracing change » ou encore : « You Americans never understand the importance of tradition.” (Violet) « Yes we do, we just don’t give it power over us. History and tradition took Europe into a world war. Maybe you should think about letting go of its hand » (Mme. Levinson). En effet, après la Première Guerre, les trônes d’Autriche-Hongrie, de Russie et d’Allemagne s’effondreront définitivement et seul celui de l’Angleterre restera en place, devenant presque marginal. On peut aisément comprendre que les Anglais, qui n’auront pas à subir de changements politiques majeurs, restent à ce point attachés à leurs traditions et que les changements demeurent à ce point timides. D’ailleurs, l’image ci-bas nous montre bien les contrastes entre les deux pays : ce sont Mme Levinson (à droite) et la comtesse douairière (à gauche) lors du mariage de Lady Mary. La première embrasse les années 20 dans sa tenue, sa coiffure et son chapeau à plumes alors que la seconde arbore un costume distingué, certes, mais digne d’une ou deux décennies en arrière.

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D’autres personnages féminins dans Downton Abbey, qu’ils soient nobles ou roturiers font aussi preuve de plus d’ouverture quand on les compare à leurs équivalents masculins. Au beau milieu de la saison, l’homosexualité du valet Thomas est révélée au grand jour, au moment où il doit être remplacé dans ses fonctions et les réactions divergent quant à son avenir à Downton. D’un côté, on retrouve des personnages de différentes générations telles Mme Hugues et la femme de chambre Anna qui tentent de minimiser l’impact de cette nouvelle qui en principe n’affecte en rien la vie quotidienne du domaine. D’un autre côte, les jeunes valets Jimmy et William réagissent avec beaucoup d’agressivité face à cette nouvelle et l’un d’entre eux est même prêt à le dénoncer à la police. Encore une fois, les femmes font preuve d’une belle ouverture d’esprit, d’autant plus qu’il faudra attendre 1967 avant que l’on décriminalise l’homosexualité en Angleterre.

En conclusion, la troisième saison de Downton Abbey est à l’image des précédentes : toujours aussi fascinante, avec une recréation d’époque sublime et des dialogues mordants. Il faut dire que les années 20 représentent une période en pleine mutation que la troisième saison de la série sait exploiter à fond. Ajoutons à cela deux naissances, deux morts tragiques et des voyages en Écosse et à Eryholme dans le Yorkshire; le tableau est assez complet pour nous faire languir jusqu’à la diffusion de la quatrième saison prévue pour septembre 2013.

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