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Rush : médecin de l’ombre

Rush est une nouvelle série diffusée depuis la mi-juillet sur les ondes d’USA Network aux États-Unis et Bravo au Canada.

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Elle met en scène William Rush (Tom Ellis), un brillant médecin viré depuis belle lurette de l’ordre, mais qui offre ses talents aux célébrités et richards de Los Angeles qui recherchent avant tout la discrétion. Cet amateur de femmes d’alcool et de toutes les drogues disponibles sur le marché s’exécute aux plus offrants, sans poser de questions, mais fait aussi preuve de compassion lorsque la situation dégénère.

Comme dans toutes ses créations originales, USA Network n’y va pas dans la subtilité, particulièrement dans Rush. Et malgré un manque de charisme du personnage principal et des intrigues tirées par les cheveux, la série a tout de même un rythme accrocheur. Elle entre surtout dans cette lignée de fictions télévisuelles récentes qui mettent en scène de riches décadents dont les travers ne doivent s’ébruiter à aucun prix, quitte à tomber dans l’illégalité.

Apologie de l’anticonformiste

Il y a six ans, William travaillait dans un réputé hôpital de Los Angeles aux côtés de son père Warren (Harry Hamlin) et de son meilleur ami Alex (Larenz Tate) et filait le parfait amour en compagnie de sa petite amie Sarah (Odette Annable). Sans qu’on en connaisse les détails, sa vie a basculé en un soir et seul Alex lui adresse encore la parole. De toute façon, son métier de médecin à domicile est bien plus lucratif puisqu’il a pour clients des gens qui ne veulent surtout pas que leurs secrets s’ébruitent. Au cours des trois premiers épisodes, il doit notamment réparer le pénis « cassé » d’un prospère producteur hollywoodien, panser les blessures de la petite amie d’un joueur professionnel de baseball (qu’il a lui-même tabassée), effectuer une transfusion sanguine sur un gangster dans un hangar (malgré une panne d’électricité), réparer le nez d’un célèbre boxeur qui ne cesse de saigner, faire des points de suture à l’endroit d’une célèbre coach de vie, etc.

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Mais ce surhomme qui passe son temps à traiter des patients est loin d’être un enfant de choeur et la production de Rush n’impose aucune limite à ce personnage très très caricatural. Dans le pilote qui s’échelonne sur deux ou trois jours, il dort peu, fume du pot, prend plusieurs doses de cocaïne, a le temps d’effectuer quatre opérations et d’aller à deux rencarts, plus une fête d’enfants. Il brûle littéralement la chandelle par les deux bouts. L’épisode #3 va encore plus loin en nous montrant ses rapports quotidiens avec son assistante Eve Parker (Sarah Habel). Cette dernière, en plus de lui trouver des contrats, fait de son mieux pour prendre soin de lui… un peu trop. Elle s’assure que tous les matins il prenne son petit déjeuner qui consiste en un bloody mary et quelques pilules, et ce, bien qu’elle tienne à lui. Une série n’a aucune obligation de moraliser le téléspectateur en lui offrant des exemples de sagesse, mais son train de vie est à la limite de l’absurde. On a carrément affaire à un toxicomane-alcoolique qui soigne ses patients avec plusieurs verres dans le nez et c’est sans compter la poudre blanche qui y est aspirée en permanence. Ce surhomme (c’est bien ce qu’il est pour résister à toute cette toxicité) soigne n’importe qui n’importe où et bien évidemment, toutes les filles sont à ses pieds. On se demande bien pourquoi…

Ce qu’on ne sait pas où qu’on ne croit pas savoir

Rush est un hybride du genre médical et d’un autre s’apparentant aux relations publiques. Dans le premier cas, on tombe donc rapidement dans une forme narrative très convenue: le rebelle autodestructeur qui n’en fait qu’à sa tête, le coureur de jupon qui traite les femmes comme des numéros. Mais au fond, c’est un être au cœur brisé qui risquerait sa vie pour sauver un patient. Dr. House et The night shift sont les dignes prédécesseurs de Rush et la série n’invente pas grand-chose, sans pour autant être mauvaise.

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Dans le deuxième cas, on est tout de suite frappé par la ressemblance entre cette nouveauté d’USA Network,  Ray Donovan sur Showtime et Scandal sur ABC. Dans tous ces cas, les protagonistes veillent à protéger l’image publique de leurs clients, que ce soit en les soignant, brisant les côtes de leurs adversaires ou en maniant avec dextérité la presse. Leur but est simple : que la vérité n’éclate pas au grand jour. Ces séries qui sont très prisées par le jeune public, se veulent un écho aux réseaux sociaux et en ce sens sont bien de leur temps. Si l’on prend Twitter par exemple, il est monnaie courante que des joueurs professionnels, politiciens ou acteurs s’ouvrent un compte pour « communiquer » avec leurs fans. Il s’agit bien entendu d’une fausse proximité puisque presque toujours, la conversation est à sens unique et ce médium est avant tout un outil de promotion.

La population qui les suit n’est pourtant pas dupe et inconsciemment ou non, s’imagine qu’il doit y avoir anguille sous roche. On aime toutes ces séries parce qu’elles viennent confirmer ces doutes, via la fiction. Dans Rush, William protège jusqu’à un certain point un batteur de femmes, qui n’est nul autre qu’un champion du baseball. Ray Donovan couvre un acteur, coqueluche des jeunes femmes, qui a des goûts sexuels « hors-normes » (transgenres, mineurs). Quant à Olivia Pope, c’est toute une partie de la classe politique qu’elle protège et a un degré plus intense, c’est la série House of cards qui remporte la palme des coups bas à Washington. Dans ces fictions, la populace est bernée, mais le téléspectateur a droit aux coulisses.

Le mauvais côté est qu’à force de se gaver de ces émissions, on finit par voir le mal partout; à devenir cynique, au point où une mise à jour s’impose, ce qu’a fait Barack Obama. Le président a participé à un événement caritatif en juillet à Hancock Park à Los Angeles où plusieurs scènes de la série d’ABC sont tournées. Répondant aux questions de ses interlocuteurs au sujet des conflits dans en Ukraine et à Gaza et la responsabilité de la Maison blanche, il a affirmé : « the conflict that probably makes people most discouraged is the conflict they see in Washington (…) and all we hear about are phony scandals. No offense. ‘Scandal’ is a great show. But it’s not something that we necessarily want to be living out day in, day out. » Alors, fictions exagérées ou réalités trop mornes? On ne le saura probablement jamais.

Après trois épisodes, Rush a attiré une moyenne de 1,4 million de téléspectateurs. À titre de comparaison sur la même chaîne, Graceland compte une moyenne de 2,2 millions pour sa première saison et 1,3 pour sa seconde, alors que Low winter sun, diffusée l’été dernier, avait récolté 1,2 million et n’a pas été renouvelée. Si le sort de la petite dernière d’USA est donc toujours en suspens, c’est en partie parce qu’elle veut en faire trop, notamment avec son protagoniste. On aurait aussi aimé plus de profondeur du côté des clients, mais reste que leurs scandales et les autres à venir serviront de locomotive à la série.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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