Extant : science-fiction et maternité




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Extant : science-fiction et maternité

Extant est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début juillet sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada.

L’action démarre alors que l’astronaute de l’ISEA (International Space Exploration Agency)  Molly Woods (Halle Berry) revient sur Terre après une mission de 13 mois dans l’espace. Après avoir passé des examens de routine, son médecin, la Dre Sam Barton (Camryn Manheim) lui apprend, incrédule, qu’elle est enceinte. Entre-temps, son époux, John (Goran Visnjic) vient de trouver un investisseur pour financer son laboratoire qui développe des robots à l’apparence humaine, les « humanics ».

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Le prototype n’est nulle autre que leur fils adoptif, Ethan (Pierce Gagnon), lequel n’est par contre pas un modèle de perfection. Au fil des épisodes, le couple n’est pas au bout de ses peines puisqu’ils pourraient être victimes de complots de la part de leurs supérieurs respectifs. Du producteur exécutif Steven Spielberg, Extant est un mélange bien dosé entre la science-fiction et le thriller qui ne tombe jamais dans les extrêmes. Si les personnages principaux sont un peu fades, la série est faite de plusieurs intrigues qui nous donnent envie de poursuivre le voyage.

Science-fiction terre-à-terre

C’est l’annonce de cette grossesse aussi inattendue qu’improbable qui sert d’élément déclencheur à la série. Non seulement Molly était isolée, mais elle était jusqu’alors stérile. C’est la raison pour laquelle John et son assistante Julie Gelineau (Grace Gummer) ont créé Ethan. Cet « enfant-robot » est une construction de toutes pièces de son créateur. L’expérience ici est de l’éduquer comme un vrai enfant de son âge, entouré d’amis et bénéficiant de l’affection de ses parents, en espérant qu’il développe toute la gamme de sentiments humains tels l’empathie, civilité, etc. Mais depuis le retour de sa mère, son comportement change et il peine de plus en plus à réprimer sa colère, devenant un danger potentiel pour ses proches.

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Rien de rationnel ne peut expliquer ce qui est arrivé à Molly, sinon qu’un jour dans l’espace, elle est tombée nez à nez avec Marcus Dawkins (Sergio Harford), l’ancien amour de sa vie qui était aussi astronaute et qui est décédé il y a quelques années. Lors de ces « retrouvailles », ceux-ci se sont bien enlacés, mais les vidéos de surveillance du vaisseau n’ont capté aucune image de Marcus. Fantôme? Toujours est-il que le même genre de rencontre s’est produit avec un ancien collègue, Harmon Kryger (Brad Beyer), qui lui a vu une apparition de sa mère alors qu’il était dans l’espace. Ayant par la suite fait croire à tout le monde qu’il s’était suicidé, il reprend contact avec Molly dès son arrivée sur Terre. Il est persuadé qu’elle et lui ont été envoyés dans l’espace en tant que cobayes et non comme scientifiques et que les hautes autorités de l’ISEA se servent d’eux. Il n’a peut-être pas tort puisque le parton, Alan Sparks (Michael O’Neill) semble savoir ce qui s’est passé avec Molly, la fait suivre discrètement pas ses agents et est de mèche avec Hideki Yasumoto (Hiroyuki Sanada), un mystérieux malfrat qui justement finance les travaux de John.

Under the dome : un exemple à éviter

Après trois épisodes, Extant tient toujours la route. Et bien qu’il s’agisse d’une science-fiction, la série évite la représentation d’un monde apocalyptique qu’on associe habituellement au genre et qui a tendance à n’attirer qu’une niche de téléspectateurs friands de ce genre de synopsis. Comme l’écrit Pierre Sérisier dans son blogue : « Son idée est d’exploiter des espaces habituels plutôt que d’explorer des territoires inconnus. L’ensemble est suffisamment bien fait pour que les promesses avancées dans le premier épisode incitent à poursuivre le voyage. » En effet, bien que l’action se déroule dans le futur, on n’est pas dépaysé pour autant puisque la série parle avant tout de maternité. Le fils du couple Woods, Ethan, n’est en fait qu’un tas de métal, mais John et Molly se sont attachés à lui avec le temps. C’est cependant sa mère qui remet peu à peu en question l’identité même de cet être lorsqu’il leur désobéit : peut-il vraiment apprendre de ses erreurs? Est-ce que ça vaut la peine qu’on le gronde? Un peu à l’image de l’excellente série 100 % humains, on s’intéresse au côté éthique d’une telle expérience et comme dans la série suédoise, on peut penser que cette nouvelle « race » pourrait bien représenter un danger pour les êtres humains dans les épisodes à venir. Et pour en revenir à la grossesse de Molly, l’échographie de la Dre Barton révèle un fœtus de 14 semaines tout à fait normal, mais qui sait de quoi elle pourrait enfanter lorsqu’elle arrivera à terme : c’est surtout cette intrigue, à la Rosemary’s baby, qui a beaucoup de potentiel et attise notre curiosité.

Extant

Cependant, ce que l’on peut craindre à long terme, c’est qu’Extant ne parte à la dérive comme c’est le cas présentement avec Under the dome. Autre création de CBS, l’apparition de cette cloche de verre subite sur la petite ville de Chester’s Mill détonnait des autres séries télévisuelles estivales. Dans la première saison, on mettait l’emphase sur l’isolement et le comportement humain dans une telle circonstance. On subissait cette cloche plutôt que de tenter de l’expliquer. La seconde saison a davantage misé sur ce dernier aspect, à tel point que cette adaptation d’un roman de Stephen King a rapidement perdu son charme initial, engrangeant une perte de 30 % de l’auditoire.

Extant a bénéficié de beaucoup de publicité au cours de la dernière année et Steven Spielberg a tellement aimé le concept qu’il est passé par-dessus l’étape du pilote et a automatiquement commandé 13 épisodes. De plus, la présence de Halle Berry dans le rôle principal donnait encore plus de lustre à la fiction. Tous ces facteurs on porté fruit puisque 9,58 millions de téléspectateurs étaient au rendez-vous pour la première, mais ceux-ci n’étaient plus de 6,48 pour la troisième diffusion; une chute de 31 %. Néanmoins, la série a beaucoup de potentiel et ce bon dosage de thriller, de fantastique et de drame nous donne envie de continuer l’aventure.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!