Remedy : toute la famille à l’hôpital




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Remedy : toute la famille à l’hôpital

Remedy est une nouvelle série canadienne de dix épisodes diffusée sur les ondes de Global depuis la mi-février.

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L’action se déroule à Toronto au Bethune general hospital où toute la famille Conner travaille. Il y a le patriarche, le Dr Allen (Enrico Colantoni), chef du personnel médical, ses filles Melissa (Sara Canning) qui est chirurgienne et Sandy (Sarah Allen), une infirmière, puis Griffin (Dillon Casey) qui après avoir abandonné ses études en médecine deux ans plus tôt réintègre l’établissement en tant que brancardier. La série se concentre à la fois sur les patients qui sont admis dans l’établissement et sur les relations complexes entre les membres de cette famille non orthodoxe.  Si après le pilote de Remedy on était charmé tant par le ton que par les personnages hauts en couleur,  les épisodes suivants nous dirigent davantage vers une série médicale standardisée qui aurait intérêt à exploiter son côté léger pour se démarquer d’une compétition bien établie depuis longtemps.

Dramédie?

Après avoir décidé d’abandonner ses études en médecine, Griffin a disparu sans donner de nouvelles et s’est trouvé un emploi dans un bar de danseuses. À la suite d’une bataille qui a mal tourné, il renoue presque de force avec sa famille puisqu’il est amené d’urgence à Bethune. Poursuivi par la victime qu’il a déjà sévèrement blessée lors du combat et sans ressources substantielles, son père lui trouve un emploi à l’hôpital, tout en l’hébergeant; une manière de garder l’œil sur lui d’autant plus que c’est un ancien toxicomane. Sa sœur Melissa est un peu trop imbue de son statut de docteure et ne manque pas une occasion d’exercer son autorité sur des subalternes. De son côté, Sandy, de nature un peu trop crédule, est fiancée à Brian Decker (Matt Ward), un médecin névrosé excellent dans son métier, mais médiocre quand il s’agit d’établir une relation de confiance avec ses patients. En dehors du cercle familial, mentionnons Bruno Dias (Diego Fuentes), un autre brancardier qui possède justement ce don qui fait défaut à Decker et l’infirmière Zoe Rivera (Genelle Williams) qui par mégarde est entrée en contact avec une seringue de sang d’un patient porteur du VIH. Elle devra attendre trois mois avant de connaître les résultats et savoir si elle a été infectée.

La table est donc mise pour la saison à venir; reste à savoir comment exploiter le tout de façon originale et divertissante. Le premier épisode était très accrocheur en raison de l’emphase mise sur la relation amour haine entre les membres de la famille et le ton ludique venait en rajouter. Le problème est qu’au cours des deux suivants, la série a changé d’orientation, l’humour s’est estompé et le scénario s’est davantage concentré sur des patients qui auront un impact minime sur la saison. Cette ambiguïté qui fait qu’on ne sait pas sur quel pied danser en regardant Remedy s’illustre en la personne de Griffin. Il traîne avec lui un lourd passé qui ne transperce pas assez l’écran.

Il a en quelque sorte gâché sa vie et recommence à zéro. Durant une pause, il retrouve son coin secret de l’hôpital où il se réfugiait lorsqu’il voulait avoir la paix et dans lequel il avait caché de la drogue. Tout au long de l’épisode, on le voit tenté de replonger, mais il finit par jeter la prescription. À d’autres moments, on le voit auprès de patients, notamment une ancienne joueuse de basketball souffrant d’Alzheimer avec qui il fait quelques paniers ou encore un vieil homme aveugle avec qui il prend des bières. Les liens autant inhabituels que loufoques qu’il crée avec ceux-ci contrastent avec l’homme qui tente d’enterrer ses vieux démons. Mais ces deux aspects de sa personnalité, aussi intéressants soient-ils, manquent trop de finition pour qu’on y croie.

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On pourrait dire la même chose à propos d’un autre thème de la série; la hiérarchie. Le système de classe est peu exploité dans les séries médicales et sur ce point, Remedy sort du lot. Comme l’écrit D. K. Latta dans son article : « And the hospital, instead of just being a magic kingdom where the sick are miraculously cured by state of the art procedures performed by the best (fill in the blank) specialist in the country, is instead a social microcosm of sometimes unconscious classism. The result is (and can be) scenes and storylines you’ve probably not seen in many medical series before.» Le Dr Allen tient mordicus à conserver l’image du gestionnaire parfait et ne se gêne pas d’assaillir Melissa de conseils lorsque vient le temps d’une opération. En revanche, celle-ci ne manque pas une occasion de manifester son autorité sur sa sœur Sandy, laquelle n’est qu’une « simple infirmière ». Son fiancé adopte une attitude méprisante envers Bruno, mais seulement parce qu’il est jaloux de la complicité que ce dernier crée avec les patients. Quant à Griffin, autrefois un prometteur étudiant en médecine, il se trouve désormais au plus bas de « l’échelle sociale hospitalière », provoquant le sarcasme de ses collègues. Encore une fois, ce thème qui était au cœur du premier épisode s’est estompé au cours des suivants, mais on espère que ce ne sera que partie remise.

Collusion

Hôpital, police et cuisine : tels sont les sujets sur lesquels CBC, CTV et Global (les trois grands réseaux canadiens) s’entendent. Il est en effet consternant que pour le peu de séries originales produites par ces réseaux (les heures de grandes écoutes, excepté CBC, sont bondées de séries américaines), tous privilégient toujours ces mêmes thèmes. Du côté policier, l’hiver dernier CBC a lancé Cracked et CTV Motive, puis Played cet automne et Rookie Blue pour Global depuis 2010. La frénésie des variétés entourant des concours de cuisine s’empare aussi du pays de l’unifolié avec cet hiver Recipe to riches (CBC), Kitchen Nightmares (Global) et Masterchef Canada (CTV). Enfin, après Remedy du côté médical, Saving hope est en ondes depuis 2012 sur CTV et même CBC a fait une tentative du genre en 2011 avec Combat hospital qui aurait bien duré plus une saison si ce n’était des États-Unis, coproducteurs de la série, qui ont décidé d’y mettre un terme. Évidemment, il y a des différences parfois majeures entre ces différentes productions, mais reste qu’en termes d’originalité et de risques, les Canadiens ne se démarquent pas particulièrement.

Les intrigues à saveur médicales dans Remedy, sans nécessairement se surpasser, sont rondement menées et satisferont probablement les adeptes du genre. Quoique les dix épisodes aient déjà tous été filmés et montés (donc, impossibilité de réorienter le scénario dépendamment des réactions du public), on espère seulement que la série exploitera les filons qui avaient fait le charme de son pilote, c’est-à-dire la hiérarchie hospitalière, la relation entre les membres de la famille Conner et un ton léger.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!