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24: Live Another Day : de 9/11 à Julian Assange

24: Live Another Day en est pour ainsi dire à sa neuvième saison et diffusée depuis le début mai sur les ondes de FOX aux États-Unis et Global au Canada.

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Quatre ans ont passé sous les ponts depuis la dernière mission de Jack Bauer (Kiefer Sutherland) dans laquelle le héros fuyait les États-Unis. Cette fois-ci, l’action nous transporte à Londres alors que le président Heller (William Devane) doit prononcer un discours devant le Parlement afin que le pays accepte de signer un accord concernant l’achat de drones américains. Au même moment, des terroristes prennent le contrôle d’un de ceux-ci et déclenchent une attaque en Afghanistan qui coûte la vie à quatre militaires, dont deux Britanniques.

Jack Bauer qui ne travaille plus avec la CIA refait surface puisqu’il a eu vent d’un complot visant à tuer le président. Avec l’aide de son ancienne partenaire, Chloe (Mary-Lynn Rajskub), ils tentent dans cette course contre la montre de neutraliser les coupables tout en ayant à conjuguer avec la CIA qui est à ses trousses. En ravivant une série qu’on n’a pas eu le temps d’oublier,  FOX donne à ses fans les plus assidus une formule peu novatrice, un brin dépassée, mais d’une efficacité certaine. 24 sait surtout se mettre au goût du jour, exploitant notamment le paradoxe entre la mondialisation et l’individualisme.

24, précurseur?

Force est de mentionner que l’absence de Jack Bauer pendant quatre ans n’a pas redoré son blason. Sans qu’on sache trop pourquoi, les membres du CIA ont une dent contre lui et qualifient cet ancien héros de psychopathe et de traitre. Les hauts dirigeants de l’agence croient dur comme fer qu’il prépare un attentat contre le président et parviennent à le capturer lors d’une descente dans les faubourgs de Londres. Ce coup de force, effectué un peu trop facilement, n’est pas sans inquiéter Kate Morgan (Yvonne Strahovski) une agente qui dans 24 heures, doit être mutée dans un autre bureau. En effet, si Jack s’est laissé prendre, c’est qu’il devait s’infiltrer dans les bureaux de la CIA pour délivrer son ancienne comparse Chloe, laquelle est droguée en vue de lui soutirer d’éventuelles confessions. Une fois échappés, ils renouent leur collaboration puisqu’une certaine Margot Al-Harazi (Michelle Fairley) d’origine russe, pilote effectivement l’assassinat du président avec l’aide de sa fille Simone (Emily Berrington).

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Entre-temps, le président Heller doit jongler avec le mécontentement des Anglais après l’attaque du drone. Seul son attaché politique Mark (Tate Donovan) est au courant du retour en scène de Bauer, mais n’informe personne d’autant plus que son épouse Audrey (Kim Raver) a déjà été mariée à Jack. Pendant qu’au sommet, ce petit groupe tente de renforcer les relations diplomatiques, fourmillent sur la terre ferme le CIA qui veut traquer Jack, Jack qui veut traquer les terroristes et les terroristes qui veulent perpétrer leur attentat : de quoi justifier le retour des split screens.

Bien que jusqu’ici, seulement trois épisodes aient été diffusés, le téléspectateur se retrouve vite en terrain connu. Comme dans les saisons précédentes, une intrigue est décuplée, mais on ne s’y perd jamais, notamment grâce au montage qui nous montre plusieurs écrans en un seul. Le son « métronome » qui rappelle celui d’un respirateur artificiel vient aviver cette tension, ce sentiment d’urgence où chaque minute compte, littéralement. Dans un monde télévisuel qui évolue à vitesse grand V, les quatre années qui séparent la dernière saison de 24 de l’actuelle semblent une éternité et pourtant, on est à même de réaliser le côté précurseur de la série. Les split screens qui apparaissent lors des moments de tension ne sont pas sans rappeler le (jeune) téléspectateur d’aujourd’hui qui a pris l’habitude de diviser son l’attention en plusieurs écrans. Même le concept : 24 heures, 24 épisodes (dans ce cas-ci 12) est à l’image des Netflix, Amazon, pages de vidéo sur demande, etc. qui bâtissent leur popularité sur des séries qui forcent le binge-watching puisque les intrigues, si intenses, sont bâties sur la continuité et non sur un épisode en soi.

