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The Wolf of Wall Street : délicieuse décadence

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Encore une fois, la fascination de Marty Scorsese pour la nature de l’homme et sa propension à l’auto-destruction et la destruction de ses semblables nous plonge au coeur du crime New Yorkais, mais sous un tout nouvel angle.

Cette fois-ci ça n’est pas une guerre entre américains pure laine et immigrants irlandais. Ça n’est pas la mafia italienne. Ça n’est pas Atlantic City au temps de la prohibition. Cette fois-ci, c’est Wall Street. Le scénario de Terrence Winter est une adaptation du roman auto-biographique de Jordan Belfort, le véritable loup de Wall Street. Pour faire une histoire courte (et vous verrez tout ça dans le film), il est le fondateur de la société d’investissement Stratton Oakmont, qui a floué d’innombrables investisseurs entre 1988 et 1996, notamment en jouant au pump and dump. Au final, la société aura réussi à extorquer plus d’une centaine de millions de dollars.

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Jamais je n’aurais cru pouvoir balancer en toute sincérité les mots « va voir le nouveau Scorsese, tu vas rire aux larmes ». Mais voilà, c’est chose faite, The Wolf of Wall Street est hilarant. Tout le matériel humoristique déjà présent dans le livre est porté à l’écran par le jeu de maître des acteurs. Leonardo DiCaprio prend ici des risques énormes, et ça rapporte. Qui aurait cru qu’un acteur sérieux et accompli de sa trempe avait le potentiel d’être si incroyablement désopilant. Il y investit tout son être, tout son corps, et sa performance quasi-burlesque est digne de Charlie Chaplin. Et que dire de l’extraordinaire Jonah Hill? L’habituelle perfection de son timing comédique et son talent évident pour l’improvisation sont sans équivoque l’un des principaux éléments qui auront contribué à la haute qualité de l’ensemble de l’oeuvre.

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Mais si la comédie surprend, il n’en demeure pas moins que c’est un Scorsese, et un bon. À la manière de Goodfellas et de Casino, The Wolf est narré par son omniprésent protagoniste, parfois en voice-over, parfois en s’adressant directement à la caméra. L’effet que ça donne : on y est, on fait le voyage avec lui. C’est un total « trip », complètement enivrant. C’est obscène, c’est intense; 3 heures de débauche, de sexe, de drogues, de rock… non pas de rock’n’roll, surtout du sexe, de la drogue et beaucoup, beaucoup, beaucoup de billets verts (ou fun coupons, comme dirait Belfort lui-même). La trame narrative est entièrement dénuée de scènes qui pourraient rappeler au spectateur que toute cette orgie de cash provient en fait de la tirelire de personnes réelles, des gros riches pour certains, mais aussi beaucoup de monsieur-madame Tout-le-monde complètement dépouillés de leurs économies. L’angle habituel du portrait de la victime qui touche le coeur du spectateur et le pousse à la révulsion du grand méchant loup n’est pas abordé. Pas du tout. Certains crieront à la glorification du protagoniste, on dira qu’on vante le style de vie, qu’on banalise la décadence, qu’on minimise la gravité des gestes posés… mais n’est-ce pas en fait le meilleur moyen de se plonger dans l’ambiance? De se laisser aller, se laisser enivrer par cette folie, cette avidité, cette avarice, cette luxure dans lesquelles évoluait Jordan Belfort? À l’intérieur de son univers chimique dominé par des valeurs de sexe, d’argent et de pouvoir, il se foutait complètement de ses victimes, elles ne faisaient pas partie de son réel. Il passait sa vie à s’engourdir et à se vautrer, sans jamais être exposé à la destruction qu’il laissait dans son sillage (pun intended), et c’est ce que le spectateur ressent tout au long du visionnement.

La déchéance humaine à l’état pur, présentée dans une esthétique fabuleuse, est hypnotisante à un point tel qu’on oublie qu’on a affaire à un Vincent Lacroix puissance 1000. On s’y perd, on rit sans gêne à gorge déployée, on se prend d’affection pour cette incroyable pourriture, et le plus beau; on ne se fait pas dire quoi penser. Ça ne se termine pas avec la morale de l’histoire épelée et vulgarisée pour nous épargner à tous la tâche de réfléchir. Pour une fois qu’on ne nous traite pas en imbéciles. On nous présente un portrait explosé de notre réalité actuelle. On nous jette en plein visage la vulgarité du capitalisme crasse, mais on ne nous fait pas la leçon. C’est l’aube de la chute de l’empire, c’est un avertissement, c’est la preuve que l’immoralité est séduisante. Le jeune ambitieux, poussé par ses valeurs familiales à vouloir faire profiter son client autant que lui-même, est vite cassé et dénaturé par le broker qui l’initie (Matthew McConaughey), représentatif d’une culture qui promeut l’accumulation des moyens sans objectifs vertueux véritables. On veut de l’argent pour avoir de l’argent, mais on oublie que c’est un outil et non une fin en soi.

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Bref, certains critiques auront beau dire qu’un tel film est honteux, moi je dis que si le spectateur est incapable d’en tirer les bonne conclusions par lui-même, alors le problème vient de lui, et non du film. The Wolf of Wall Street nous permet de baigner dans l’excès, et de nous questionner ensuite sur les effets que ça a pu avoir sur notre propre affect. Si on veut la morale de l’histoire, on peut en discuter et s’informer sur ce qu’est devenu le vrai Jordan Belfort, qui, soit dit en passant, a versé au gouvernement 100% des profits de la vente de ses livres et des droits pour le film afin de rembourser les victimes de Stratton Oakmont.

The Wolf est un excellent divertissement et un excellent film. C’est une oeuvre d’art esthétique, étourdissante et hilarante, mais qui invite fortement à la réflexion. Que pourrait-on demander de plus?

Déjà 40 nominations, dont 2 aux Golden Globes (meilleure comédie ou comédie musicale, et meilleur acteur pour Leonardo)… Leo aura-t-il enfin son Oscar? Les nominations seront annoncées le 16 janvier.

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Maxime Hokayem

" Comédienne à mes heures et grande passionnée de fiction, je cherche à vivre un million de vies. Grâce au théâtre, aux livres, au cinéma et à cette chère télévision, j'ai été détective, cow-girl, princesse, servante, sorcière, avocate, journaliste, gangster, star d'Hollywood, vampire, rock star, businesswoman, astronaute, espionne..... Épopée historique, commentaire social ou plaisir coupable, j'aime tous les genres de séries. Celles qui font rire, celles qui font pleurer, celles qui gardent en haleine, celles qui font se coucher moins niaiseux et même des fois celles qui ne valent pas la peine! Mon nom est Maxime, et je suis dépendante à la télévision. "

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