The red road : alliance criminelle




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The red road : alliance criminelle

The red road est une nouvelle minisérie de six épisodes diffusée sur les ondes de Sundance Channel aux États-Unis et au Canada depuis la fin février.

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L’action se déroule dans la petite ville de Walpole dans le New Jersey alors que cohabitent Amérindiens et Blanc entre lesquels les tensions sont légions. Alors que le policier Harold Jensen (Martin Henderson) enquête sur la disparition d’un jeune adolescent, son épouse, Jean (Julianne Nicholson) happe accidentellement un jeune Amérindien qui repose entre la vie et la mort. Harold fait tout pour camoufler l’incident et pour ce faire, doit compter sur la discrétion de Philip Kopus (Jason Momoa), un membre de la tribu des Lenape et dangereux vendeur de drogue.

Ce « pacte » ne se fait pas à sens unique alors que le policier accepte de mauvais gré de fermer les yeux sur les activités criminelles de son complice. Après Top of the lake et Rectify en 2013, la barre était très haute pour cette troisième série originale de Sundance qui peu à peu est en train d’imposer une certaine signature à ses productions. L’élément principal que l’on peut reprocher à The red road est le trop plein d’intrigues étant donné le nombre d’épisodes restreints (à moins que l’on planifie une seconde saison). Par contre, c’est le sous-texte des épisodes qui met l’accent sur la réalité entourant deux communautés raciales aux antipodes qui fascine.

Meurtres, folie, enquête, amour impossible, mystère du passé, règlements de comptes, etc.

On reproche souvent aux séries de 24 épisodes s’échelonnant de l’automne au printemps d’étirer la sauce et de faire du remplissage. Dans The red road, c’est l’inverse qui se produit. Les intrigues principales mentionnées ci-haut ont de quoi combler aisément une saison, mais voici que d’autres viennent s’ajouter. Harold est un ancien joueur de football qui a dû mettre fin à une prometteuse carrière à la suite d’une grave blessure au dos. Sa femme Jean est une alcoolique en rémission qui peine à contrôler leur fille aînée Rachel (Allie Gonino), en pleine crise d’adolescence. Celle-ci est sort avec Junior (Kiowa Gordon), un amérindien qui est aussi le demi-frère de Philip. Ce couple déplait à Jean d’autant plus qu’il y a plusieurs années, son jeune frère a été drogué et noyé par des membres de la tribu Lenape, nous laisse-t-on entendre. Ces douloureux souvenirs, l’emprise perdue sur sa fille et le fait d’avoir heurté en voiture un jeune garçon ont raison de la santé mentale de la mère qui, à la suite d’une tentative de suicide, est placée par Harold dans un institut psychiatrique.

Lorsque Philip confronte ce dernier à propos de l’accident, on apprend que dans le passé, il a déjà été en couple avec Jean et c’est pourquoi il accepte de la couvrir tout en demandant à son mari d’ignorer le commerce de stupéfiants auquel il s’adonne. En effet, il a récemment cambriolé un hôpital et s’est emparé de plusieurs drogues qu’il vend au marché noir. Pire encore, il entraîne Junior dans ce commerce, lequel va vendre sa marchandise aux adolescents des environs. Leur mère Marie (Tamara Tunie) est atteinte d’un cancer et a depuis longtemps rompu les ponts avec son fils aîné. Quant à Rachel, elle accompagne Junior dans ses frasques et lors d’une visite chez ses grands-parents maternels, elle tombe sur une série de cassettes audio sur lesquelles le frère de Jean y tenait une sorte de journal. A-t-on sur ces rubans la réponse à sa mort mystérieuse? Chacun des protagonistes est au cœur d’une intrigue saisissante, d’autant plus que leurs passés respectifs peuvent resurgir à tous moments et venir enrichir l’histoire. Bien qu’il faille accorder le bénéfice du doute à la production, il y a peu de chances que dans les trois derniers épisodes on réussisse à répondre à toutes les attentes que l’on a créées.

