Les petits meurtres d’Agatha Christie : nouvelle mouture… moins convaincante




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Les petits meurtres d’Agatha Christie : nouvelle mouture… moins convaincante

Alors que la plupart des chaînes télévisées au Québec profitent de la période des fêtes pour rediffuser des dessins animés ou films pour une énième fois, cette année encore, TV5 Canada se démarque du lot en nous présentant deux épisodes de la seconde saison des Petits meurtres d’Agatha Christie les dimanches soirs : “Jeux de glace” (22 décembre) et “Meurtre au champagne” (27 décembre). 

PETITS MEURTRES AGATHA CHRISTIE

Adaptations des romans de la célèbre romancière britannique, on a changé d’acteurs principaux et d’époque pour cette nouvelle mouture. Après onze épisodes de 2009 à 2012, adieux au commissaire Larosière (Antoine Duléry) et à l’inspecteur Lampion (Marius Colucci) et même aux années 40. L’action se déroule toujours à Lille au nord de la France, mais désormais dans les années 50 et ce sont le commissaire Laurence (Samuel Labarthe) et la journaliste Alice Avril (Blandine Bellavoir) qui mènent les enquêtes. Si le changement d’époque n’a en rien changé l’essence de l’œuvre de Christie et apporte même un renouveau quant au style visuel, le nouveau duo laisse par contre dubitatif. En plus de se comporter comme chien et chat, le personnage de Laurence coopère très peu alors que celui d’Avril est un peu trop clownesque.

Une tradition qui s’installe?

TV5 nous a habitué depuis quelques années déjà à une programmation des fêtes alternative, dont la présentation d’épisodes de la série des Petits meurtres d’Agatha Christie qui pourrait à la longue devenir une tradition. La pléiade de romans de l’auteure a été l’objet de moult adaptations et en ce sens, on n’est jamais vraiment dérouté lorsqu’on regarde l’une d’entre elles. Ces adaptations françaises de certains de ces livres sont pour ainsi dire des petits bijoux télévisuels qui ont entre autres reçu cette année le Grand Prix des Pyrénées d’Or de la Meilleure Série au Festival des Créations Télévisuelles de Luchon.

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Bien qu’on évacue du scénario Hercule Poirot ou Miss Marple pour les remplacer par d’autres, la formule du huis clos avec tout au plus une dizaine de suspects qu’on cuisine pendant un certain temps fonctionne. Pour la deuxième saison, l’idée de transporter les protagonistes au milieu des années 50 donne un nouveau souffle à la série. Par exemple, dans “Meurtre au champagne”, une actrice de cinéma est retrouvée morte et Laurence et Avril doivent prouver qu’il ne s’agit pas d’un suicide. On recrée donc tout un plateau de tournage où les acteurs n’ont plus l’air d’un Clark Gable ou d’une Lauren Bacall, mais bien d’un Alain Delon ou d’une Sofia Lauren. Même la secrétaire de Laurence, Marlène (Elodie Frenck), ressemble dans son accoutrement et ses manières à Marilyn Monroe. Le fait de transposer ses romans au moins quinze ans plus tard permet aussi une variante quant aux rôles traditionnels des hommes et des femmes dans la société; encore ne faut-il pas trop exagérer…

Les deux ne font pas la paire

Dans la première saison des Petits meurtres, les crimes étaient élucidés par un commissaire narcissique et un inspecteur timide, mais très futé. S’il y avait une certaine rivalité entre Larosière et Lampion, les deux hommes représentant les forces de l’ordre locales travaillaient tout de même de concert. Dans cette nouvelle saison, la coopération est plus difficile, en partie parce que l’un évolue dans le monde de la police et l’autre dans celui du journalisme. Puisqu’on veut que le duo enquête tout de même ensemble, on a dans ces deux films modifié le scénario à un point où les mises en situation sont pour le moins tirées par les cheveux. Dans “Jeux de glace”, trois meurtres sont commis au centre expérimental de réinsertion « La Main tendue » à même la villa d’une riche héritière.

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Avril parvient à s’y introduire en se faisant passer pour une femme abandonnée et enceinte et sera engagée comme bonne. Dans “Meurtre au champagne”, les producteurs veulent poursuivre le tournage de leur film malgré le décès de la star et ils décident d’engager Avril (qui se trouvait là pour un article) dans le rôle principal. Dans les deux cas, le double emploi de la journaliste lui permet de se retrouver aux premières loges de l’enquête, mais ces mises en situation sont peu crédibles. Dans le premier film, les suspects ont une confiance aveugle en elle, même si elle fait très peu de ménage et qu’elle a accès à tous les recoins du château alors que dans le second, on comprend mal qu’elle ait décroché le rôle étant donné ses piètres talents d’actrice.

L’autre aspect où le bât blesse dans cette deuxième mouture des Petits meurtres d’Agatha Christie est la mésentente quasi constante entre les deux principaux protagonistes, explicable en partie par des caractères on ne peut plus opposés. Laurence a été transféré contre son gré dans une petite ville et il a toujours travaillé seul. Arrogant et charmeur, il en faut beaucoup pour le faire sortir de ses gonds et il a cette capacité d’analyser avec un détachement complet  le crime le plus abject. Enfin, il est du genre à mieux s’entendre avec Marlène, une jolie femme qui n’a aucune ambition et qui lui obéit au doigt et à l’œil. Avril est tout le contraire. Pigiste à « La Voix du Nord », elle est divorcée, peu féminine et manque cruellement de savoir-vivre. Sa témérité la pousse à brûler des étapes et c’est peine perdue lorsqu’elle tente de devancer Laurence dans les enquêtes puisqu’elle se met un peu trop souvent les pieds dans les plats. Le problème est qu’on met beaucoup trop l’emphase sur les différences de caractère de Laurence et d’Avril. On ne cesse de nous montrer des querelles futiles entre les deux, ce qui fait qu’un peu trop souvent la partie enquête de la série se retrouve au second plan.

La diffusion de nouveaux épisodes des Petits meurtres d’Agatha Christie apporte une alternative plus que bienvenue aux maintes reprises que préconisent la plupart des chaînes québécoises en cette période des fêtes. Si le nouveau duo est moins convaincant, le fait de transposer les histoires de l’auteure en France avec de nouveaux héros, et ce, peu importe l’époque, fonctionne à merveille, ce qui semble être aussi l’avis de Matthew Pritchard, qui n’est nul autre que le petit fils d’Agatha Christie. En entrevue, il a même avoué qu’il s’agissait de la plus belle adaptation télévisée qu’il n’ait jamais vue : de quoi donner des ailes à la série pour plusieurs années.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!