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Killer women : talons aiguilles et botte de foin

Killer women est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis janvier sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CityTV au Canada.

L’action nous transporte dans le « sauvage » Texas où on suit Molly Parker (Tricia Helfer), une ranger qui doit élucider des crimes, tous commis par des femmes, et surtout tenter d’en comprendre les motifs. Sa vie personnelle n’est pas non plus de tout repos puisqu’elle est en plein processus de divorce et vit pour le moment chez son frère Billy (Michael Trucco) qui ne cesse lui aussi de se quereller avec sa femme.

MARC BLUCAS, ALEX FERNANDEZ, TRICIA HELFER, MICHAEL TRUCCO, MARTA MILANS

Adaptation de la série argentine Mujeres Asenisas (Canal 13, 2005-2008), la série d’ABC ne brillera pas pour son audace. Caractéristique que l’on attribue généralement à une telenovela, le tout est joué bien trop gros et certaines femmes de la série incarnent de tels clichés qu’on est surpris que le scénario ait été écrit par une femme. Deux éléments sont essentiels pour assurer le succès d’une série policière : un inspecteur auquel on s’attache ou qu’on aime détester et des enquêtes fignolées. Killer women n’a ni l’un, ni l’autre.

Destins féminins incohérents
Dans sa critique sur la série, Pierre Langlais résume à merveille le personnage principal : «C’est encore une fois l’histoire de l’enquêtrice instinctive, sensible mais costaude, femme à poigne mais à la vie privée heurtée, superbe, rebelle mais douce.» Molly Parker est dotée d’un flair qui la trompe rarement sauf en amour. Elle est mariée à un sénateur qui la battait et celui-ci refuse de lui accorder le divorce. À l’opposé d’une vie personnelle douloureuse, sa carrière se porte très bien puisqu’elle mène les enquêtes d’une poigne de fer, tout en se montrant empathique envers les victimes et même quelques criminelles. C’est ce cocktail de vulnérabilité et de fermeté, maintes fois vu à l’écran qui irrite. Pour ne rien arranger, on sent tout au long des épisodes que Tricia Helfer joue une policière au lieu d’en incarner une. Enfin, du côté anglophone, plusieurs ont relevé que son accent texan était à géométrie variable. Là-dessus, on lui laissera le bénéfice du doute…

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Alors que Parker doit faire sa place dans un métier pour le moins viril, les criminelles semblent souffrir du même problème, si bien qu’au cours des trois premiers épisodes, on nous les dépeint en victimes d’une société machiste. Dans le pilote, la tueuse Martina (Nadine Velzquez) porte des talons aiguilles et une robe moulante d’un rouge flamboyant. Elle entre dans une église où est célébré un mariage et tire sur la mariée devant une foule pantoise qui ne l’a vraisemblablement pas remarqué parmi tout ce blanc. On apprend plus tard que des membres d’un cartel détiennent en otage sa mère et sa fille à Mexico et que c’était pour leur épargner la vie qu’elle a commis ce délit.

Dans le second épisode, des hommes riches, mais perfides sont assassinés, laissant leurs jeunes et pulpeuses veuves tout à fait consolables. Après enquête, Parker découvre qu’elles ont toutes en commun une décoratrice du nom de Jennifer Jennings (Beth Riesgraf). Cette dernière qui a pourtant une carrière florissante accepte comme passe-temps le soir de tuer les maris de ses clientes, non tant pour de l’argent, mais parce qu’ils ont tous d’une manière ou d’une autre abusé d’elles. Dans le troisième, Andrea Corbett (Peyton McDavitt), autrefois soldat, commet plusieurs vols de banque. Mais ses intentions sont loin d’être motivées par l’appât du gain puisqu’à chaque fois, elle distribue sont butin à des pauvres. Depuis son retour du front, Andrea est en cruel manque d’adrénaline et c’est ce qui explique en partie les vols qu’elle commet. Dans tous ces cas, les crimes et leurs auteures ne sont pas crédibles. Chacune d’elle est un mélange de femme fatale et de victime qui relève beaucoup plus de la bande dessinée que de la fiction; du genre à vérifier leur maquillage avant de commettre leur méfait et plus tard, dépeintes comme des saintes qui sont à plaindre du tourment que leur faisaient endurer les hommes.

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On rit presque

Le principal défaut de Killer women est de s’être pris un peu trop au sérieux. Pourtant, les bandes-annonce pouvaient induire le téléspectateur en erreur, croyant qu’il s’agissait d’une parodie. Dans le générique, on voit les photos des personnages principaux sur fond rouge, rappelant, à la typographie près, les grands westerns de Clint Eastwood dans les années 70, dont le célèbre film High plains drifter (1973). Mis à part le chapeau de cowboy, rien à voir avec le film , pas même un clin d’œil. Sleepy hollow (Fox, 2013- ) par exemple, mettait en scène des histoires si abracadabrantes que même les personnages principaux se moquaient (avec les téléspectateurs) des tuiles qui leur tombait sur la tête. Dans Killer women, on croit mettre en scène des enquêtes complexes avec une tournure inattendue alors que peu de choses tiennent la route.

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Dans le premier épisode, Martina tue la mariée au pied l’autel sans que personne ne réagisse. À la scène suivante, on voit son mari s’expliquer avec Molly, le visage encore couvert de sang. N’y a t’il donc pas de serviettes dans l’église? Dans le troisième épisode, Andrea, qui ne cesse de multiplier les vols à l’étalage, se rend ensuite dans des maisons de pauvres pour cacher une liasse de billets verts sous leurs oreillers (oui, oui…), comme la fée des dents. Afin d’accrocher peut-être un public plus masculin, on nous montre toujours ces femmes en talons aiguilles et vêtues comme si elles allaient à un bal et les scènes de « sexe » entre Molly et son nouveau petit copain Dan (Marc Blucas) sont aussi chargées d’émotion qu’un baiser d’esquimau (on est sur une télé généraliste après tout).  Et c’est sans compter des phrases prononcées avec le plus sérieux du monde comme « I’m a lone ranger » ou « we might get killed in Mexico tonight »…

Lors de sa première, Killer women à peine mieux fait que The Assets en termes de cotes d’écoute avec un maigre 3,96 millions. Après trois semaines, l’émission semble se stabiliser aux alentours de 3,6 millions, ce qui était bien entendu en deçà des attentes pour une série diffusée à heure de grande écoute. Pourtant, la série argentine dont celle-ci s’inspire a connu un franc succès dans son pays d’origine et a duré 4 saisons pour un total de 78 épisodes. Un remake mexicain a aussi connu une popularité semblable. Question de culture? Une chose est sûre,  on ne risque pas de revoir Killer women pour une seconde saison, la première ayant entre-temps été amputée de deux épisodes.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!