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Versailles : le décourageant exemple français à la télévision

Vers la fin juin, on pouvait lire dans le 20minutes.fr que le tournage de la très attendue série Versailles (10 épisodes, 52 minutes), portant sur la jeunesse de Louis XIV et sa cour débuterait à la fin août.

Versailles

Incendo Productions, Zodiak Media Group et bien entendu Canal+ sont les distributeurs/producteurs. Le tout devrait coûter bien entendu plusieurs millions d’euros. (Selon cette source, 30 millions seulement pour le pilote) Le problème est que la série sera tournée en anglais et doublée en français. Ainsi, les Molière, Corneille et Racine s’exprimeront dans la langue de Shakespeare.

On devine qu’une production de cette ampleur nécessite des ventes à l’étranger pour devenir rentable, mais pourquoi ne pas effectuer le doublage en anglais? Ou encore, ça s’est fait à quelques reprises au Canada, on tournait simultanément une scène en anglais, puis on recommençait en français.

Dans ce sens, au lieu de privilégier de grands acteurs français (dieu sait que l’Hexagone n’en manque pas), on a opté pour des « stars » (le mot est fort) internationales, soit : Simon Mirren de  FBI : portés disparus et David Wolstencroft  de  MI-5 et  The escaped artist.

L’Angleterre sait mettre en valeur son histoire. Qu’il s’agisse de la saga Downton Abbey, Mr Selfridge, The red queen et même d’une coproduction comme The Tudors : on en apprend sur l’histoire et ses plus grandes personnalités, on s’installe sur notre divan et on voyage de la Guerre des deux roses à la belle époque. En France? Le constat est plutôt maigre côté historique destiné à la télévision (on parle de fiction ici, excluant l’excellente Secrets d’Histoire par exemple). On conviendra qu’il est assez ironique que par exemple, la BBC ait produit Paradise,  une adaptation d’un roman d’Émile Zola.

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Taxi Brooklyn, la dernière coproduction entre la France et les États-Unis a été un réel gâchis et la quasi-totalité des critiques américaines s’entendait pour dénoncer l’insignifiance de la série. De toute façon, qu’avait-elle de français mis à part l’acteur principal (qui ne s’adressait de toute façon qu’en anglais)? Ne devrait-on pas craindre en ce sens un Versailles à la sauce anglo-saxonne?

Les revenants. Série française, tournée en français… est-ce que ça a empêché la fiction de sortir de l’hexagone? Bien au contraire. Sous-titrée, doublée, remakes, adaptations : c’est aussi (et surtout) ça le rayonnement français à l’international.

Plus ironique, Netflix devrait bientôt s’implanter dans divers pays européens, dont la France, ce qui n’est pas sans inquiéter les joueurs locaux. Le DG de l’entreprise américaine Reed Hastings affirmait ces propos rapportés dans La Tribune : «Nous voulons investir en France et dans les contenus français, et leur offrir des perspectives à l’étranger. Il y a de fantastiques scénaristes en France, une grande industrie du cinéma. Nous pourrions faire de « House of Cards » un « House of Versailles », pas au sens littéral, c’est une plaisanterie entre nous, mais ce serait une grosse production et pas seulement pour le marché français, pour le monde entier ».

Le monde de la télévision en France tremble à l’arrivée du géant américain dans leurs plates-bandes. Mais quand on y pense, l’arrivée d’un tel joueur pourrait être bénéfique pour le pays puisque les industries locales n’ont pas l’air de se sentir interpellées.

Si ce texte vous interpelle, prière d’aller signer la pétition citoyenne concernant Versailles sur avaaz.com.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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