Gang Related : l’été commence bien mal




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Gang Related : l’été commence bien mal

Gang related est une nouvelle série de 13 épisodes diffusés sur les ondes de Fox aux États-Unis et CTV au Canada depuis la fin mai.

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On nous transporte à Los Angeles alors que l’unité antigang de la LAPD menée par l’intransigeant Sam Chapel (Terry O’Quinn) mène une lutte féroce à l’encontre de différentes mafias qui font la pluie et le beau temps. Ryan Lopez (Ramon Rodriguez) est un jeune membre de l’escouade très estimé de ses collègues, mais qui cache un lourd secret : il travaille en fait pour le compte de Javier Acosta (Cliff Curtis), le maître du clan surnommé « Los Angelicos ».

Mais vers où ira son allégeance en fin de compte? Les prochains épisodes nous le diront. Gang Related n’est qu’une autre de ces séries policières qu’on oublie aussitôt après l’avoir vue et on peine à croire que quelqu’un chez Fox ait donné son aval à une telle production. Pour pallier à son manque d’imagination flagrant, elle tombe rapidement dans une vague de clichés que même les scènes d’action exagérées et celles de violences extrême ne viennent compenser. Un bon conseil : changer de poste.

Taper sur le clou

Prouver qu’on est un flic efficace sans pour autant renier son allégeance envers un père spirituel, tel est le défi de Ryan. En effet, celui-ci a été élevé par Javier après que son père ait été tué par des malfrats. Plus jeune, il est même tombé amoureux d’une proche de la famille : Silvia (Lela Loren). Si après leur rupture Ryan a toujours continué d’éprouver des sentiments envers elle, il reçoit une douche froide lors d’une petite fête chez les Acosta lorsque le fils de Javier, David (Jay Hernandez), annonce leurs fiançailles. Si ces histoires de cœur ne minent en rien l’affection du policier envers cette famille, c’est l’autre fils Acosta, Carlos (Reynaldo Gallegos) qui le place dans une situation plus qu’inconfortable. Pour des motifs obscurs, il a tué son collègue et ami lors d’une soirée arrosée. S’ensuit une enquête encore plus approfondie déclenchée par la LAPD et l’étau se resserre non seulement autour de Ryan, mais aussi du clan mafieux; ouvrant les portes à plusieurs règlements de comptes. Ainsi, Carlos est mitraillé (littéralement) par une bande ennemie et les Los Angelicos crient revanche. Il ne reste plus qu’à la police d’essayer de mettre de l’ordre dans ces affrontements qui tournent rapidement aux bains de sang.

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Si on doute que Gang related se rende jusqu’à la fin de sa première saison, c’est en partie pour sa tendance à tourner les coins ronds. Au début du pilote, on nous montre une scène avec Ryan jeune et tout juste orphelin, qui est pris en charge par Javier. Cette séquence durant deux minutes tout au plus est sensée être suffisante pour nous convaincre qu’il existe un réel lien de confiance entre les deux hommes. En fait, on comprend vite que cette entourloupette n’est qu’un prétexte pour nous servir une autre série policière. Version ratée de Graceland (qui était potable sans plus), les protagonistes tentent de traquer les clans, mais celles de Fox sont beaucoup moins abouties. Dans Low winter sun diffusée l’été dernier, on avait deux policiers ayant commis un meurtre sur lequel ils avaient par la suite été chargés d’enquêter. Un pied hors la loi, ils avaient la tête de l’emploi et n’hésitaient pas à se faire justice eux-mêmes. Dans Gang related, Ryan n’est pas assez rusé et on a tout sauf l’impression qu’il effectue un travail de sape au sein de la police.

Bien sûr, il faut laisser aux intrigues le temps de s’installer, mais les premiers épisodes n’ont rien pour nous inspirer une telle patience, notamment en ce qui a trait à la représentation de la race. Ici, tous les groupes ethniques (noirs, hispaniques et asiatiques) sont dépeints sous un jour hautement négatif. Ils appartiennent tous au monde criminel, ont peu de scrupules et sont même fiers de leur médiocrité comme lorsque Javier affirme : « Brown is the new black ». Bien sûr, la série se déroule à Los Angeles et étant donné la frontière que se partagent l’État de Californie et le Mexique, il est réaliste qu’une bonne partie des cartels soit d’origine sud-américaine, mais c’est cette accumulation; cette surreprésentation du Mexicain tantôt criminel, tantôt pataugeant dans la pauvreté qui à la longue, laisse des traces négatives dans notre subconscient. Devious maids (série portant sur des bonnes hispaniques travaillant à Beverly Hills) avait essuyé la même critique, mais le ton léger, voire absurde du créateur Marc Cherry n’avait pas la même portée qu’une série qui se veut plus réaliste comme Gang related.

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Cachez ce doigt que je ne saurais voir

Force est d’admettre que Gang related a voulu se servir de scènes d’action, mais surtout de violence pour attirer un certain auditoire. Dès le départ, on nous sert une poursuite en entre policiers et criminels. Coups de feu, automobile qui capote et explose, arrestations musclées : le ton est donné. Pour qu’on comprenne bien que les membres des clans jouent dans la cour des grands, on n’hésite pas à nous servir quelques scènes de torture corporelles. Bien qu’on ne montre rien, on voit à un moment Javier avec un couteau de boucher à la main alors qu’il essaie de faire parler un membre d’un cartel ennemi, lequel est ligoté et le torse marqué de plusieurs ecchymoses. Plus tard, on voit un groupe d’Asiatiques qui comme rite d’initiation se marquent le corps au fer, comme du bétail. Les policiers ne sont pas exempts de barbarie non plus puisqu’ils intimident leurs prisonniers comme bon leur semble pour leur soutirer des informations.

Le pire reste encore à venir. Des policiers effectuent une descente et demandent à une dame du quartier si elle a vu les criminels qu’elle recherche. En guise de réponse, celle-ci leur fait un doigt d’honneur… lequel est censuré (le plan de sa main est flou). On peut respecter le souci de la chaîne d’épargner aux chastes téléspectateurs cet acte grossier, mais le problème est que quelques minutes plus tard, on n’hésite pas à nous monter une exécution sanglante et surtout très explicite: quatre hommes qui mitraillent Carlos! Deux poids, deux mesures et après, on s’étonne qu’il y ait des fusillades dans les lycées américains.

Gang related n’a rassemblé qu’un maigre 2,97 millions de téléspectateurs lors de sa première et étonnement, 3,17 pour le second. Bien qu’il y ait remontée, ces chiffres sont nettement insuffissants pour rendre la série rentable. Outre une histoire décousue, on se désole surtout de la banalisation de la violence qu’on y trouve, ce qui semble même être une marque de commerce de Fox (The following, 24). Ailleurs, on pense à Mob city qui ne laissait pas sa place en coups de feu inutiles, à la différence que cette série de TNT était diffusée sur un réseau câblé et qui ne comptait que 6 épisodes.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!