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24CH saison 2 (RDS) / ReOrientation (TSN) : la vie privée et le sport

ReOrientation est une série de trois reportages diffusés entre le 15 et le 17 janvier sur les ondes de TSN. L’ancien joueur de la LNH Aaron Ward, maintenant journaliste à la chaîne sportive, s’est penché sur l’homosexualité dans le sport professionnel en Amérique du Nord et l’homophobie latente qui y règne, tout en interviewant plusieurs joueurs et dirigeants. De son côté, la deuxième saison de 24 CH est diffusée depuis octobre sur les ondes de RDS et de Canal D et les épisodes 30 minutes nous montrent toutes les semaines les coulisses de l’équipe du Canadien de Montréal.

ReOrientation

Bien que ces deux documentaires sportifs soient à des années lumières quant à leur contenu, on déplore un manque de profondeur dans les deux cas et on réalise surtout que le monde du sport n’en est pas à une contradiction près. Cependant, il faut tout de même saluer ces initiatives qui nous permettent d’en savoir un peu plus sur nos sportifs favoris et sur les coulisses d’un monde carrément top secret.

ReOrientation : démystifier, mais avec qui?

On le sait, le gouvernement de Vladimir Poutine en Russie a adopté il y a plusieurs mois une loi anti-gaie interdisant toute promotion auprès des mineurs de « relations sexuelles non traditionnelles », provoquant l’ire de plusieurs pays à la veille des Jeux olympiques de Sotchi qui se dérouleront en février. C’est dans ce contexte qu’est venue l’idée de TSN de se pencher sur l’homosexualité dans différentes ligues majeures. Ward rencontre entre autres Cyd Ziegler, cofondateur d’Outsports, Patrick Burke, cofondateur de « You can play », lesquels affirment qu’on note de réelles améliorations sur le terrain, notamment une plus grande ouverture des joueurs et l’emploi toujours diminuant d’insultes à caractère homophobe. Même Gary Bettman, commissaire de la LNH, est interviewé et affirme fièrement qu’il n’y a eu aucune sanction au sein de la Ligue depuis 2010 quant aux insultes homophobes. Reste qu’il y a beaucoup de chemin à faire… beaucoup.

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Ce qu’il y a de paradoxal avec ReOrientation, c’est qu’au lieu de démystifier l’homosexualité dans le sport,  elle nous dresse plutôt un portrait sombre de la situation. Mis à part l’exemple de Robbie Rogers qui a fait son « coming out » et qui joue désormais avec le LA Galaxy, les (quelques) autres exemples ne sont pas aussi édifiants. Dans le reportage témoigne l’ancien joueur de la NFL Esera Tuaolo qui est sorti du placard, mais seulement après avoir pris sa retraite. Sinon, on mentionne à Jason Collins (NBA) et on pense à David Testo (MLS), qui depuis leur sortie publique, n’ont plus décroché de contrat.

Enfin, Aaron Ward s’entretient avec quelques joueurs de la LNH tels Dustin Brown (Kings), Andrew Ference et Ben Scrivens (Oilers)… tous hétérosexuel (en plus, Ward a lui-même admis que ça avait été très difficile de trouver de joueurs enclins à parler de ce sujet à la caméra). Ceux-ci affirment que le monde du hockey est désormais assez évolué pour accepter des joueurs gais dans les équipes professionnelles; reste que c’est plus facile de soutenir ou donner son appui que de porter le flambeau. C’est justement là où le bât blesse. Comment s’inspirer quand on n’a pas de modèles? Depuis l’annonce de la loi anti-gaie russe, 27 lauréats du prix Nobel, l’acteur Wentworth Miller et d’autres personnalités en ont profité pour faire leur « coming out » ou alors manifester publiquement leur indignation. On est heureux de ces initiatives, mais dans un contexte de Jeux olympiques, des sorties publiques de la part d’athlètes auraient un impact beaucoup plus fort. Selon les trois reportages de TSN, ce ne sera pas demain la veille. En somme, la principale faiblesse de ReOrientation c’est un manque de contenu. La faute n’est pas à imputer aux reportages, mais bien à l’omerta sur ce sujet dans le sport où tous sont complices à différents degrés. Un cercle vicieux, quoi.

