The widower : le tueur d’Aberdeen




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The widower : le tueur d’Aberdeen

The widower est une nouvelle minisérie de trois épisodes diffusée sur les ondes de ITV en Angleterre depuis la mi-mars.

Celle-ci s’inspire d’un fait divers : en 2011 en Écosse, Malcolm Webster (Reece Shearsmith) a été reconnu coupable du meurtre de sa première épouse Claire (Sheridan Smith) en 1994 et de tentative de meurtre sur la seconde, Felicity (Kate Fleetwood) alors qu’il vivait en Nouvelle-Zélande. En raison de toutes sortes de formalités, le tueur a pu refaire sa vie à plusieurs reprises et a même réussi à séduire une troisième femme.

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Dans cette série, ITV nous plonge dans une mise en scène très terre-à-terre, suivant fidèlement la chronologie des événements pour le moins dérangeante. Shearsmith que l’on avait pu voir dans des rôles à la fois noirs et burlesques dans l’excellente série Inside no.9 incarne ici un psychopathe raté que l’amour de l’argent et l’incapacité de sincérité et d’empathie ne devaient que conduire à cette issue fatale. The widower est un captivant retour dans un passé pas si lointain qui ne peut que donner la chair de poule.

Trois épisodes, trois femmes

The widower s’échelonne sur une quinzaine d’années et débute en 1993 alors qu’il épouse Claire. Malgré un mariage célébré dans la bonne humeur, la relation de couple ne tarde pas se détériorer pour des raisons d’argent. C’est que Malcolm est un incorrigible dépensier et ce n’est pas avec son salaire d’infirmier qu’il peut se payer toutes ses extravagances. Claire tente de lui faire la leçon, mais celui-ci ne veut rien entendre. Lorsqu’il veut dépenser à sa guise ou encore aller piger dans le compte de son épouse, Malcolm n’hésite pas à la droguer à doses de témazepam (pour traiter les troubles du sommeil) qu’il dissimule dans sa tisane ou ses bouteilles d’eau. Ignorant tout de ce stratagème, Claire prend un rendez-vous chez le médecin pour des tests, mais la veille, son mari la drogue encore et dans la forêt, simule un accident au cours duquel elle perd la vie dans leur véhicule.

Blanchi, le tueur part s’installer en Nouvelle-Zélande avec l’argent de l’assurance vie. Il y fait la rencontre de Felicity, l’épouse et le même manège recommence à la différence qu’ils auront un fils. Alors que Malcolm, toujours à court d’argent, tente de la tuer (de la même manière), le plan échoue et il est vite démasqué. Felicity préfère qu’il soit banni du pays au lieu de porter des charges contre lui; ainsi, elle est certaine que s’il est prouvé innocent, jamais il ne tentera de reprendre contact avec elle et son fils.

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C’est donc un retour à la case départ pour le meurtrier. Cette fois-ci, il fait la rencontre d’une infirmière, Simone Banarjee (Archie Panjabi), et pour qu’elle lui accorde un tant soit peu d’attention, feint d’être un leucémique en phase terminale. Le plan fonctionne, mais Felicity alerte les autorités locales et c’est le commissaire Charlie Henry (John Hannah) qui fait tout ce qu’il peut pour ouvrir les yeux de sa nouvelle flamme. Finalement, la police parvient à rassembler les preuves nécessaires pour le meurtre de Claire et Malcolm est arrêté. Il écope de la prison à vie.

Piètre tueur en série ou assassin repentant?

Ce qui frappe le plus dans The widower, c’est que le personnage de Malcolm commet ses meurtres et ses fraudes avec un amateurisme déconcertant. En droguant constamment ses femmes, il tombe sous le sens que celles-ci, inquiètes en viennent à consulter un médecin. Si elles se rendent jusque-là, Malcolm est pincé. En arriver à les tuer est donc une suite logique dans ses relations. Mais dans ce cas-ci, peut-on parler d’un tueur en série? Après Claire, son stratagème a échoué pour les deux autres femmes. Il n’a pas la patience, l’expérience et  l’esprit de dissimulation d’un Hannibal Lecter  dans Hannibal ou de Paul Spector dans The Fall par exemple, mais l’envie de passer à l’acte n’en est pas moins forte. Dès lors, il est inévitable que tôt ou tard, il sera mis derrière les barreaux.

La série est-elle moins intéressante pour autant? Absolument pas. Ce qui fascine, c’est la capacité du tueur à retomber sans arrêt sur ses pieds et surtout le pouvoir de séduction qu’il exerce sur la gent féminine. Ce n’est pas tant par charisme que par manipulation qu’il parvient à se les attacher.  Pour séduire Simone, il suscite en elle la pitié puisqu’il feint d’être atteint de leucémie. Il va même jusqu’à se raser la tête et les sourcils pour la convaincre qu’il est en traitement. Dyslexique, on comprend au cours de quelques scènes qu’il n’a pas eu que des rapports heureux avec ses parents, lesquels n’en manquent pas une pour lui rappeler sa suffisance. Analysant la psyché du personnage, Pierre Sérisier écrit : « l’apitoiement constant sur lui-même, la conviction intime et indestructible qu’il est le seul à souffrir, que chacune de ses machinations se justifie par ce qu’il a sans doute éprouvé autrefois. »

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Il y a toujours un risque lorsqu’on adapte à l’écran un fait vécu. Puisque nous connaissons déjà la fin, les créateurs doivent trouver un certain angle de traitement, qu’il s’agisse de la mise en scène ou du scénario, pour maintenir notre attention. Dans The widower, le troisième épisode marque un tournant pour le personnage et l’idée que l’on se fait de lui. Bien qu’il ait menti de façon éhontée à Simone, reste qu’il semble très épris d’elle. On le voit même jeter les médicaments utilisés précédemment pour mettre knock-out ses anciennes épouses. Aux yeux du téléspectateur, le tueur s’est repenti, on espère que cette histoire d’amour sera la bonne et on en vient même à espérer que les atrocités commises par le passé ne soient pas découvertes par les autorités. Pire encore, on juge les interventions du commissaire Henry comme intrusives et déplacées. Sincérité? Bluff de la part de Malcolm? La dernière scène est un véritable coup de poing.

The widower est sans contredit un énorme succès d’écoute puisqu’il a rassemblé plus de 5 millions de téléspectateurs en moyenne. On peut quelquefois s’interroger sur la pertinence de créer une telle production qui selon certains se sert de la notoriété de criminels pour mousser l’intérêt de la chaîne. En guise d’hommage ou de respect envers les proches de la victime, chaque fois qu’il y a une ellipse de temps dans la série, il est écrit en surtitres « 3 years after Claire’s death », « 10 years after Claire’s death », etc. : un crime morbide qui nous rappelle que Malcolm n’a que récemment été incarcéré et qu’il pourrait être éligible à la libération dans moins de 30 ans…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!