Mind games : toujours à recommencer




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Mind games : toujours à recommencer

Mind games est une nouvelle série diffusée depuis la fin février sur les ondes d’ABC.

L’action rassemble deux frères, Clark (Steve Zahn) un ancien professeur en psychologie qui souffre de troubles bipolaires et spécialiste en comportement humain et Ross (Christian Slater) qui vient tout juste de sortir de prison après avoir été condamné pour fraude. Ensemble, ils ont mis sur pied une agence qui se spécialise dans la manipulation psychologique et grâce à certaines techniques, ils parviennent à convaincre les gens à prendre des décisions ou commettre des gestes à l’encontre de leurs convictions, et ce, sans qu’ils s’en aperçoivent.

STEVE ZAHN, CHRISTIAN SLATER, CEDRIC SANDERS, JAIME RAY NEWMAN, MEGALYN ECHIKUNWOKE, GREGORY MILES

Créée par Kyle Killen qui est aussi à l’origine des séries Lone star et Awake, lesquelles se sont soldées par des échecs (la première a été annulée après deux épisodes et la seconde n’a duré qu’une saison), Mind games ne devrait pas faire long feu non plus tant la prémisse est dure à avaler. En plus, les protagonistes, à la limite de la caricature, énervent au lieu de séduire. Force est d’admettre que la case horaire de 22 heures à ABC est maudite puisque depuis l’automne 2013, toutes les productions sont tombées à l’eau.

Passer les épisodes à nous convaincre

La première scène de Mind games est une mise en abîme qui dans ce cas-ci n’a rien d’un compliment. Les deux frères se trouvent devant un investisseur potentiel de leur compagnie et c’est Clark qui doit le convaincre avec un pitch qui n’en finit plus. Son énergie plus que débordante (symptômes du trouble bipolaire) et sa façon d’enchaîner les phrases à la vitesse de l’éclair, tel un verbomoteur, étourdissent son interlocuteur. Ironie à la fin de l’entretient : l’investisseur se retire, pas du tout convaincu de l’efficacité de leur compagnie, tout comme le téléspectateur. Le pire, c’est que tout est à refaire pour chaque nouveau client puisqu’ils demandent toujours à être convaincus avant d’embaucher les protagonistes et en moyenne, le tiers des épisodes (l’équivalent de 15 minutes à chaque fois) se veulent des explications. Dans le pilote, la mère d’un adolescent malade à recours à leurs services afin qu’ils convainquent leur compagnie d’assurance de payer pour une chirurgie expérimentale très couteuse. Dans le second épisode, une cadre qui devait être promue fait face à un candidat plus jeune et moins expérimenté, mais qui est dans la mire des employeurs et elle a besoin d’eux pour les faire changer d’avis. Dans le troisième, ce sont des parents désespérés qui viennent leur demander de l’aide afin qu’ils « déprogramment » leur jeune fille qui depuis quelques mois a rejoint une secte. Évidemment, ils réussissent à tous coups, mais on doute de l’efficacité de leurs techniques : porter du rouge, convaincre à l’aide de phrases positives qui riment, exaspérer la personne concernée pour ensuite la couvrir de compliments, etc.

L’autre aspect qui fait défaut dans la série est que jamais on n’aborde la question éthique de leur travail. Dans son article, Alan Sepinwall écrit à ce propos :« Mind Games doesn’t want you to think about the moral implications of the brothers’ work because they’re doing it to help out the underdog, but they’re really hard to ignore. » Évidemment, tous les clients qui demandent les services de Ross et Clark sont des victimes et plein de bonnes intentions. Qu’adviendrait-il si un politicien ou un lobbyiste venait leur demander de persuader des détracteurs à leurs projets? Le credo des frères est celui-ci :« Simply put, we change people’s minds without them knowing we do it.» Mais comment faire connaître au monde leur entreprise; la publiciser? On imagine déjà les gens victimes de leur « médecine » intenter des procès et se défendre pas la suite en invoquant qu’ils n’étaient pas conscient de ce qu’ils faisaient. Il serait plus crédible dans ce cas que Ross et Clark travaillassent dans un hôpital ou un centre de recherche sur les comportements humains plutôt qu’à la tête d’une entreprise qui fait des profits en manipulant le subconscient des gens.

Le fourbe et le fou

Pour ne rien arranger, les personnages principaux sont loin de nous interpeller, et ce, pour des raisons opposées. Ross aime son frère, mais le sous-estime. Persuadé que ses troubles bipolaires représentent un handicap, il a payé Beth (Katherine Cunningham), autrefois étudiante de Clark, pour qu’elle fasse semblant de tomber amoureuse de lui et ça a marché. Seulement, quand vient le temps de démarrer la compagnie, Ross décide d’éloigner celle-ci parce qu’elle distrait trop son frère de leur entreprise. Clark est dès lors inconsolable et Beth revient auprès de lui puisqu’entre temps, elle a appris à l’aimer. Son frère, qui n’a pas dit son dernier mot, engage une actrice (Jaime Rey Newman) qui se fait passer pour une avocate qui tente de persuader Beth de poursuivre Clark, invoquant qu’elle était une étudiante vulnérable et que son professeur aurait profité de la situation. Évidemment, rien de tout ceci ne fonctionne, mais on a une bonne idée de l’égoïsme de Ross.

mind-games-abc

À tout ce qui se trame derrière son dos, Clark est évidemment bien naïf, mais on ne s’attache pas à lui pour autant. L’ex-femme de Ross, Claire (Wynn Everett) travaille avec eux, mais lorsqu’elle veut aller tenter sa chance ailleurs, c’est tout juste si Clark ne se met pas à genoux pour la convaincre de rester. Le plan fonctionne, mais seulement à cause de la pitié que le personnage inspire. À l’opposé, lorsque vient le temps de s’occuper des clients, il devient trop expansif, et pour reprendre l’expression de Pierre Sérisier dans son article : « Steve Zahn branché sur une centrale nucléaire en surchauffe, façon Fukushima». Bref, il énerve plus qu’il n’inspire; rien pour nous donner envie de poursuivre la série.

Depuis la fin de Private practicer (2007-2013) en janvier au terme de 6 saisons et de Body of proof (2011-2013) au printemps de la même année, ABC n’a accumulé que les échecs dans sa case horaire de 22 heures les mardis soir. À l’automne, Lucky 7 a été annulée après seulement deux épisodes et à l’hiver, la minisérie The assets a connu exactement le même sort. Pour ne rien arranger, la saison (unique) de Killer Women a été amputée de deux épisodes. Cette dernière rassemblait en moyenne 3,40 millions de téléspectateurs alors que Mind games en rassemble 2,88. Selon ce qui a été annoncé, ABC prévoit deux nouvelles séries à partir de l’automne prochain : The Club, un genre de Upstairs downstairs se déroulant dans un country club privé et l’adaptation de la série australienne Secrets & lies dans laquelle un homme est injustement accusé du meurtre d’un jeune garçon dont il a découvert le corps. L’une ou l’autre viendra-t-elle à la rescousse du réseau?

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!