24 CH saison 2

24 CH, nouvelle maison de production, peu de changements

La première saison 24 CH était composée d’un épisode par mois et était produite par Bell Média / ESPN. Bien que l’émission nous permettait d’avoir accès aux coulisses de l’équipe, on déplorait surtout le manque d’objectivité de la série qui prenait quelques fois des airs d’infopub. Ainsi, les fans du tricolore avaient de quoi se réjouir lorsqu’il a été annoncé que la deuxième saison serait produite par Attraction Images et  Stéphane Laporte; ce changement pouvant apporter plus de transparence. En entrevue avec La Presse, le journaliste et producteur confiait que depuis toujours, il était un grand fan de l’équipe et qu’il réalisait un rêve avec ce projet. Il ajoutait aussi : «On va voir comment ils passent au travers de la crise. Les gens pourront mieux accepter une défaite s’ils voient à quel point ils font tout pour que ça n’arrive pas. Le Canadien a tout intérêt qu’on montre ça.» Dans la même veine, il est écrit à propos de la série sur le site d’Attraction Images : « L’auditoire aura la chance de mieux comprendre qui sont ces hommes qui, jour après jour, ne vivent que pour une seule chose: gagner. »

Malheureusement, le résultat final a de quoi en décevoir plus d’un. D’une part, au moins 60 % du contenu est dédié à la récapitulation des matchs survenus la semaine précédente. Le public cible de la série a déjà regardé les affrontements et ces segments sont pour le moins inutiles, sinon qu’on peut entendre quelques commentaires des joueurs alors qu’ils sont sur la glace ou les discours (pour le moins répétitif) de l’entraineur entre les périodes. D’autre part, on a droit à plusieurs capsules sur des gens qui ont évolué de près ou de loin avec l’équipe. Notons entre autres Mario Brousseau, un gardien de sécurité du Centre Bell qui travaille avec l’équipe depuis des décennies, les anciens entraîneurs Mario Tremblay et Michel Bergeron qui se remémorent leurs meilleurs moments, les membres de l’équipe en charge d’aiguiser les patins et rafistoler l’équipement, etc. Tous ces topos ont été couverts au moins une fois que ce soit à l’Antichambre à RDS, le 5 à 7 ou autres émissions de ce genre.

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À la limite de la partisannerie, la deuxième saison de 24 CH évite encore trop souvent tout sujet houleux, à commencer par les réactions après les défaites. Lors de l’épisode 6, l’organisation du CH a invité les pères des joueurs à assister à quelques affrontements. Après qu’ils aient perdu l’un d’eux, le narrateur dit : « Défaite des Canadiens 4 à 3, les pères et les fils seront silencieux dans l’avion ». Dans un autre épisode où l’équipe perd encore, on entend « Après le match, c’est le long silence de la défaite ». Sinon, jamais de confrontations entre les joueurs, on ne s’intéresse pas à ceux qui sont en panne sèche et on préfère nous montrer la participation des joueurs à divers événements de charité. Bref, une vision édulcorée de l’équipe ou tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

ReOrientation et 24 CH ont pour objectif commun de nous montrer un autre aspect du sport, plus intime, et de désacraliser les joueurs. Cependant, les deux émissions n’atteignent pas leur but. Dans la première, on réalise que les mentalités évoluent très lentement par rapport au reste de la société et que sans « coming out », on reste avec l’impression que tous les joueurs sont hétérosexuels et que la différence n’est pas acceptée. Dans la seconde, on reste en surface et on évite toute controverse ou friction, ce qui donne un résultat sans saveur. Dans ces deux-cas, on reste avec la même impression : les athlètes sont tous dans le même moule; des machines pour qui seule la victoire compte et dont les défauts ou différences se doivent d’être tus.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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