Devious Maids : entrevue avec le créateur Marc Cherry




Accueil » Nouvelles » À la Une » Devious Maids : entrevue avec le créateur Marc Cherry

Devious Maids : entrevue avec le créateur Marc Cherry

Cet article est une adaptation d’un texte paru sur Deadline

Quand une chaîne généraliste rejette un pilote déjà tourné, il est peu commun que l’émission obtienne une seconde chance sur une autre chaîne.

Ce fut le destin de l’émission Devious Maids par Marc Cherry, la deuxième émission qu’il a développé avec ABC après la pierre angulaire du dimanche, Desperate Housewives. Pour la chaîne de l’alphabet, l’émission semblait une valeur sûre pour la programmation d’automne 2012.

Cependant, en juin 2012, les patrons du réseau ont changé d’idée. Dans l’entrevue qui suit, Cherry dévoile à Deadline les détails sur la résurrection de Devious Maids à Lifetime, sur comment l’émission est devenue le fleuron des actrices latina, et parle de la longévité des comédies dramatiques comme Desperate Housewives dans les catégories des prix Emmy.

DeviousMaids-saison2-C

Deadline : Comment le projet Devious Maidse est-il né? Que vous a-t-il poussé à adapter le téléroman mexican Ellas son… la Alegria del Hogar?

Marc Cherry : J’ai reçu un appel de mon agent à propos du consortium de producteurs formé par Oasis Entertainment. Ils achètent différents formats de partout à travers le monde. Ils avaient une émission sur les femmes de ménage du Mexique et ils m’ont approché en disant que je pourrais faire la version américaine. J’y ai jeté un coup d’oeil. Ils m’ont montré un résumé de cinq minutes pour m’informer, et l’émission ressemblait beaucoup à Desperate Housewives alors j’ai décliné l’offre parce que j’avais déjà travaillé sur ce projet. Quelques jours sont passés, je pensais constamment à l’émission, et elle m’a rappelé plusieurs souvenirs du style Devious Maids datant de l’époque où je travaillais en tant qu’assistant personnel de Dixie Carter à Bel Air. J’allais chez elle à chaque jour, du lundi au vendredi, et j’avais 25 ans, donc je venais de déménager à Hollywood.

Ce fut intéressant, parce que pour la première fois de ma vie, après avoir grandi dans une famille au dessus de la classe moyenne dans l’Orange County, j’étais l’aidant, si l’on peut dire cela. Il y avait plusieurs personnes qui travaillaient chez elle – deux femmes de ménage, un cuisinier, un chauffeur, un professeur de yoga – en fait, c’était une maisonnée drôlement folle qui aurait mérité sa propre comédie de situation. C’était un endroit très divertissant. J’adore Hal Holbrook et Dixie, ils m’étaient chers. Cela a fait du chemin dans ma tête, plusieurs années se sont écoulées, et maintenant, il y a des gens qui travaillent chez moi. J’ai vu les deux côtés de la médaille, et il n’y a rien comme travailler chez autrui parce qu’on est exposé aux parties les plus intimes de leur vie. Ce n’est pas comme un bureau, une université, ou un poste de police. C’est plus intime et délicat. Je me suis dit : «J’ai ma vision de cela.»

Deadline : Comment Eva Longoria s’est-elle impliquée comme productrice déléguée?

Cherry : Voici comment Eva est arrivée. Après avoir décidé que je voulais écrire sur les relations des gens riches, leurs manoirs et des gens qui les aident, je me suis dit, devrais-je faire cela avec une distribution entièrement composée de latinos? Les avantages et désavantages me sont venus immédiatement. Le désavantage était que j’allais être accusé de caricaturer les Latinos, mais l’avantage était qu’il y a une tonne de choses merveilleuses à dire à propos des femmes qui font ce travail, et comme il y a tellement de Latinos travaillant à Bel Air et à Beverly Hills, j’ai cru je pouvais assembler la première distribution de cinq actrices principales d’origine latine. J’ai pensé que ce serait une première, puis j’ai contacté ma bonne amie Eva pour entendre son avis. Nous savions qu’il y avait des pièges à éviter, mais nous avons vu le tout comme une chance fantastique.

De plus, comme j’ai intégré Eva Longoria à la distribution de Desperate Housewives, j’étais subjugué par le bassin de talent chez les Latinas. Elle était d’accord que cela pouvait être une occasion incroyable, et a abordé quelques questions sur lesquelles je devais surveiller et ainsi que la direction des personnages. Ensemble, nous nous sommes assurés que je suis en lien avec de vraies femmes de ménage latina, celles qui ont travaillé à Beverly Hills et à Bel Air. Elle était vraiment celle m’ayant donné le courage de me lancer et de donner une perspective à l’émission avec une distribution latina, et je ne l’aurais pas fait sans elle. Elle a réalisé le premier épisode de la deuxième saison et a fait un travail fantastique, et j’espère la convaincre d’en faire un autre.
jim-fiscus_devious-maids-2

Deadline : Eva s’implique-t-elle dans la salle de rédaction, et planifiez-vous une apparition éclair de sa part?

