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Satisfaction : l’ennui quand on a tout pour être heureux

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Satisfaction est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes d’USA America aux États-Unis depuis la mi-juillet.

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L’action se déroule dans une quelconque banlieue américaine où vit la famille Truman : Neil (Matt Passmore), Grace (Stephanie Szostak) et leur fille Anika (Michelle DeShon). L’unité de ce couple est remise en question alors qu’un après-midi, après que son voyage d’affaires ait été annulé, Neil rentre chez lui et surprend sa femme dans les bras de son amant. Il préfère ne rien dire et entame une sérieuse introspection, cherchant des réponses non seulement à son union, mais aussi à sa vie quotidienne. Son parcours le mènera chez un prêtre bouddhiste et par un concours de circonstances pour le moins étonnant, dans les bras d’autres femmes.

Création de Sean Jablinski, producteur de Suits et Nip/Tuck, Satisfaction est une série intrigante qui va dans tous les sens, mais qui ne cesse de nous étonner, non pas pour ses intrigues compliquées, mais grâce à sa manière pour le moins inédite de raconter une histoire et la profondeur de ses personnages. Dommage que la stratégie de programmation ait été couci-couça parce que pour le moment, cette fiction ne récolte pas les honneurs qui lui sont dus.

Se rapprocher en s’éloignant

Une belle maison, un emploi lucratif, une adolescente pleine de vie : les Truman ont en apparence tout pour être heureux, mais sont empêtrés dans une sorte de crise de la quarantaine. Neil en a assez de la routine et de son emploi de banquier spécialisé en investissements. C’est lors d’un voyage d’affaires en direction de New York, alors que l’avion a cinq heures de retard qu’il craque : il s’approprie le micro en déblatérant sur ses problèmes et quelques scènes plus tard, il démissionne.

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Après avoir surpris sa femme en train de le tromper, il décide de confronter son amant, Simon (Blair Redford), qui est en fait un gigolo. Une bagarre éclate entre les deux, Neil tombe dans un trou d’eau, Simon lui prête son veston pour le réchauffer et l’oublie lorsqu’ils se quittent. Le téléphone portable qui s’y trouvait sonne et une cliente lui dit l’attendre dans un bar. Décidément résolu à changer sa vie, Neil accepte l’invitation et devient gigolo à son tour pour quelques jours (Grace le croit toujours en voyage à New York). Il rencontre entre autres Vivian (Katherine LaNasa), une maquerelle fortunée qui voit en lui une belle carrière et veut qu’il travaille pour elle. Cette petite escapade a ouvert les yeux du mari et de retour au bercail, il fait la paix avec sa femme et réintègre même le boulot, mais cette fois-ci avec une promotion non négligeable. C’est lorsque l’on croit que tout est rentré dans l’ordre que la fin du pilote n’est pas sans nous étonner : Grace envoie un message texte à Simon, désirant le voir, mais c’est bien entendu Neil qui le reçoit… et accepte.

Ce qu’il y a de fascinant avec ce pilote est qu’on n’a aucune idée où la série s’en va, mais les personnages sont assez attachants et approfondis pour qu’on ait envie de poursuivre la série. Au départ, on pense qu’on va nous servir une espèce de remake de Hung(HBO), mais dans les épisodes qui suivent, Neil ne renoue pas avec la prostitution, et ce, bien que Vivian continue de lui faire pression. Il nait entre eux une complicité intéressante, et celle-ci lui sort quelques phrases comme: « you’re already wearing a mask, I’m helping you taking it off » ou « A woman’s generosity should never be taken for granted » qui l’aident à mieux décortiquer sa relation avec Grace.

Satisfaction - Season 1

La série d’USA Network ne relègue pas pour autant l’épouse au second rang. À l’époque, celle-ci a refusé une bourse d’études en design intérieur qui l’aurait menée à Milan, parce qu’elle est tombée enceinte. C’est cette lassitude de jouer la parfaite femme au foyer, le fait de ne pas être utile à la société et ignorée par un mari qui travaille trop qui l’a poussé dans les bras de Simon. Mais plus sa relation avec son gigolo évolue, plus elle se sent en confiance prend sa vie en main. Du coup, il émane d’elle une tout autre personnalité qui plait à Neil. C’est donc grâce à des relations sexuelles extraconjugales que le couple parvient à se rapprocher, ce qui ne manque pas d’ironie.

Un marketing en demi-teintes

Brian Lowry, le critique de Variety a écrit à propos de la série : « As for “Satisfaction,” it’s hard to know exactly where to begin, which is interesting from a narrative perspective and challenging from a marketing one. ». En effet, la première de Satisfaction a été diffusée à 22 heures le jeudi 17 juillet alors qu’une heure plus tôt, on présentait une autre première : Rush. En temps normal, les grandes chaînes présentent une nouvelle série à la suite d’une autre qui a déjà fait ses preuves, question de retenir l’auditoire, ce qui n’a manifestement pas été le cas ici.

USA Network prenait un gros risque ici d’autant plus que les deux séries sont aussi opposées que possible de par leur scénario et leur style. De plus, c’est Rush qui aurait dû se retrouver dans la case horaire de 22 heures étant donné son contenu plus « subversif » alors que Satisfaction est plus rassembleuse. En effet, outre la série de HBO mentionnée plus haut, celle-ci est un savant dosage d’autres fictions qui ont bien fonctionné, soit : Desperate housewives et le film American beauty (1999) puisqu’elle se penche sur cette femme au foyer « désespérée » et ce quarantenaire en mal de sensations fortes et tente de nous faire comprendre leur parcours.

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Satisfaction a connu un départ timide avec 1,7 million de téléspectateurs pour son pilote et accuse une légère baisse dans les semaines suivantes (1,6 et 1,5). C’est l’originalité de ses comptes Facebook et Twitter qui aurait le potentiel d’attirer une clientèle plus jeune et ainsi récolter bon taux d’audience dans la tranche des 18-49 ans et par le fait même, peser dans la balance quant au renouvellement de la série. En tous les cas, elle est à découvrir et les dix épisodes prévus pourraient tout aussi bien faire l’affaire faisant de Satisfaction une série unique (à l’image de Fargo, True Detective, etc.) qui se démarque du paysage télévisuel.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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