France Kbek : une alliance impossible?




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France Kbek : une alliance impossible?

France Kbek est une nouvelle série de dix épisodes diffusés depuis avril sur les ondes d’OSC City en France.

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L’action se déroule à Paris dans une boîte de ventes avec pour personnage principal Audrey (Marie-Ève Perron), une « numéro 2 » pleine d’ambition qui a dû taire ses origines québécoises puisque son patron Christophe (Simon Astier) nourri une haine féroce à l’encontre des cousins vivant de l’autre côté de l’Atlantique. Le quotidien de l’employée est bouleversé lorsque son amie d’enfance Mélanie (Lily Thibault) débarque sur son lieu de travail et dès lors, elle fait des pieds et des mains pour ne pas être démasquée.

Au fil des épisodes, on suit le parcours de ces deux femmes aux caractères opposés : l’une ayant de la difficulté à apprivoiser une nouvelle culture et l’autre faisant tout pour passer inaperçue et entrer dans le rang. France Kbek,qui est une création des deux actrices principales (Perron et Thibault) carbure sur l’humour absurde; trop éclaté diront certains, mais qui nous offre plusieurs moments cocasses. Ce qu’il y a d’encourageant, c’est qu’enfin voit le jour une collaboration entre la France et le Québec (du côté du synopsis) et que les deux pays auraient tout intérêt à multiplier ce genre d’approche.

Ostracisées à Paris

Fraîchement arrivée, Mélanie peine à se trouver un travail. Pire encore, à chaque entrevue, l’employeur lui rit à la figure à cause de son accent. Elle est finalement engagée par Éric (Alexandre Leroux), un Québécois propriétaire du bar « Le Tabarnak Café ». Mais même à cet endroit, la tâche s’avère difficile étant donné sa gentillesse innée (chose à laquelle les Parisiens ne sont pas habitués apparemment) qui fait fuir les clients. Pour enfin être considérée « des leurs », elle se doit d’être chiante en tout temps, ce qui malheureusement fonctionne. De son côté, Audrey doit faire face à un patron tyrannique et arbitraire.
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En plus de haïr les Québécois pour des raisons futiles, c’est toujours à la jeune femme qu’incombent les tâches les plus ingrates, comme lorsque vient le temps de renvoyer un employé (puis de le réengager). En plus, Audrey doit endurer les coups bas de son collègue Louis (Benjamin Laverhne) qui tente de prouver qu’elle est tantôt incompétente, tantôt voleuse. Au fil des épisodes, ces deux Québécoises feront aussi l’objet de filature, puisque l’agent fédéral Ben (Jean-Toussaint Bernard) est persuadé qu’elles sont terroristes et qu’elles préparent un sale coup (en vérité, c’est Éric qui trame quelque chose).

On est d’abord décontenancé en regardant France Kbek tant l’humour est poussé aux limites de l’absurde. Audrey partage son appartement avec Axelle (Maud Le Guenedal), une passionnée de kung-fu qui possède sa propre cave à viande et se promène toujours avec une tête de Barbie brûlée à la main. Y vit aussi Capone, son chien cynique qui parle. On a aussi des montages utilisés pour accentuer le ridicule de certaines situations comme des maisons qui explosent, beaucoup de plans au ralenti et même des ellipses de temps qui nous montrent les héroïnes dans leur enfance, mais caricaturées à l’extrême.

On ne peut s’empêcher de rire de ces blagues sorties de nulle part, alors que d’autres nous laissent indifférents. Cet humour parfois salace conviendrait davantage à un plus jeune public (des fans de Familly Guy par exemple), mais l’important est qu’il reflète exactement ce que ses créatrices avaient en tête. Comme le confiait Lily Thibault en entrevue : « On a choisi une trajectoire artistique complètement assumée, on est allées jusqu’au bout de ça, et ça fait parler. » La série ne plaira assurément pas à tous, mais on ne peut que saluer les créatrices d’avoir pris l’initiative d’un projet rassemblant deux cultures francophones; ce qui fait cruellement défaut à notre paysage télévisuel.

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Qu’est-ce qu’on attend?

Bien entendu, le marché des séries américaines a depuis belle lurette envahi toute la planète. Il n’est pas rare que des canaux anglais en diffusent sur leur territoire, mais l’inverse s’applique aussi avec PBS aux États-Unis par exemple, qui diffuse des séries d’Angleterre comme Call the midwife, The escape artist ou Downton Abbey, lesquelles remportent un grand succès. Malheureusement, on ne peut dire la même chose entre la France et le Québec. La province canadienne est desservie par TV5 Canada qui figure dans les 20 chaînes câblées les plus regardées. Des séries qui y sont (ou ont été) diffusées comme Apocalypse, la 1re Guerre mondiale, Ainsi soient-ils ou Un village français jouissent d’une certaine popularité, mais elles sont trop peu nombreuses pour qu’on puisse parler de phénomène.

L’opposé est bien pire en partie parce que l’accent québécois fait chauffer les oreilles d’un bon nombre de Français… au point qu’il n’est pas rare que l’on ait recours à des sous-titres ou au doublage. Et pour des raisons somme toute obscures, la programmation n’a jamais favorisé les acquisitions québécoises : Les hauts et les bas de Sophie Paquin en août à 17 heures, Unité 9 et Minuit le soir diffusées en pleine nuit… Invité au festival de la télé à la Rochelle, le réalisateur Podz (réalisateur de Xanadu) et deux producteurs de la province canadienne manifestaient en entrevue leur découragement face à ce manque d’ouverture de la part des diffuseurs français : « Les Français disent admirer notre travail, mais craignent que nos séries soient trop pointues, trop québécoises ». Et le ténors de conclure :« je ne comprends pas qu’on ne fasse pas de séries mixtes, entre la France et le Québec ». Ce mariage entre une culture française européenne et une autre américaine aurait beaucoup de potentiel, qu’on veuille y aborder la politique, l’espionnage ou l’histoire. C’est comme être assis sur une mine d’or, mais ne pas avoir envie de creuser.

Pour l’instant, on ne sait si France Kbek sera renouvelée pour une seconde saison, mais toujours est-il que c’est un bon pas vers la collaboration, d’autant plus que l’actrice Marie-Ève Perron a récemment reçu le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival Séries mania. À moins d’un désir profond de faire équipe, le Québec et la France laisseront encore et longtemps le monopole du divertissement télévisuel aux anglophones. Accent ou pas, rien n’est insurmontable et il faut juste foncer. À qui de faire les premiers pas?

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!