The lottery : loin d’être le jackpot




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The lottery : loin d’être le jackpot

The Lottery est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes de Lifetime aux États-Unis et au Canada depuis la mi-juillet.

The lottery

On nous explique au départ que depuis 2016, aucune femme de la Terre n’est parvenue à tomber enceinte, à l’exception de six enfants qui sont nés en 2019. Six ans plus tard en Pennsylvanie, la Dre Alison Lennon (Marley Shelton) et son équipe sont parvenues à fertiliser une centaine d’embryons, mais reste à savoir qui seront les heureuses élues qui pourront porter l’enfant à terme. Pour ce faire, le gouvernement américain décide d’organiser une loterie à l’échelle nationale, ce qui n’est pas sans créer plusieurs remous tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

Du créateur Timothy J. Sextion (Les fils de l’homme), The lottery n’a tout simplement pas les moyens de son ambition. On sent l’amateurisme et la série n’exploite pas les bonnes facettes de la maternité défaillante.

Privilégier les mauvaises trames narratives

La Dre Lennon qui vient tout juste de réaliser cet exploit médical tombe rapidement des nues quand les hautes sphères que sont la Maison blanche et la CIA viennent empiéter sur ses plates-bandes. Au début de l’expérience, le gouvernement s’est assuré que les mères ayant fait dons de ces embryons qu’on a réussis à fertiliser n’auraient pas leur mot à dire en cas de succès de l’expérience. En effet, le parti politique au pouvoir est en mal de popularité et le président (Yul Vasquez), conseillé par son attachée politique Vanessa Keller (Athena Karkanis), décide d’organiser une grande loterie et d’exploiter la situation à son avantage. Lorsqu’Alison tente de convaincre une des femmes qui a donné son embryon de faire valoir ses droits, cette dernière est retrouvée morte le jour suivant; un suicide apparemment… Ce crime est probablement orchestré par Darius Hayes (Martin Donovan) qui est à la tête de la Commission de fertilité des États-Unis. Puis, la situation dégénère. Plusieurs citoyens se questionnent sur ce tirage au sort, de même que les médias, alors qu’au même moment, quatre diplomates américains sont enlevés par des terroristes en Chine qui exigent comme rançon cinq de ces embryons fertilisés.

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Kyle Walker (Michael Graziaei) est l’un des six parents qui a eu la chance d’avoir un enfant en 2019.  Né d’une mère toxicomane qui a depuis longtemps déguerpi, son fils Elvis (Jesse Filkow) est diabétique, mais son père est tout ce qu’il y a de plus attentionné à son égard. Malgré cet amour filial, des inspecteurs envoyés par Hayes viennent s’emparer du bambin et le mettent sous surveillance. Kyle réussit à déjouer les autorités et « kidnapper » son propre fils, mais est vite démasqué et pour garder sa liberté, il est contraint de collaborer avec la Dre Lennon, elle aussi sous l’emprise de Hayes.

L’idée de base de The lottery est très intéressante et entre dans ce courant de séries qui offrent un mélange de science-fiction, réalisme et manipulations génétiques reliées à l’existence humaine. À titre d’exemple, nous avons eu droit ce printemps à la seconde saison (toujours captivante) d’Orphan black (clonage), puis à Extant (un bébé conçu lors d’un voyage en espace par une femme stérile) et The Leftovers (2% de la population mondiale qui disparaît) cet été. À l’exception de la série de BBC America, les deux autres n’ont pas récolté la faveur du public et des critiques. Toutes avaient du potentiel, mais c’est l’angle de traitement qui a posé problème. La série de CBS s’était lancée dans une campagne de marketing qui ferait rougir ses concurrentes alors que d’emblée, elle était peu susceptible de rejoindre un large auditoire. Pour ce qui est de celle de HBO, son extrême lenteur et son manque de ligne directrice en ont découragé plusieurs, y compris moult critiques.

À propos de The lottery, Pierre Langlais a écrit après n’avoir visionné que le pilote : « Elle offre aux auteurs de The Lottery une opportunité de parler de maternité, de paternité, de relation entre parents et enfants, voire de politique nataliste, autant de sujets censés intéresser le public de Lifetime. » Justement, on omet de mettre au cœur du scénario ces sujets pourtant porteurs et dans l’histoire, la population, loin de paniquer, continue à faire l’amour comme si les grossesses allaient se « remettre en marche » d’un moment à l’autre. Entre quelques scènes bourrées de jargon médical qui nous passent par-dessus la tête et la fuite puis la capture (hautement prévisible) de Kyle et Elvis, la moitié des épisodes est consacrée à l’élaboration de cette loterie dans le cabinet du président, lequel n’est pas du tout crédible, pas plus que son attachée Vanessa. Cette amatrice semble improviser chaque demi-heure un nouveau plan de relations publiques et elle aurait manifestement besoin d’une Olivia Pope pour la remettre sur les rails. Transparait aussi le petit budget alloué à cette série alors qu’elle tente tant bien que mal de se convaincre qu’elle rivalise avec les grands, ce qui est loin d’être le
cas.

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Montréal

Dans le scénario, l’action prend officiellement place en Pennsylvanie, mais les tournages ont été effectués à Montréal. Ce « détail » crève les yeux lorsqu’au début du second épisode,  c’est le stade olympique (qui a abrité plusieurs compétitions lors des Olympiques d’été de 1976) qui sert de décor au « Department of Humanity, Washington, D.C » dans l’histoire. Bien que cette construction n’ait pas la notoriété d’une Tour Effel ou d’un Colisée, reste qu’il s’agit d’un emblème de la ville difficilement transformable. Dès lors, n’importe quel montréalais mettra le synopsis quelque peu de côté afin d’essayer d’identifier les rues et quartiers où ont été tournées les scènes. Dans la plupart des cas, surtout lorsqu’il s’agit de plans rapprochés, c’est peine perdue : la production prend bien soin de rende flou le plus possible les décors extérieurs dans lesquels se déroulent l’action.

Le lancement de The lottery a été suivi en direct par presque 1,10 million de téléspectateurs, alors que les deux épisodes suivants ont dégringolés respectivement à 0,72 et 0,80. À titre de comparaison, Devious maids sur la même chaîneavait attiré un million supplémentaire pour sa première. Scénario paresseux, travail moyen d’acteurs qui ne semblent pas croire à leurs rôles, intrigues prévisibles; il est recommandé de passer son tour pour cette fois, en attendant que Lifetime accouche d’une meilleure production.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!