Chicago PD : manque d’éthique




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Chicago PD : manque d’éthique

Chicago PD est une nouvelle série diffusée sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada.

Comme le titre l‘indique, l’action se déroule à Chicago alors que l’équipe de police locale doit collaborer avec l’unité de renseignement menée par le sergent Hank Voight (Jason Beghe) afin de traquer les plus dangereux criminels qui courent la ville. Après l’échec du policier Ironside qui a été retirée des ondes après seulement quatre épisodes à l’automne 2013,  NBC se promettait de revenir en force à l’hiver avec… un autre policier. Si, comparé à la série automnale, les intrigues policières sont bien mieux menées et qu’on parvient à créer quelques moments de bon suspens, on est loin de réinventer la roue. De plus, le thème principal qui est la collaboration entre les deux forces et des dérives qui en découle a de quoi laisser le téléspectateur pantois.

Chicago PD

Surtout, en mettre plein la vue

La puce signalétique « 14 ans et + » qui apparaît lors du générique de Chicago PD est on ne peut plus appropriée. Dès les premières minutes du pilote, l’unité de renseignement se rend, mitraillettes à la main, dans un quartier mal famé de la ville à la recherche d’un réseau de trafic de drogue colombien avec à sa tête un surnommé « Pulpo » (Arturo Del Puerto). Ce machiavélique personnage a pour marque de commerce de trancher la tête de ses ennemis et c’est justement une tête qui git par terre alors que l’unité pénètre dans un appartement vide. Aussitôt ont-ils pu mettre la main sur le dangereux criminel, qu’un de ses complices kidnappe Diego (Zach Garcia), le fils du détective Antonio Dawson (Jon Seda). Entre-temps, une de leurs collègues, Julia Whillhite (Melissa Sagemiller), est tuée d’une balle lors d’un affrontement où la coordination entre la police et l’unité a fait défaut. Voight et Dawson réussissent à s’emparer du complice de Pulpo qu’ils molestent, ce qui leur permet d’avoir les informations nécessaires pour retrouver Diego qu’ils sauvent in extremis lors d’une poursuite en autobus.

On retrouve une certaine qualité cinématographique lors des deux premiers épisodes de Chicago PD, lesquels dépendent l’un de l’autre quant à la trame narrative. On a pris le temps de bien nous faire connaître les nombreux protagonistes tout en construisant un suspens qui trouve son apogée avec le sauvetage de Diego. Lorsque celui-ci vient d’être enlevé, la détective Erin Lindsay (Sophia Bush) avoue que statistiquement dans de telles circonstances, il n’y a que 1 % de chance de retrouver le bambin en vie. Et devinez quoi?  C’est justement ce 1 % qui se produit; ce qui révèle davantage de la fiction que de la réalité. Sinon, les très belles prises de vue de Chicago font de la ville un acteur à part entière de la série. Enfin, le bureau de police assez vieillot est typique de ceux qu’on retrouve dans les séries américaines depuis plus de 30 ans (de Muder she wrote, CBS (1984-1996) à Low winter sun, AMC (2013)) avec ses murs de briques, ses stores en bois et une lumière jaunâtre et diffuse. Malheureusement, le troisième épisode qui a pour thème le trafic d’armes illégales n’est pas assez dans la continuité des deux précédents et on tombe rapidement dans le policier standard avec ses petites intrigues hebdomadaires; tendance qui, on l’imagine, se perpétuera au cours de la saison.

Jamais aussi bien servi que par soi-même

Dans Chicago PD, on exploite les tensions qui règnent entre les policiers et l’unité de renseignement, cette dernière l’emportant haut la main en termes de résultats, mais pas en termes d’éthique. Voight et Dawson interceptent l’homme qui a kidnappé le jeune Diego lors d’une poursuite et veulent le faire parler. Voight suggère à son collègue de lui crever un œil pour lui tirer des aveux, ce à quoi Dawson ne peut se résigner. Plus tard en prison, Dawson, à bout de nerfs se résout à frapper le suspect avec des chaînes aux poings et cette méthode porte ses fruits puisque ses aveux les mèneront sur la bonne piste pour retrouver le bambin. Tout de même, comment se fait-il qu’on laisse le père de la victime interroger un présumé suspect? De toute façon, on n’en est pas à une contradiction près. Ce qu’on retient de la série, c’est que si les policiers n’arrivent pas à leur fin, c’est tout simplement parce qu’ils respectent la loi. L’unité parallèle n’est pas soumise à ce diktat et peut se permettre de traiter les coupables ou présumés coupables, comme bon leur semble. Dans sa critique de la série, Margaret Lyons écrit à juste titre : «The show absolutely glorifies police brutality. (…)  It’s one thing when a character behaves abhorrently, but it’s another when a show positions that abhorrence as a reason to like — or even worse, dislike but respect — someone ».  Voight entre dans cette lignée de rebelles auxquels on est supposé s’attacher. Qu’importe qu’il tabasse les prisonniers, du moment que les criminels paient d’une façon ou d’une autre pour ce qu’ils ont fait. Et pourtant…

Chicago-PD-logo

Quand la réalité dépasse la fiction

Ces scènes de brutalité policière sont du plus mauvais goût d’autant plus qu’il y a deux mois, aux nouvelles américaines, on apprenait que Stanley Wrice, un homme de l’Illinois avait été relâché de prison après y avoir passé les 30 dernières années pour un viol qu’il n’avait pas commis. C’est que le lieutenant de police de l’époque Jon Burge l’aurait torturé pour lui soutirer des aveux et il aurait usé des mêmes procédés avec des supposés témoins qui ont contribué à envoyer Wrice derrière les barreaux. Depuis, c’est Burge qui sert quatre années de prison pour ce qu’il a fait. Et toute cette navrante histoire s’est déroulée à Chicago, la ville ayant déjà très mauvaise presse en raison d’autres cas similaires déjà survenus par le passé.

Chicago PD demeure un policier standard, mais sans plus. À pareille date à l’automne, Ironside avait recueilli une moyenne de 5,60 millions de téléspectateurs après la diffusion de trois épisodes alors que la présente en a récolté 6,78. Au fil des semaines, on doute que la série parvienne à trouver un ton plus nuancé et original. À court terme et dans le but de créer un certain engouement, un épisode spécial diffusé après les Jeux olympiques amalgamera les personnages de la série et ceux de Law &a order SUV.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!