Accueil » Nouvelles » À la Une » Dominion : même les anges s’en prennent aux hommes

Dominion : même les anges s’en prennent aux hommes

Dominion est une nouvelle série diffusée sur les ondes de Syfy aux États-Unis depuis la mi-juin.

SyFy-Dominion

Cette science-fiction démarre 25 ans après notre époque alors que nul autre que Dieu a disparu. Dès lors, les anges avec pour meneur Gabriel (Carl Beukes) déclarent la guerre aux humains qu’ils rendent responsables de cette disparition. Dans la ville barricadée de Vega (anciennement Las Vegas) s’est constituée une microsociété qui lutte sans cesse contre ces attaques, avec plus ou moins de succès. Cependant, tout espoir est permis puisque selon les dires, un sauveur devrait se manifester incessamment et rétablir l’ordre terrestre.

Sequel du film de 2010 Legion, Dominion ne sort pas du lot pour son innovation, c’est le moins que l’on puisse dire. Si après trois épisodes, la production peine à trouver sa ligne directrice, on peut du moins saluer la mise en scène et tout le côté « politique » des épisodes. En misant davantage sur cet aspect, la série aurait pu mieux tirer son épingle du jeu.

Les Américains et leurs sacro-saints fusils

Sans qu’on sache trop pourquoi, après 25 années de calme relatif, les anges recommencent à attaquer l’être humain. Seules quatre villes ont résisté aux attaques, dont celle de Vega. Le général Edward Riesen (Alan Dale) dirige la communauté d’une main de fer avec un consul composé de la sénatrice Becca Thorn (Rosalind Halstead), qui est aussi responsable de l’équipe médicale et scientifique de la ville et de David Whele (Anthony Stewart Head), secrétaire du commerce et chef de l’armée. Le leader spirituel est l’archange Michael (Paul Bettany), le seul qui se soit rangé du côté des humains au début du conflit (il est aussi le frère de Gabriel) et surtout le plus puissant.

Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour défendre les habitants, mais est d’abord et avant tout à la recherche de l’Élu qui nous sera présenté vers la fin du pilote : Alex Lannen (Christopher Egan), un orphelin qui a joint l’armée des Archanges sensée protéger la ville. À la mort de son père, tout son corps s’est couvert de tatouages anciens qui lui indiquent à quelques reprises sa destinée et le mettent en garde contre ses ennemis. Dans les premiers épisodes, il se trouve tiraillé entre accomplir cette immense mission ou vivre une vie normale avec son amoureuse Claire (Roxanne Mckee) qui est la fille de Riesen. Cependant, celle-ci est déjà promise à William (Luke Allen-Gale), le fils de Whele qui est à la tête de « l’Église du savoir »; religion qui a trouvé écho auprès de la population au fil des ans. Culte de façade? On peut en douter puisqu’en secret, le fils prodigue collabore avec l’archange Gabriel.

dominionposter

On a beau être en science-fiction, tout dans Dominion nous est familier. Comme chaque film ou série post-apocalyptiques, le monde est en ruine sauf quelques endroits. Quant à l’ennemi, il se résume au rôle d’agresseur. Dans Helix et Defiance, il s’agissait d’extra-terrestres alors que dans la nouvelle série de Syfy, ce sont des anges. Jusqu’ici, on ne connait rien d’eux sinon et on ne semble pas vouloir s’en aller dans cette voie, ce qui est beaucoup trop réducteur. Du côté des costumes, ceux des anges guerriers sont presque des copies conformes des Iron man, les ailes en plus, au point où l’on pourrait parler de plagiat. Plus ironique, un mur a été construit pour encercler Vega, comme au moyen-âge, pour se défendre de leurs ennemis. Le problème ici est que ces derniers ont des ailes, ce qui rend cette fortification complètement absurde. À ce sujet, Martine Glinel apporte cette explication : «la RDA a lancé la mode du mur en 1961 et depuis, c’est un superbe signe de société despotique que toute œuvre de science-fiction qui décrit un monde post-apocalyptique se doit d’avoir, même si c’est parfaitement inutile ».

Mais ce qui énerve par-dessus tout, c’est la suffisance de l’imagination des Américains quant aux armes de combat. On a beau être 25, voire 100 ans dans le futur, c’est toujours le fusil qui est utilisé pour se défendre. De un, les habitants de Vega n’ont pas encore compris que lorsqu’ils tirent sur les anges, les balles ne font que ricocher : peu importe, ils continuent à les utiliser quand même. Dès lors, est-on surpris qu’ils perdent le combat? De deux, on ne peut croire qu’en 25 ans d’évolution technologique, pas un seul être humain ne soit parvenu à inventer une arme plus productive, adaptée aux temps nouveaux et surtout, aux ennemis.


L’ennemi de l’intérieur

L’aspect de Dominion le plus intéressant est probablement lorsqu’il est question de politique. Après cette guerre qui a massacré une grande partie de la population terrestre, le peu de survivants s’est amassé dans ce qu’on pourrait appeler  des ghettos. Dans le microcosme de Vega, il s’agit d’une dictature dirigée par le général Riesen où les citoyens n’ont plus de noms, mais des numéros. Le meilleur moyen pour ceux d’entre eux qui veulent manger trois repas par jour est de s’enrôler dans l’armée; c’est tout dire. On est avare de détails sur comment est traitée la populace, mais au sommet, ça bouge beaucoup. L’alliance entre Claire et William est bien entendue politique. Ce mariage de raison réunit le pouvoir des Riesen avec l’argent des Whele. De plus, le général admet à sa fille qu’il a créé un système de classe afin d’établir l’ordre dans la ville. Au départ, il avait promis de proclamer une république lorsque les tensions s’apaiseraient, ce qui n’est toujours pas le cas et qui lui sert bien.

2006def74a96660bd002bde967a955aa

Du côté des Whele, le patriarche David voit ce mariage pour écarter définitivement du pouvoir le général. En parallèle, Arika (Shivani Ghai) est une séduisante diplomate envoyée par la reine Evelyn qui gouverne la ville d’Helena (anciennement Salt Lake City). Avec Whele, ils tentent de trouver un accord défensif pour se protéger des anges et aussi asseoir leur pouvoir. Il va même jusqu’à provoquer une attaque des anges dans le but de terroriser la population et ainsi vendre davantage d’armes de ses compagnies. Gouverner par la peur n’a rien de nouveau, à l’image de notre monde post 9/11 où certains ne se sont pas privés pour faire des affaires d’or. C’est cet aspect qui retient l’attention dans la série, mais qu’on n’exploite pas assez. En misant davantage sur cette facette, on aurait un croisement entre un House of cards et Game of thrones qui aurait plus de potentiel que ce que l’on nous présente pour le moment à l’écran.

Dominion a rassemblé 2 millions de téléspectateurs lors de sa première et 1,40 et 1,7 lors des épisodes suivants; ce qui n’est pas trop mal comme résultat alors que Defiance récoltait sensiblement les mêmes résultats à sa première saison. En tous les cas, la science-fiction est un genre plus niché que les autres et trop souvent, on semble privilégier les effets spéciaux, costumes, mise en scène, etc. au détriment du scénario. Dominion entre dans le même moule alors que son contenant est plus attrayant que son contenu. Post-apocalyptique, elle a au moins évité le piège de Zero hour et de Labyrinth; séries trop didactiques dans lesquelles la dimension mystique prenait beaucoup trop de place.

Articles connexes

Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

Facebook Auto Publish Powered By : XYZScripts.com