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BABYMETAL va ouvrir pour Lady Gaga: les musiciens derrière le phénomène japonais

Ce texte est une adaptation intégrale de l’article publié par ryotaroao sur le blog donotcrossthestreams·

Le groupe d’idoles heavy métal BABYMETAL a vraisemblablement conquis le monde récemment : elles ont fait l’objet d’articles dans des journaux tels que le USA Today, le Huffington Post, et même The Guardian.

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C’est toujours excitant quand un artiste japonais attire l’attention d’un média occidental, mais, malheureusement, il semble y avoir une tendance claire dans chacune de ces pièces. C’est particulièrement le cas quand les artistes sont des groupes aussi excentriques et flamboyants que BABYMETAL :

«Ils sont fous, ces japonais.»

Et puis, évidemment, il y a toujours la section des commentaires, qui, dans le cas de BABYMETAL, est remplie de n’importe quoi, de l’étonnement le plus grand au dégoût, y compris de commentaires disant que «ce n’est pas du métal» ou que «Slayer détesterait ça». Les allégations disant que les trois jeunes filles du groupes n’aiment pas le métal ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. (Cela n’importe pas vraiment, de toute façon : ce sont des idoles. Les Perfume n’aimaient pas l’électro-pop quand elles ont commencé.)

Ces réactions sont faciles à comprendre. Non seulement ce type de musique n’existe pas en Occident, mais la plupart des articles présentant BABYMETAL ont seulement dénoté la bizarrerie et la folie derrière le groupe sans qu’il y ait eu de véritable recherche sur le talent créatif ou une tentative d’explication du contexte culturel derrière ce projet.

Il est important de prendre note des tendances récentes dans la musique populaire japonaise en parlant de ce groupe : «la folie des idoles» subsiste au Japon depuis au moins cinq ans, avec des groupes tels qu’AKB48, Momoiro Clover Z, Dempagumi Inc., BiS et Bellring Shojo Heart qui se sont emparés de presque chaque aspect de la culture musicale. Les idoles existent dans la musique japonaise depuis toujours, mais, comme c’est le cas avec tout au 21e siècle, il y a une saturation complète depuis les quelques dernières années.

Dernières nouvelles:

En plus de Crayon Pop et Hatsune Miku, Lady Gaga s’offre un nouvel artiste asiatique au buzz international : BABYMETAL. Le trio idol-metal japonais assurera la première partie de la tournée artRAVE : the ARTPOP ball du 30 juillet au 6 août 2014 (5 dates américaines). BABYMETAL profitera de ce voyage pour donner un concert solo le 27 juillet au Fonda Theatre de Los Angeles, avant de s’envoler pour Montréal au Canada. Plus tôt en Europe, BABYMETAL est déjà salle comble pour son concert solo en Angleterre (2300 places après un changement de salle pour répondre à la demande) et se produira notamment à La Cigale le 1er juillet.

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Il est aussi important de prendre en considération le fonctionnement de la scène musicale et de l’industrie au Japon. Probablement plus que dans tout autre pays, le fossé entre la musique populaire dominante et indépendante est massif. Cela a créé une scène pop très proprette et préfabriquée, et une scène marginale très avant-garde et isolée. Dans un tel paysage musical, il est difficile pour les musiciens d’avant-garde de percer dans la scène populaire ou de gagner sa vie en faisant de la musique. Certains ont réduit le fossé en ayant leur propre groupe avec une communauté de fans dévouée mais limitée, tout en fournissant de la musique à des chanteurs pop plus populaires, et bien sûr, à des groupes d’idoles.

Les groupes d’idoles ont également bénéficié de cela, puisque la tendance semble présentement de tenter d’être plus «cool» et bizarre que tous les autres. Des groupes comme Momoiro Clover Z et BiS ont réussi en visant un certain groupe de fans d’une sous-culture particulière et en engageant des musiciens ayant la cote auprès de cette sous-culture afin de rendre la musique et le projet plus authentique et légitime. C’est donc un peu ironique quand les gens doutent de la «métalité» d’un groupe comme BABYMETAL : sa génétique a été fabriquée tout spécialement pour répondre à certains critères. En d’autres mots, elles sont si métal, du moins, musicalement et esthétiquement. (Idéologiquement, c’est une tout autre histoire, mais notre collègue contributeur à Japan Times et partenaire à Quit Your Band a déjà discuté du malaise lié à la combinaison d’une sous-culture et de musique commercialisée, alors je n’irai pas vraiment jusque là.)

