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The smoke : larmes et adrénaline

The Smoke est une nouvelle série de huit épisodes diffusée sur les ondes de Sky1 en Angleterre depuis la mi-février.

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L’histoire nous amène à Londres où l’on suit le quotidien, tout sauf banal,  de l’unité de pompiers White Watch qui chaque jour bravent leur vie pour sauver celle des autres. L’action démarre avec un immense brasier dans une tour à condos où le protagoniste Kev (Jamie Bamber) a failli y passer. Après neuf mois de convalescence, il reprend du service, mais semble pour le moment peu apte psychologiquement à remplir sa tâche. Qu’importe, lui et ses collègues ne vivent que pour le danger, quitte à faire une croix sur une vie personnelle saine.

De la boîte de production Kudos (Tunnel, Broadchurch, etc.) et écrite par Lucy Kirkwood (Skins<), The smoke est une incursion à la fois bouleversante et captivante dans un univers pour le moins périlleux. Le point fort de la série est de remettre en question les notions de masculinités et d’héroïsme en s’attardant autant sur le prestige qu’elles apportent que sur les séquelles qu’elles impliquent. Ajoutons à cela une mise en scène vigoureuse et haletante, la série n’est pas encore terminée qu’on espère déjà une seconde saison.

Quand les cendres empiètent sur le feu

Les sept premières minutes de The smoke sont à marquer dans les annales de la télévision. Sept minutes d’un incendie ravageur et intense que les pompiers tentent non sans mal de contrôler alors que Kev se trouve entre les flammes à la recherche d’un jeune nourrisson qui crie à en perdre la voix. Mais d’autres personnes se trouvent dans l’immeuble et attaquent sauvagement le protagoniste qui est sur le point de perdre connaissance. Après neuf mois de convalescence, Kev est prêt à revenir au travail. Son supérieur l’incite fortement à consulter un psychologue, mais le rescapé s’y refuse et poursuit sa fuite vers l’avant. C’est que les flammes ont fait leur ravage au bas de son corps et l’on laissé impuissant. Du coup, il évite toute proximité avec sa petite amie Trish (Jodie Whittaker) et leur couple va de plus en plus mal. Alors qu’il retrouve ses anciens collègues, il fait la connaissance de Dennis (Taron Egerton), une nouvelle recrue qui se trouvait sur les lieux de l’accident neuf mois plus tôt, mais pour le moment, on ne connaît pas son implication dans toute cette affaire.

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La force dans The smoke, c’est qu’on s’intéresse aux hommes qui combattent les incendies et non aux pompiers. Tout comme les soldats, ils sont perçus comme des héros, mais la réalité est tout autre puisque les séquelles psychologiques et physiques qui viennent avec l’emploi  viennent obscurcir cette image que l’on se fait d’eux. Et il n’y a pas que Kev qui se retrouve dans cette situation. Comme l’écrit Morgan Jeffery dans son article : « No-one in The smoke emerges unscathed. In this opening hour, our lead is repeatedly beaten to his knees – sometimes literally – by life. » Mal (Rhashan Stone), son meilleur ami, sous des airs de playboy, a beau multiplier les aventures et s’attirer l’envie de tous ses collègues, reste qu’il est incroyablement seul. Autant il admire Kev, autant il en est jaloux et l’unique femme qui occupe ses pensées est Trish, laquelle adopte une attitude ambiguë envers lui. Plus tard, on fait la connaissance de Al (Gerard Kearns) qui croule sous les dettes et qui est méprisée par son ex-femme. Avec les années, il est devenu un inconnu pour leur fils et désespéré, il accepte de participer à des combats de boxe dans lesquels il est convenu qu’il perdra afin qu’il puisse toucher une somme substantielle. Enfin, on ne peut passer sous silence Dennis. Élevé dans un milieu pauvre, il a frayé avec le crime pour se sortir de la misère. Son passé, dont on ne connaît pas encore les principales zones d’ombre après trois épisodes, est une cicatrice qui n’est pas prête de s’effacer de sitôt.

Là où tous ces hommes se rejoignent, c’est dans leur travail. Lorsqu’il revient sur une mission précédente, Kev affirme « I felt like fucking God ». Lui et ses collègues retrouvent dans leur métier une masculinité qui leur fait défaut dans leur quotidien pour différentes raisons. On est impressionné de leur capacité à rester calme dans les situations les plus critiques et leur dévotion inconditionnelle envers les victimes est extrêmement touchante. Ce qu’il y a de triste (mais par le fait même poignant), c’est que ces hommes meurtris en sont à un point où ils éprouvent le besoin de frôler la mort afin d’avoir le sentiment d’être en vie; de quoi mettre la notion d’héroïsme en perspective.

Un emploi qui donne des frayeurs

Si dans The smoke, la profondeur des personnages est au rendez-vous, on retient tout autant les scènes d’action qui peuplent les épisodes. L’avantage télévisuel lorsqu’on produit une série sur les pompiers, c’est que leur métier ne consiste pas qu’à éteindre les flammes. Leurs missions sont diverses et nous offrent d’excellents moments d’adrénaline. Dans la première scène évoquée plus haut, l’incendie est filmé à l’aide d’une caméra à l’épaule, ce qui accentue l’effet réaliste; on étouffe avec les protagonistes et on a surtout chaud! Les scènes de combat de boxe du troisième épisode entre Al et son adversaire nous rappellent les meilleurs combats dans Fight Club (1999). Dans une autre scène, les pompiers doivent secourir un hurluberlu qui avait voulu afficher une banderole sur laquelle il demandait sa petite amie en mariage au haut d’un immeuble de plus de vingt étages. Il a perdu pied et doit s’accrocher jusqu’à ce qu’on vienne le secourir. Ce moment est particulièrement intense en raison du vertige qui émane de l’écran et que l’on ressent. Enfin, lors d’une intervention dans les combes d’une église à l’épisode 5, des tuyaux se brisent, ce qui entraîne une inondation à laquelle doivent faire face Mal et Dennis. Les protagonistes doivent retenir leur souffle de longues minutes avant de trouver une sortie à ce bourbier. Toutes ces scènes offrent un divertissement hors du commun et on se demande quelles autres situations rocambolesques les auteurs ont en poche pour la fin de la saison.


The smoke est un petit bijou télévisuel du printemps 2014. Si le pilote n’a attiré que 371 000 téléspectateurs, le second épisode en a attiré le double et depuis, la série est parvenue à contenir cette hausse. Personnages masculins à la fois complexes et touchants, éléments de suspens qui s’annoncent surtout en ce qui concerne Dennis et scènes d’action spectaculaires; The smoke arrive à point nommé et on lui souhaite longue vie!

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!