Dix ans après 9/11

Qu’il s’agisse d’une coïncidence ou pas, la première saison de 24 est arrivée sur les ondes trois jours après le 11 septembre 2001. La série, à l’image de la réalité, a mis en scène pendant huit années des complots terroristes qu’un surdoué et son équipe parvenaient à déjouer in extremis. Avec Live another day, on table encore sur la sécurité d’un individu (incarnant un pays) qui est menacée et on appréhende le chaos qui en résulterait. Mais encore une fois, ce sont les événements du moment qui dictent la trame narrative. Jack ne fait plus partie de la CIA; il travaille à la limite contre eux. Ce thème du lien de confiance rompu, on le retrouve aussi dans quelques fictions apparues récemment, à commencer par la deuxième saison de The following et le protagoniste Ryan Hardy. Celui-ci ne veut plus collaborer avec le FBI et décide de faire cavalier seul quand vient le temps de traquer le tueur en séries Joe Carroll. Même chose dans Believe où les protagonistes s’efforcent de cacher Jo, une jeune fille aux pouvoirs surnaturels, qui est dans la mire du FBI, lequel est à la solde d’un institut de recherche qui cherche à exploiter ses dons à des fins militaires.

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En quelques années seulement, le lien de confiance s’est effrité et le cœur même du pouvoir inspire davantage le cynisme à la population.  Où en est le personnage de Chloe reflète bien le climat actuel, comme il est écrit sur ce blogue : « elle a intégré un groupe d’activistes dirigé par Adrian Cross dont les actions renvoient à celles d’un Edward Snowden, défiant tous les filtres et les sécurités pour faire circuler les informations même ultras sensibles, même classées top secret, et faire ainsi “émerger la vérité”.»  Cette mondialisation qui ne cesse de s’accentuer a paradoxalement donné naissance à une forme d’individualisme et des héros qui comme Jack n’ont d’autres solutions que de se faire justice eux-mêmes. Mais que l’on glorifie des protagonistes de cette trempe peut aussi avoir des effets pervers. Dans la semaine du 11 mai, Amnistie internationale y est allée d’une sortie publique dénonçant la glorification des scènes de tortures dans les séries, écorchant au passage 24. Voici un des arguments : « La violence est un moyen de tenir en haleine les téléspectateurs sur plusieurs saisons, mais pas seulement. Elle peut aussi dire des choses sur les peurs d’une société, comme la menace terroriste (…) ».La question est de savoir si des fictions comme 24 servent d’exutoire aux téléspectateurs ou contribuent à renforcer la croyance que des représentants d’un gouvernement peuvent faire n’importe quoi au nom de la liberté.

Après une saison automne / hiver qui compte plus de flops que de tops, l’arrivée de 24: Live Another Dayest la bienvenue. Plusieurs critiques ont déploré le manque d’originalité, de renouveau de la série. Après la diffusion des deux premiers épisodes l’un à la suite de l’autre qui ont ensemble attiré plus de 8 millions de téléspectateurs, l’auditoire a diminué de 20 % la semaine suivante pour se retrouver à 6,4. La seule erreur de Fox dans ce cas-ci est de diffuser la série avec un épisode par semaine, alors que 24 est l’exemple parfait d’une série qui s’apprécie sur une plateforme du genre Netflix. Qu’importe l’auditoire du moment présent; gageons qu’il y en aura bien assez qui regarderont les épisodes en rafale, et ce, peu importe la plateforme. Jack Bauer bénéficie enfin d’une technologie à son avantage.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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