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About a boy / Growing up Fisher : les hommes et les fils

NBC redéfinit sa grille horaire du mardi soir en présentant deux comédies depuis la fin février : About a boy et Growing up Fisher.

La première se déroule à San Francisco où vit le compositeur Will Freeman (David Walton), un célibataire endurci plutôt égocentrique. Il verra sa dolce vita bouleversée avec l’arrivée d’une nouvelle voisine Fiona (Minnie Driver) et son fils de 11 ans Marcus (Benjamin Stockham). C’est que l’enfant est définitivement en quête de figure paternelle et à la suite d’un quiproquo, lui et Will se rapprochent et chacun ouvre les horizons de l’autre.

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Dans la seconde, on se retrouve chez la famille Fisher alors que les parents, Mel (J.K. Simmons) et Joyce (Jenna Elfman) annoncent à leurs enfants, Henri (Eli Baker) et Katie (Ava Deluca-Verley), qu’ils divorcent. Étonnamment, cette séparation permettra à ses membres de se rapprocher encore plus. Mel est aveugle et maintenant qu’il vit seul, doit se résoudre à se munir d’un chien-guide. Il peut bénéficier du support de Henri tandis que Joyce qui cherche désespérément à se rajeunir et peut compter sur l’aide de Katie. Des deux séries dans lesquelles on exploite la relation hommes/garçons, About a boy remporte aisément la palme grâce à des personnages attachants et  tout sauf caricaturaux. De son côté, Growing up Fisher est un peu trop doucereuse et compte plusieurs incongruités dans son scénario.

Une complicité touchante

Will Freeman vit des royautés d’une chanson de Noël qu’il a composée jadis, si bien qu’il n’aura plus jamais de soucis monétaires. Mais cette indépendance financière (survenue trop tôt dans sa vie) l’a traîné vers une paresse et une nonchalance qui ont fait de lui un adulescent gâté. En ce sens, on se demande si le « boy » du titre fait référence à Marcus ou lui. Pour séduire Dakota (Leslie Bibb), une femme rencontrée dans la rue, il feint d’être père et l’arrivée de Fiona et de son fils tombe à point.

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Lorsque sa nouvelle flamme souhaite rencontrer son fils, Will convainc facilement Marcus de jouer le jeu, lui qui n’est toujours pas sorti des jupes de sa mère. Cette dernière, hyper-protective, lui confectionne ses vêtements, l’empêche de manger de la viande et adore passer des après-midis à chanter avec lui des chansons ringardes à la guitare. Au cours des épisodes, Will doit, de son gré ou non, s’occuper de son petit voisin et ira même jusqu’à l’amener dans une fête pour adultes bondée de filles et d’alcool à laquelle il ne peut résister. Bien que Will et Fiona soient le plus souvent à couteaux tirés, ils apportent une complémentarité au développement de Marcus : l’amour maternel dont un enfant de 11 ans ne pourrait se passer et l’envie de s’affranchir et d’essayer des choses par lui-même.

About a boy, c’est d’abord un livre de Nick Hornby qui a fait l’adaptation d’un film du même nom en 2002 mettant en vedette Hugh Grant. En fait, le premier épisode de la série résume très sommairement le livre, si bien qu’on se demandait comment NBC pourrait parvenir à réinventer l’histoire chaque semaine. Jusqu’ici, la chaîne y parvient notamment parce qu’elle ne cherche pas à faire de la série une caricature, ce qui est trop souvent le cas dans les comédies. Comme l’écrit David Wiegand à ce propos : « The show is funny, warm and bloody irresistible because of the care taken with creating characters who are multidimensional, vulnerable and credible. » Marcus est l’objet de moqueries à son école et plus d’une fois Will prend sa défense ou le pousse à s’émanciper. À l’opposé, le jeune garçon oblige cet « enfant adulte » à prendre un minimum de responsabilités et surtout, à faire preuve de patience et de compassion envers autrui. Le jeu des acteurs reste sobre et réaliste et la complicité de ces deux personnages est telle, qu’à chaque d’épisode on ne peut s’empêcher de verser quelques larmes.

Une complicité forcée

Growing up Fisher est basé sur une histoire vraie; celle de son créateur D.J. Nash dont le père est devenu aveugle dans sa jeunesse à la suite d’une infection à l’oreille non traitée et qui s’est propagée au globe oculaire. Cette infirmité ne l’a pourtant pas empêchée d’être un père modèle, si bien qu’on peut affirmer que la série est une sorte d’hommage. Dans le premier épisode, on apprend que pendant toutes les années de son mariage, Mel a pu exercer son métier d’avocat dans une grande boîte sans que personne ne s’aperçoive de sa cécité. C’est qu’il pouvait compter sur son frère qui travaille au même endroit et sur sa femme dans la vie de tous les jours. Maintenant qu’il vit seul, il doit se résoudre à avoir recours à un chien-guide. Comme le mentionnait Nash en entrevue :« The entire Fisher family is going through their adolescence at the same time. » En effet, après le divorce, Mel, doit admettre à ses collègues et meilleurs clients qu’il est aveugle; un coup dur pour cet homme fier. Henri et Katie tombent en même temps amoureux pour la première fois et doivent encore apprivoiser les règles de la séduction. Enfin, Joyce tente de se rajeunir par tous les moyens; elle retourne aux études et peine à suivre ses nouvelles amies qui ont au moins 10 ans plus jeunes qu’elle, elle change complètement sa garde-robe, etc. Ce sont justement tous ces ajustements suite au divorce qui rapproche encore plus les Fisher.

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Contrairement à About a boy, certaines mises en situation et dialogues dans Growing up Fisher se retrouvent gonflées à l’hélium tandis que la chimie entre les protagonistes n’est pas tout à fait au rendez-vous.  Dans un premier temps, on peine à croire que Mel ait pu tromper tout le monde si longtemps. Henri qui assume la narration a beau revenir sur des événements où son père a judicieusement trompé tout le monde, il est impossible qu’il s’en soit tiré ainsi pendant au moins 40 ans. Aussi, on pousse un peu trop loin le concept de l’aveugle capable de tout faire comme lorsqu’on nous montre Mel en train de couper un arbre à l’aide d’une scie tronçonneuse ou lorsqu’il est en train d’installer lui-même une antenne satellite sur son toit.

Lors du premier épisode,  on était porté à croire que Mel était le grand-père et Joyce la mère tant la différence d’âge est apparente. Pour le téléspectateur, leur divorce semble aller de soi parce que jamais on n’aurait cru à leur couple. Le scénario a aussi ses faiblesses, notamment dans les dialogues entre Henri et ces amis. En parlant d’une fille qu’il aime bien avec un copain, ce dernier lui dit : « Dude, she’s hot : even when she’s rejecting you she’s hot ! » Qui parle comme ça à cet âge? En effet, le fils de Mel doit avoir tout au plus 12 ans, mais parle comme un adolescent de 16. C’est justement cette accumulation de plusieurs maladresses qui viennent porter ombrage à la série.

About a boy et Growing up Fisher ont tous deux connus de très bons départs avec une moyenne de 8 millions de téléspectateurs. Par contre, la semaine suivante, la première a augmenté son auditoire alors que la seconde a perdu presque 2 millions. En lançant deux comédies le même soir, NBC devait inévitablement faire face au jeu des comparaisons. Si About a boy nous émeut plus d’une fois pour sa simplicité, Growing up Fisher vient en rajouter, mais le tout semble forcé et on a vite atteint notre dose d’émotions sirupeuses pour une seule soirée.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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