Cherry : Au début de l’année, nous lui faisons un résumé de toutes les histoires et lui donnons une copie de tous les scénarios et changements de scène. Elle nous appelle pour nous donner ses opinions et notes sur certaines histoires. Elle a été impliquée intensément au début de la saison parce qu’elle réalisait. Quand elle a une inquiétude, elle prend le téléphone et nous consulte. En ce qui concerne l’apparition éclair, j’aimerais l’utiliser à un certain moment dans l’émission, et je ne veux pas que ce ne soit qu’une apparition. Je veux qu’elle joue un gros rôle. Nous cherchons donc la bonne histoire pour y parvenir. Elle est une arme secrète que je cache derrière mon dos en attendant.

Deadline : L’émission obtient un pilote, puis ABC passe son tour. Comment cela vous a-t-il affecté? Vous sentiez-vous impuissant? Vous a-t-on dit : «Nous passons, mais nous allons la vendre ailleurs», parce que votre entente était avec ABC Studios?

Cherry : C’était une véritable surprise qu’ils aient passé leur tour parce que les réactions initiales au pilote étaient très bonnes. Je n’en suis pas tout à fait sûr, mais je crois qu’ils ont fait un test qui les a fait douter, et c’était un choix difficile pour eux quand ils ont refusé. Bien franchement, il y avait une intrigue dont je n’étais pas certain de la qualité de l’écriture et de la distribution. Nous avons dû la filmer à nouveau. Je croyais tellement aux acteurs que ma réaction sur le coup était de dire à mes agents : «Nous devons trouver un nouveau foyer à l’émission parce qu’elle mérite d’être vue et qu’ils sont des gens très spéciaux.»

J’ai été très, très chanceux parce que certains pilotes sont rejetés. Par chance, Lifetime était au courant à propos de l’émission et en connaissait le concept. Nous leur avons envoyé le pilote, et moins de 2 semaines se sont écoulées avant que les négociations commencent et que nous nous y penchions. Nous avons décidé que l’intrigue devait être tournée et écrite à nouveau. Ensuite, les gens des studios Disney nous ont aidés financièrement pour réaliser ce projet. Nous avons pris la décision de tourner en Georgie pour que cela soit plus faisable économiquement. C’est une histoire qui finit tellement bien.

Deadline : Quand des pilotes télé sont rejetés, ils vont tout droit au cimetière. Les chefs de programmation d’aujourd’hui sont-ils plus ouverts à faire revivre les pilotes rejetés par d’autres chaînes comparativement à il y a 10 ans, environ? Ce qui est arrivé à Devious Maids est-il une anomalie?

Cherry : Je crois que c’est très rare. La plupart des compagnies aiment développer leurs productions à l’interne. Je pense qu’il sera toujours rare que des patrons prennent une telle décision, mais il y a tellement d’autres cas dans le genre dans l’industrie. Le patron d’une chaîne généraliste dit non, et un patron d’une autre chaîne dit oui. Le script de Desperate Housewives a été rejeté par toutes les chaînes, et que Dieu bénisse Steph McPherson qui était à la tête de Disney Studios à l’époque, parce qu’il a vu l’émission et a dit : «Je crois en ce contenu.» Je pense aussi que The Sopranos a été rejeté par Fox. Plus il y a d’exemples pareils, plus les gens veulent jeter un coup d’oeil. Je pense que la grande difficulté des réseaux est de savoir si l’émission correspond à leur marque. C’est une question que je trouve un peu ridicule parce que si l’on a le bon genre d’émission, elle peut changer la marque. Desperate Housewives a certainement eu un impact sur le changement d’image d’ABC, et les patrons ouverts et qui s’attardent aux projets peuvent remporter un grand succès en gardant l’esprit ouvert.

Deadline : En faisant passer l’émission d’une chaîne généraliste à une chaîne câblée, y avait-il des sacrifices à faire en ce qui concerne votre budget?

Cherry : Oui, sans aucun doute. Nous devions trouver des moyens d’économiser sur la production, mais en tournant en Georgie, nous avons réglé la grande majorité de nos problèmes.

Deadline : Quelle a été l’intrigue principale qui a dû être modifiée?

Cherry : C’était celle de Carmen, le personnage interprété par Roselyn Sanchez. Elle travaillait pour un chanteur de rock. Je pense que je les avais faits trop amères, alors j’ai créé une maisonnée plus engageante. J’ai eu moi-même l’idée des personnages d’Alejandro et d’Odessa, la femme de ménage russe. J’ai créé des personnages qui étaient plus doux sur les oreilles parce que le foyer était toxique. Cela a fonctionné. Les acteurs que nous avions choisis étaient charmants, mais c’était une erreur de ma part.