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Les « victimes »

Très peu de séries américaines mettent en scène des protagonistes amérindiens, et c’est encore plus rare qu’ils figurent parmi les personnages principaux. Dans The red road,  c’est toute une communauté qu’incarne Philip. Né dans un milieu pauvre, lui et les autres de son clan sont isolés dans des réserves où ils peuvent « jouir » de leurs droits ancestraux. Seulement, ce confinement les marginalise et vient freiner toute ambition. Dès lors, comment s’étonner que pour faire fortune, Philip se lance dans le commerce de la drogue? En principe, c’est le « méchant » de la série alors que Harold est le « bon ». Certes, il n’a aucune morale et aucune empathie, mais n’est-il pas victime de son environnement? Ceci explique aussi pourquoi Junior n’hésite pas à accompagner son frère dans cette voie. Les motifs de Harold sont à la base excusable : il veut protéger sa femme vulnérable et par-dessus tout sa famille. Mais voilà qu’au nom de celle-ci, il franchit aisément la ligne de ce qui est acceptable. Il n’hésite pas à procéder à des arrestations arbitraires et lorsque le père amérindien de l’enfant que Jean a frappé veut plus d’explications sur l’enquête en cours, il n’hésite pas à l’intimider pour qu’il arrête de poser des questions. Comme quoi la souffrance de l’un a plus d’importance que celle d’un autre.

Ce qu’il y a de plus odieux, c’est que tout le système policier est derrière lui. Son chef lui dit à propos des Amérindiens : « they love playing the victims ». Lorsque les soupçons qui pèsent sur Jean quant à l’accident se rendent jusqu’à la police, c’est encore lui qui rassure Harold en disant qu’à moins de preuves béton, il fera tout pour garder les apparences sauves. Enfin, on est étonné qu’après trois épisodes, la police continue à mettre autant d’ardeur à retrouver le jeune adolescent blanc qui a disparu, alors que l’enquête entourant l’Amérindien qui est à l’hôpital est presque aux oubliettes. En ce sens, la communauté blanche qu’incarne Harold nous paraît aussi, sinon plus abjecte que Philip parce que c’est elle qui détient le pouvoir.

«Le style Sundance ».

En parlant des trois séries originales de Sundance, Alan Sepinwall résume très bien un style qui à la longue pourrait devenir la marque de commerce de la chaîne :« Though the three shows came from different sources and creative teams, all were of a piece in terms of a very measured pace, gorgeous cinematography, and focus on character and atmosphere over plot.» Dans Top of the lake, on a exploité les grands espaces dont on ne voyait que l’infini, ce qui rendait les protagonistes plus petits et vulnérables. Dans Rectify, on a mis l’emphase sur la lumière du jour afin de contraster avec le protagoniste qui avait dû endurer 19 ans de prison ferme. Dans The red road, l’action se déroule dans les Ramapo Mountains entre New York et New Jersey. On est encore dans la nature, mais ici ce sont des forêts remplies d’arbres qui n’offrent aucune profondeur de champ. De plus, la moitié des scènes se déroulent la nuit, si bien que dans les deux cas, la nature devient plus inquiétante et étouffante. Cette atmosphère est bien évidemment à l’image des protagonistes et encore une fois, c’est cette symbiose qui s’opère entre l’environnement et l’humain qui fascine tant dans les séries de la chaîne.

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Avec des séries aussi soignées tant dans la mise en scène que dans le scénario, Sundance pourrait éventuellement devenir un incontournable à l’image de HBO. The red road entre dans cette lignée et bien que certaines critiques lui aient reproché de manquer d’unité ou alors de ne pas être aussi chargée en émotion que ses prédécesseurs, les « plus » de la série écrasent aisément les « moins. On espère surtout que la production considérera une seconde saison en raison des intrigues à fort potentiel et des personnages qui en imposent.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!