Ceci nous amène vers l’équipe de créatifs derrière BABYMETAL. Bien qu’il n’y ait pas de producteur principal auquel le groupe se réfère (comme c’est le cas, par exemple, avec Tsunku pour Morning Musume), il est évident qu’il y a une petite équipe de musiciens qui travaille sur le matériel.

Un des producteurs se démarquant le plus est Narasaki du groupe métai/shoegaze Coaltar Of The Deepers. Narasaki a été reconnu dans les quelques dernières années pour la production de bandes sonores d’anime et pour avoir contribué quelques pistes à Momoiro Clover Z telles que «Pinky Jones», «Kuroi Shuumatsu» et «Birth Ø Birth».

BABYMETAL seront à Montréal, au Québec, le 9 août prochain dans le cadre du festival Heavy Montréal

BABYMETAL seront à Montréal, au Québec, le 9 août prochain dans le cadre du festival Heavy Montréal

Narasaki connaît son métal. Bien que son groupe sonne rarement très métal, il y a eu de bonnes démonstrations de «thrash» de la part de Narasaki dans sa reprise de «Killing An Arab» et de «Mars Attacks!» du deuxième album du groupe. Écoutez la chanson «Kuroi Shuumatsu» de Momoiro Clover, et vous y entendrez plein de références à Black Sabbath.

Jusqu’à présent, les contributions de Narasaki à BABYMETAL ont été «Headbanger» et le b-side «Catch Me If You Can». Cette dernière sonne beaucoup comme Coaltar Of The Deepers; comparez-la à la piste de métal industriel «Dead By Dawn» de l’album Penguin, et on dirait qu’elles sortent des mêmes sessions d’enregistrement.

Dans ce contexte, la piste passe soudainement d’une petite chanson mignonne sur le jeu de cache-cache à un extrait de Coaltar Of The Deepers. On pourrait dire cela pour d’autres producteurs japonais. Qui n’affirmerait pas qu’un single de Kyary Pamyu Pamyu aurait paru paraître sur un album de Capsule ou qu’une chanson de Momoiro Clover Z n’aurait pas pu se retrouver sur un disque de Hyadain (ou de Go! Team)?

La musique d’idoles est devenu le terrain de jeu privilégié de plusieurs musiciens. Bien que certains aient leurs propres groupes plus intéressants, il est difficile pour ces musiciens de vivre de leur musique en raison du créneau particulier de leur matériel et du simple fait que ces genres n’ont pas assez d’appui généralement au Japon. Cela explique pourquoi des gens comme AxSxE du groupe post-rock Natsumen écrivent une chanson comme «L. Drunk» pour Kaela Kimura.

Un autre producteur qui se démarque est Takeshi Ueda, mieux connu pour son rôle de bassiste pour Mad Capsule Markets et son projet solo AA=. Sa chanson est «Gimme Choco», une des pistes tournant le plus sur Internet et certainement un des morceaux phares du nouvel album. «Gimme Choco» joint l’électro-pop au métal, mais Ueda le fait avec goût à l’aide d’un interlude accrocheur parsemé d’auto-tune, et, aussi, des effets qu’on entendrait sur un disque de Mad Capsule Markets. Cependant, les éléments électroniques ne tendent jamais vers le kitsch (d’autres pistes sur l’album en sont davantage coupables), et il est évident qu’Ueda se trouve en terrain familier.

Parmi les autres contributeurs, on retrouve Norimetal alias Norizo du groupe Dugout, qui a écrit le single «Megitsune», ainsi que Yuyoyuppe, un producteur de vocaloid, DJ et musicien rock. Dugout ne sont pas du tout métal, mais ils faisaient parti de la scène Hachioji aux côtés de groupes tels que Maximum The Hormone (le chanteur Daisuke Tsuda de Maximum The Hormone était le batteur de Dugout à l’origine), qui ont déroulé le tapis rouge pour ces hybrides J-pop/métal d’une certaine manière. Au départ, Dugout écrivaient des chansons pop punk et ont évolué vers un style garage des années 60. Dans tous les cas, ils écrivent de petites chansons de rock indépendant accrocheuses. («Megitsune» a le refrain le plus solide de toutes les chansons de l’album, et elle est probablement ma piste préférée.)

En lisant les remerciements, le nom de Yuyoyuppe revient le plus souvent, et il semble impliqué en apportant des arrangements métal à des compositeurs qui ne sont pas métal autrement. Il a écrit Akumu no Wa kyoku et a arrangé trois autres chansons, dont «BABYMETAL Death» et «Megitsune».