Devious-Maids

Deadline : Pendant la saison des Oscar, les obstacles des concurrents en coulisses, comme le long processus de production et de distribution du film Gravity, sont souvent les piliers des campagnes pour remporter des prix et sont utilisés pour générer de la sympathie chez les électeurs. Ce n’est pas vraiment le cas pour les campagnes des prix Emmy. Êtes-vous d’accord? Les obstacles en coulisses contribuent-ils à donner de l’attention aux concurrents télé?

Cherry : C’est une excellente question à laquelle je ne peux pas vous donner de réponse intéressante. Je suis certain que Desperate Housewives a bénéficié de cette attention parce que tous les studios ont passé leur tour, et quand nous sommes devenus la nouvelle série la plus populaire, la quatrième en termes de cotes d’écoute et première dans notre catégorie, il était tellement ironique que nous remportions autant de succès après avoir été rejetés. Je pense que nous avons eu beaucoup d’attention de la presse à ce propos, mais une histoire pareille est plutôt rare. Jusqu’à maintenant, je ne peux pas vous nommer une autre émission ayant été rejetée autant de fois et qui a remporté autant de succès dans l’audimat. Je ne sais pas si c’est un si bon moyen. Nous qui travaillons en télésommes si absorbés par notre travail que nous sommes vaguement conscients des choses que les autres ont traversé pour compléter leurs émissions.

Deadline : Tout comme l’était Desperate Housewives, Devious Maids est un mélange de comédie et de drame. Pensez-vous que les opinions des électeurs des prix Emmy sur le genre ont changé, plus particulièrement en raison du chevauchement des catégories?

Cherry : En général, les comédies dramatiques ont la vie dure. Je me souviens quand Ally McBeal a remporté un Emmy, et que certains ont rouspété parce qu’elle adoptait un ton différent des émissions qu’elle concurrencait. En vérité, le problème reste qu’il ne faut pas comparer les pommes et les poires. Nous ne sommes pas Two and a Half Men. Nous ne prétendons pas l’être, c’est une comédie plus traditionnelle. Artistiquement, je me m’inquiète pas. Je fais mon émission et j’espère que plein de gens l’aimeront. Après autant d’années dans cette industrie, je dois laisser faire les choses à ce sujet. J’espère que les gens le verront et récompenseront l’émission.

Deadline : Comme vous êtes à Lifetime, une chaîne câblée de base, avez-vous plus de liberté artistique que sur une chaîne généraliste? Pouvez-vous en faire plus avec l’émission?

Cherry : Oui. Sur Desperate Housewives, à chaque épisode, nous recevions des commentaires de la part de la Broadcast Standards & Practices (Note du traducteur : l’organisme de censure pour la télévision aux États-Unis) à propos de certaines lignes ou des scènes où l’on en voyait «trop». Jusqu’à maintenant, j’en suis à mon 23e épisode de Devious Maids et j’ai peut-être reçu une seule remarque. Je pense donc que nous avons une attitude plus détendue, et ce n’est pas comme si l’on faisait des choses particulièrement osées. Je dirais que la différence la plus grande avec les chaînes généralistes est qu’on m’a demandé de préparer 13 épisodes cette saison-ci, c’est un processus plus sain. J’ai davantage de temps au début de la saison pour préparer mes intrigues et mes histoires. Cela fait toute la différence du monde. Je suis plus préparé, et c’est parce que j’ai plus de temps pour travailler. Je ne peux pas m’imaginer faire 23 épisodes par saison.

Deadline : Y a-t-il d’autres émissions que vous voulez développer?

Cherry : Je ne suis pas certain. À ce point-ci, je pense que je vais essayer de produire, mais à distance. Mon temps en tant qu’auteur-producteur au quotidien est bientôt révolu. Je deviens vieux. Je viens d’avoir 52 ans. Il y a des talents passionnants que j’aimerais superviser. J’explore d’autres voies. Les gens savent que je m’intéresse au théâtre et je reçois des appels de New York pour de faire de la scénarisation. Aussi longtemps que Devious fonctionne, je veux être là. Nous sommes la petite émission avec du potentiel.

Deadline : C’est une émission pro-latino. En tant que Républicain, croyez-vous que quelque chose échappe au parti avec sa position ferme sur l’immigration?

Cherry : Voici ce que j’ai à dire, et je ne suis pas un porte-parole. Je ne commente jamais à propos des Républicains, même si j’en suis un. Je ne suis pas d’accord avec toutes leurs prises de position. Laissez-moi vous dire publiquement que je soutiens entièrement les rêveurs de ce pays. C’est un pays magnifique, et je peux comprendre pourquoi quelqu’un viendrait ici et serait d’accord avec cela, et je pense que les Démocrates autant que les Républicains savent que notre situation en matière d’immigration est un désastre à résoudre. Je ne suis pas assez articulé pour proposer une politique, mais je soutiens assurément les rêveurs, et je veux que cette situation soit résolue avantageusement.

Source : Deadline

Articles connexes
Annabelle Thibault

Annabelle Thibault

Je suis traductrice et rédactrice d'articles dans les domaines de la télévision et du cinéma. Les traductions que je publie ne reflètent pas nécessairement ma pensée.