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Fargo : le cinéma dans la télé

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Fargo est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada depuis la mi-avril.

Tout commence avec l’arrivée de Lorne Malvo (Billy Bob Thornton) dans la petite ville de Bemidji au Minnesota en 2006. Après que sa voiture ait fait des tonneaux sur l’autoroute, ce mystérieux homme se retrouve dans une salle d’attente d’un hôpital où il y fait la connaissance de Lester Nygaard (Martin Freeman).

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Cet homme introverti en profite pour se plaindre d’un certain Sam Hesse (Kevin O’Grady) qui l’intimidait alors qu’ils étaient au collège. Lorne lui suggère tout bonnement de s’en débarrasser et son influence néfaste se répandra telle une trainée de poudre puisque 24 heures plus tard, la ville compte déjà trois cadavres. À la fois inspirée d’un fait vécu et du film éponyme de 1996 des frères Coen (ceux-ci sont d’ailleurs les producteurs exécutifs de la série), Fargo est d’une très grande originalité avec un ton caustique et une mise en scène déjantée. Attendue depuis longtemps par les critiques, elle remplit hautement les attentes, nous confirmant la montée en puissance de la chaîne FX qui depuis seulement 2008 nous offre des productions maison dont la qualité s’approche de plus en plus d’HBO.

De mal en pis

Le pilote de Fargo nous offre un tour d’horizon de Bemidji, cette petite ville tranquille. Lester est un courtier d’assurance peu persuasif qui vit avec son épouse Pearl (Kelly Holden Bashar). Cette femme au foyer ne peut s’empêcher de lui lancer des piques sur son manque d’ambition et sa faiblesse. Dans sa jeunesse, il a longtemps été la tête de Turc de Sam Hess, lequel est désormais propriétaire d’une compagnie de camionnage, mais qui entretient aussi des liens avec des membres de la mafia surnommée Fargo. À l’hôpital, Lorne prend au mot Lester qui souhaite que son bourreau disparaisse et assassine Hess d’un coup de couteau à la nuque alors qu’il est en plein ébat avec sa maîtresse.

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Entre-temps, Lester ne peut plus supporter sa femme et dans un instant de folie, la tue à coups de marteau. Ébranlé, il appelle Lorne pour qu’il vienne à son secours. Sur les entrefaites, l’officier Vern (Shawn Doyle) se présente chez Lester pour lui poser quelques questions sur le meurtre de Hess. Il aperçoit le cadavre de Pearl et au moment où il demande des renforts policiers, Lorne lui assène quelques balles dans le dos. Pour éviter d’avoir à justifier ce qui s’est passé, Lester se donne un coup sur la tête et perd connaissance. À son réveil, il invente une histoire de voleurs qui convainc le nouveau chef de police Bill Oswalt (Bob Odenkirk), mais pas sa subordonnée Molly Solverson (Allison Tolman) qui continue d’investiguer. Entre-temps, des associés de Hess, Mr Numbers (Adam Goldberg) et Mr Wrench (Russell Harvard) se rendent à Bemidji pour faire payer celui qui a commis le meurtre, mais ils accumulent les fausses pistes, gracieuseté de Lorne qui travaille maintenant à la solde de Favros Milos (Oliver Platt), le « roi » des supermarchés qui fraye aussi avec Fargo.

Du Coen tout craché

Au début du générique de chaque épisode, les mêmes surtitres apparaissent nous rappelant qu’il s’agit d’une histoire vraie, dont les noms ont été modifiés afin de préserver leur vie privée. Le film des frères Coen de 1996 affirmait la même chose, sauf que l’action de la série se déroule en 2006… de quoi nous laisser perplexe. La référence la plus appropriée de Fargo serait non pas le film éponyme, mais bien l’univers Coen tout entier et c’est ce qui fait tout son charme. Côté mise en scène, c’est la neige, une petite ville du milieu des États-Unis qui ressemble fort au film de 1996. La trame sonore quant à elle ressemble beaucoup au film Blood Simple (1984) avec ses airs rétros dont « full moon », d’Eden Ahbez. Les personnages sont des prototypes du film de 1996, mais les tuiles qui leur tombent sur la tête et les intrigues auxquelles ils sont soumis ont été complètement remaniées. Malgré tout, le personnage incarné par Billy Bob Thornton rappelle bien plus celui de Javier Bardem dans No country for old men (2007). Et les cinéphiles avertis ont peut-être remarqué l’ardoise dans une pièce où se trouve Lester et sur laquelle il est écrit « Special Whtie Russian, $4,95 » qui est la boisson fétiche de Jeffrey (Beau Bridges) dans The big Lebowski (1998). Ces clins d’œil s’adressent certes, à un public connaisseur des films Coen, mais témoignent aussi d’un souci esthétique qui effectue une jonction entre séries et films d’auteur; un gage de qualité.

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Mais ce qui charme dans la série Fargo, c’est le « ton Coen »; celui où l’humour noir, l’absurde et le thriller s’agencent à merveille. « What if you’re right and they’re wrong? »; c’est ce qui est inscrit sur un poster que Lester regarde avant de tuer sa femme. Cette maxime s’applique d’abord à Lorne, mais aussi à la majorité des protagonistes de la série. Au départ, on considère les membres de la petite ville comme étant de véritables ploucs. Le contraste n’est que plus fort du point de vue du téléspectateur lorsque ceux-ci en viennent à commettre des gestes qui dépassent l’entendement. Du coup, les meurtres sordides qui y sont commis ne déclenchent pas en nous l’effroi ou le dégoût, mais l’incrédulité et la fascination. L’arrivée d’un seul homme (Lorne) parvient à déstabiliser une ville entière. Un chaos s’installe et de voir le premier intéressé regarder de haut les dégâts qu’il a causés sans jamais se faire pincer a quelque chose d’hilarant. Peu de séries parviennent à provoquer ces sentiments lorsqu’il est question de meurtres, d’enquêtes et du milieu de la mafia. En ce sens, Fargo pourrait bien marquer les esprits.

2,65 millions de téléspectateurs ont regardé le pilote de la série et deux semaines plus tard, ils étaient 1,87. Si cette baisse n’est pas à négliger, les chiffres restent impressionnants pour une chaîne câblée. D’ailleurs, FX s’est imposée ces dernières années avec des séries comme Sons of anarchy, Justified et American horror history. En ajoutant Fargo, on a droit à un éventail aussi diversifié qu’original. Le futur de la chaîne est également prometteur puisqu’elle a lancé en janvier 2014 FXNOW, un système de vidéo sur demande pour ses abonnés qui inclue tous les épisodes de ses séries et un catalogue renfermant plus de 365 titres de films. Après Netflix et Amazon, FX? À suivre…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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