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The Assets : trop tôt pour se souvenir?

The Assets est une nouvelle minisérie diffusée depuis le 2 janvier sur les ondes d’ABC aux États-Unis.

Il s’agit d’une libre adaptation du livre « Circle of treason », coécrit par Sandy Grimes, une ancienne agente de la CIA, dans lequel elle explique comment l’agence centrale de renseignement, sous sa gouverne, est parvenue à démasquer un des leurs; Aldrich Ames.

The Assets

En effet, celui-ci a longtemps transmis des renseignements hautement confidentiels au KGB en pleine guerre froide dans les années 80. On ne verra malheureusement pas comment Ames s’est fait pincer puisque le 10 janvier, ABC a annoncé qu’elle retirait The Assets de sa programmation en raison de cotes d’écoute catastrophiques chez les 18-49 ans. On peut déplorer cette décision hâtive de la chaîne d’autant plus que de toute façon, la série ne devait durer que huit épisodes au total. Si on était quelquefois perdu dans les trop nombreux retours en arrière, celle-ci méritait un bien meilleur sort d’autant plus que l’expérience du deuxième écran dans ce cas-ci avait tout pour attirer les curieux.

Le magnétisme du fait vécu

The Assets débute en 1985 alors qu’Aldrich Ames (Paul Rhys) se rend à l’entrée principale du siège social de la CIA avec des documents supposément explosifs concernant le KGB. The rest is history et il est engagé en tant qu’agent. En collaboration avec Sandy Grimes (Jody Whittaker, Broadchurch), il tente de sauver la vie de leur ambassadeur en URSS qui s’est fait prendre alors qu’il voulait livrer des renseignements secrets à Leonid Poleschuk (Darius Petkevicius), un agent de la CIA. Bien que l’ambassadeur soit relâché, l’agent sera tué de sang-froid par les officiers du KGB, et dès lors, Grimes est persuadée qu’un des leurs a vendu la mèche quant à l’échange de documents qui devait s’effectuer. Dans le deuxième épisode, Ames a la tâche d’interroger le colonel Vitaly Yurchenko (John Lynch) qui a auparavant travaillé pour le KGB. Ce dernier affirme qu’il a la certitude qu’il y a une taupe au sein de la CIA et qu’il peut leur donner plusieurs indices en ce sens afin de les aider à la traquer. Ames, qui est au bord de la crise de nerf, était prêt à mettre fin à ses jours, ayant en sa possession une dose mortelle de cyanure, mais Yurchenko oriente les officiers vers un ancien collègue renvoyé il y a quelques mois. Ce n’est que partie remise.

Malgré un rythme plutôt lent lors du premier épisode, The Assets entre parfaitement dans le moule des séries d’espionnage qui connaissent un grand succès d’écoute ces dernières années. Pensons seulement à Homeland (Showtime, 2010- ) et The Americans (FX, 2013- ) aux États-Unis ou encore à Spies of Warsaw outre-Atlantique (BBC Four, 2013). Toutes se penchent sur des conflits entre pays où on confond aisément alliés et espions. La différence avec The Assets est qu’elle s’inspire d’un fait vécu. Peut-être une première aux États-Unis, le scénario a été écrit par des membres du service de nouvelles d’ABC, dont certains ont d’ailleurs couvert le procès d’Ames qui s’est déroulé en 1994 après qu’il ait été démasqué.

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L’expérience du deuxième écran que nous offre la chaîne vaut assurément le coup d’œil. Sur abcnews.go.com, en plus d’une visite de l’envers du décor, on nous propose des reportages d’archives, des entrevue avec les personnages principaux dans les années 90 lors du procès et ensuite récemment pour les besoins de la série. Ces témoignages sont fort intéressants. On a par exemple la version d’Aldrich Ames qui pour justifier ses actes, blâme sa femme, Rosario, qui était apparemment très dépensière. On a aussi la chance d’entendre les commentaires de Sandy Grimes après qu’on lui ait fait visionner la série. Elle en profite aussi pour nous livrer ses réflexions sur l’évolution du monde de l’espionnage des années 80 à nos jours. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle espère à la suite de la diffusion des épisodes de la série, elle répond : « That they remember those people who volunteered for the U.S. government, knowing that working for us, passing our secrets might result in them loosing their lives. In addition to that, I want them to remember that treason is a crime against every citizens of our country ». Malheureusement, cette histoire majeure dans l’histoire des services secrets des États-Unis n’aura pas trouvé son public.

Post-mortem

La diffusion du premier épisode de The Assets a rassemblé 3,77 millions d’auditeurs et seulement 2,92 millions pour le second : un record vers le bas pour une production issue d’une des trois chaînes généralistes américaines. Il faut avouer que débuter la série un 2 janvier, en pleine période des fêtes, n’était pas l’idée du siècle. Au départ, on se réjouissait de l’initiative d’ABC d’avoir sciemment décidé de produire une minisérie en sachant qu’il n’y aurait pas de suite. Les Anglais le font sans arrêt et produisent ainsi des petits bijoux télévisuels qui sont évidemment plus courts, mais plus intenses (The politician’s husband (BBC Two), The escape artist (BBC One), The Fall (BBC Two) etc.). À la base, ABC cherchait à combler sa plage horaire du jeudi soir en attendant que les nouveaux épisodes de Scandal soient prêts (de retour le 27 février).

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Au cours d’une saison, il est courant qu’ABC, CBS et NBC rediffusent des épisodes ou trouvent des « bouche-trous » temporaires afin d’amener leurs meilleurs produits jusqu’en avril. Par exemple cette année, on ne reverra pas Glee ou Revenge avant mars, ce qui est assez frustrant. Si The Assets avait été un succès, gageons que les autres studios auraient copié ce nouveau format sériel, ce qui aurait amené plus de diversité à l’écran et peut-être même plus d’audace. Maintenant que The Assets est enterrée pour de bon, ABC nous offrira des rediffusions de Shark Tank, cette émission salvatrice en cas de pépins puisqu’elle a aussi servi à remplacer Lucky 7 qui avait connu le même sort à l’automne 2013.

Sans être une passionnante (du moins, après seulement deux épisodes), The Assets était loin de mériter un tel sort. On nous a servi de bonnes scènes de suspens et les acteurs jouaient à merveille. Par contre, on aurait aimé que l’action s’installe plus rapidement étant donné le peu d’épisodes qui constituaient la série. Une chose est sûre, les Américains semblent réfractaires à la nouveauté en 2014 puisque deux autres nouvelles séries ont connu un départ plus que décevant. Killer women (ABC) ne parvient pas à attirer plus de 4 millions de téléspectateurs et après le départ en trombe d’Intelligence (CBS), son auditoire a chuté de 63 % pour le second épisode. Laquelle des deux parviendra à passer l’année?

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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