Le mélange d’EDM et de métal sonne tout juste comme le groupe de Yuyoyuppe, portant l’excellent nom de My Eggplant Died Yesterday. Bien qu’honnêtement je ne sois pas un gros fan des pistes de Yuyoyuppe, il est évident qu’il a une maîtrise de la musique heavy malgré les moments ringards à la sauce Skrillex. On voit que Narasaki comprend mieux le métal que Yuyoyuppe en écoutant ses pistes à la suite des siennes. Toutefois, Narasaki fait son travail depuis beaucoup plus longtemps, alors ce n’est pas une comparaison très juste.

Un autre nom intéressant dans la liste est Tatsuo, le guitariste du groupe Everset. Il est aussi connu pour son rôle de producteur et ses arrangements des chansons du phénomène «air band» Golden Bomber, qui a pris le pays d’assaut avec son single «Memeshikute». Comme il n’y a qu’un seul membre de Golden Bomber qui joue d’un instrument (les autres miment la musique), on pourrait affirmer que Tatsuo est Golden Bomber. Le groupe est essentiellement une parodie (je les trouve amusants mais mauvais), mais ils ont de forts liens avec la scène visual kei au Japon par leur présence dans la scène plus d’une décennie avant de devenir populaires. Tatsuo a arrangé deux pistes sur l’album, «Onedari Daisakusen» et «4 No Uta» (qui réutilise le «spider-riff» de «Master Of Puppets» de Metallica note pour note.)

La connexion entre BABYMETAL et le visual kei est importante: certaines chansons comme «Headbanger»» et «Ijime, Dame, Zettai» ont été accusées de «ne pas être du métal». En regardant ces chansons d’un point de vue visual kei, elles prennent soudainement du sens. Les deux chansons ressemblent plus à du X Japan qu’à n’importe quelle piste de Slayer. Même Narasaki a admis dans une entrevue que son inspiration pour «Headbanger» était davantage le visual kei que le heavy métal et que la chanson sonne intentionnellement comme «du métal fait par un gars de visual kei japonais qui ne comprend pas vraiment le métal».

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Écouter ce nouvel album dans le contexte d’un hybride visual kei/death métal nous le fait voir sous un autre jour et nous donne un aperçu de l’intention des créateurs. Le produit final est un album qui est probablement le mélange de mélodies kayokyoku et de métal le plus raffiné possible, ce que beaucoup de groupes visual kei ont essayé de faire à la fin des années 80 et au début des années 90. En tant que fan de Narasaki tout simplement, il est excitant de l’entendre complètement métal sur ces pistes, une chose qu’il fait rarement pour Coaltar Of The Deeper. Il est aussi intéressant d’entendre les chansons dans le contexte de sa discographie étendue, qui inclut son matériel musical d’idoles et d’anime (ainsi que plusieurs projets secondaires comme l’électronique Sadesper Record.) On peut entendre la différence entre une chanson d’idoles produite par un gars dans sa chambre qui n’a jamais été dans un groupe et une piste produite par quelqu’un qui a de l’expérience en tournée et en enregistrement dans la scène musicale indépendante.

Lorsque Dom Lawson du journal The Guardian prétend que le groupe a été formé par un «génie machiavélique ayant presque certainement eu un éclair de génie au milieu de la nuit quand il s’est rendu compte que les japonais allaient adopter inconditionnellement un mélange d’idées musicales aux apparences incongrues», il ne fait que toucher à la couche superficielle: ce mélange existe déjà depuis un bon moment. Ce n’est que la manière dont la musique d’idoles est vendue ces temps-ci : on prend un créneau musical particulier, on implique des gens de la scène dans la production des chansons, puis on exploite les côtés disparates de la musique. Bien franchement, il est assez triste que les groupes et les musiciens ne puissent pas vivre avec leurs propres groupes tout simplement. Néanmoins, s’il y a quelque chose de bon à tirer de tout le côté commercial, c’est que certains de ces gens talentueux font entendre leurs oeuvres et que des groupes comme BABYMETAL puissent devenir la drogue d’introduction d’un jeune au monde du métal et de la scène indépendante japonaise.

Oui, c’est préfabriqué. Oui, c’est ridicule. Mais ce n’est pas tout. Il y a des groupes géniaux derrière le mignon et le commercial. Vous n’avez qu’à creuser un peu plus loin.

Source: Do Not Cross The Streams WordPress

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Annabelle Thibault

Annabelle Thibault

Je suis traductrice et rédactrice d'articles dans les domaines de la télévision et du cinéma. Les traductions que je publie ne reflètent pas nécessairement ma pensée.

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