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Murder in the first : un formatage qui passe le test

Murder in the first est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début juin sur les ondes de TNT aux États-Unis et Bravo au Canada.

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L’action se déroule à San Francisco alors qu’un revendeur de drogues est retrouvé assassiné chez lui. Ce sont les inspecteurs Terry English (Taye Diggs) et Hildy Mulligan (Kathleen Robertson) qui sont chargés d’enquêter sur cette affaire. Alors qu’ils croient avoir arrêté le bon suspect, un autre meurtre est commis et il leur est possible de faire un lien entre les deux victimes quant à leur présumé assassin : Erich Blunt (Tom Felton), un jeune millionnaire de Silicon Valley qui avec un nouveau concept, est sur le point de révolutionner le monde de l’informatique.

Polar signé Steven Broncho qui est déjà expert en la matière, Murder in the first est une série qui compte autant de pour que de contre. Pour le moment, le « couple » de détectives nous laisse assez indifférents, tant pour leurs personnalités que pour leurs techniques d’enquête. Et bien qu’elle n’ait pas la qualité cinématographique d’autres sériess’étant illustrées ces dernières saisons, l’enquête contient assez de zones grises et de rebondissements pour nous donner envie de continuer le visionnement, ne serait-ce que quelques épisodes supplémentaires.

Remplissage et duo pas tout à fait au point

En temps normal, éclaircir le meurtre d’un junkie dans un quartier pauvre de San Francisco ne figurerait pas dans les priorités de la police, tellement ce genre de crime est légion. Mais c’est un iPad avec un message adressé à Erich Blunt retrouvé sur les lieux qui attire d’abord l’attention de Mulligan et English. Blunt est l’exemple typique (pour ne pas dire cliché) du génie informatique jeune, riche et gâté que produit Silicon Valley. Déjà poursuivi par un ancien collègue pour avoir volé un de ses algorithmes informatiques, le jeune homme semble avoir le don se faire des ennemis puisqu’il renvoie l’hôtesse de l’air de son jet privé, Cindy (Brianne Davis) après qu’elle ait renversé du vin sur sa chemise. Quelques jours plus tard, elle est retrouvée morte chez elle et couverte d’ecchymoses. Mais tous les soupçons ne sont pas automatiquement tournés vers Erich puisque deux jeunes garçons disent avoir aperçu le meurtrier s’enfuir des lieux du premier crime. Celui-ci est arrêté et confesse même en être l’auteur. Quant au meurtre de Cindy, on apprend que le pilote du Jet, Bill Wilkerson (Steven Weber), était son amant. Puis, en investiguant plus à fond, les détectives découvrent que le junkie tué était le père biologique d’Erich et on a ensuite retrouvé des traces de son sperme dans la bouche de la seconde victime. De plus, il aurait déjà violé une autre femme il y a plus de cinq ans. Est-il le coupable pour autant?

L’été dernier, TNT présentait une nouvelle série policière style procédural; King & Maxwell. Formatée, sans saveur, la chaîne n’a pas commandé de seconde saison, mais c’était surtout la paire de détectives qui sonnait faux. Se flirtant constamment, jouant tous deux aux bons samaritains; on n’y croyait tout simplement pas. Dans Murder in the first, la complicité est moins forcée, mais il y a encore du chemin à faire. On apprend dès les premières scènes que Mulligan est divorcée, qu’elle a en grippe son ex, mais qu’elle n’a pas renoncé à l’amour puisqu’elle accepte plusieurs blind dates, qui n’aboutissent pas à grand chose par ailleurs. Quant à English, sa femme est en phase terminale d’un cancer et le moral est au plus bas. Le problème ici est qu’on connait peu le protagoniste et encore moins sa douce moitié, si bien que son sort nous émeut peu. De toute façon, il mène l’enquête comme si de rien n’était et lorsque Mulligan lui conseille d’aller passer un peu de temps auprès d’elle, celui-ci rétorque : « I can’t just go home and watch her die! ». À l’épisode suivant, on l’enterre et English est de retour au travail. On apprécie l’effort des créateurs de vouloir donner de la profondeur aux protagonistes, mais pour le moment c’est plus ou moins crédible, voire intéressant. Remplissage ou alors ces intrigues personnelles pourraient avoir une résonnance dans le déroulement de l’enquête? Pour le moment, on en doute fort.

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Laisser le temps à l’enquête de progresser

En termes de polars, le créateur Steven Broncho est maître en la matière et même précurseur puisque de 1995 à 1997, il était à la barre de Murder One à ABC; une série dans laquelle une seule enquête policière occupait toute une saison. Peu prisé à l’époque, ce format est depuis légion et ces dernières années nous a donné de magnifiques créations télé avec plusieurs variantes. Pensons notamment à Broadchurch où l’on recherche le coupable du meurtre d’un jeune garçon et Top of the lake pour celui d’une jeune fille. Dans True detective, les policiers sont à la recherche un tueur en série pour le moins invisible alors que dans The Fall, présentée plus tôt au printemps 2013, le tueur en série occupait autant de place que la détective. Paysages en symbiose avec les protagonistes, narration tergiversant sans cesse entre le présent et le passé, découverte de sombres secrets de tous les habitants d’une petite ville ou critique indirecte de la condition des femmes; voilà tous des thèmes où éléments de la mise en scène qui ont valu à ces séries la notoriété qu’elles méritent.

En comparaison, Murder in the first est loin d’être aussi originale, mais n’est pas mauvaise pour autant. Comme l’écrit Pierre Langlais dans son article : «Bochco est maître dans la peinture du quotidien de la police, et sait comme peu de scénaristes sortir du commissariat, arpenter les rues, faire de la ville un personnage, éviter les effets pompeux et les lourdeurs inutiles.» En bref, il est reconnu pour son efficacité et bien que sa dernière série connaisse quelque temps mort et que les techniques policières ne soient pas des plus innovantes (prélever l’ADN sur une bouteille d’eau ou sur un mouchoir), l’enquête ne piétine pas. Lors du troisième épisode, English et Mulligan ont assez de preuves pour inculper Erich et tout semble le désigner comme le coupable. Mais il reste sept épisodes à la série et misons sur plusieurs rebondissements qu’on espère bien ficelés pour nous tenir en haleine.

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Pour le moment, Murder in the first s’en tire assez bien avec des audiences respectives (en millions) de 3,76, 2,90 et 2,65 pour les trois premiers épisodes. Et vu les récents bides de l’été,on pourrait même affirmer que la série s’en tire bien. Saura-t-elle se maintenir dans le futur. Pour le moment, on peut donner la chance au coureur.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!