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Houdini : de la magie pour le (télé)spectateur

Houdini est une nouvelle minisérie de deux épisodes qui a été diffusée les 1er et 2 septembre sur les ondes de History Channel au Canada et aux États-Unis.

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Elle relate la carrière du célèbre prestidigitateur Harry Houdini (Adrien Brody), de son enfance dans le Wisconsin jusqu’à sa mort. Qu’il s’agisse de sa rencontre avec sa femme Bess (Kristen Connolly), de l’amour inconditionnel qu’il voue à l’égard de sa mère (Eszter Onodi) et de façon plus importante, sa carrière sur scène : tout y est, mais dépeint de façon quelque peu malhabile. Cette adaptation de la biographie de William Kalush, The Secret Life of Houdini: The Making of America’s First Superhero, capte à fond notre attention lorsqu’on voit sur scène ce génie exécuter ses mille et un tours, mais dès que les rideaux sont tirés, la série s’essouffle et ne nous offre pas grand-chose à se mettre sous la dent. À voir donc, mais plus pour le spectacle que pour la profondeur.

Cartes postales

Comme c’est souvent le cas chez les célébrités, Houdini est issue d’une famille pauvre. Son père qui était rabbin dans la petite communauté d’Appleton est mort assez jeune, laissant le soin des enfants à sa femme qui ne parle pas un mot d’anglais (la famille, originaire de l’empire austro-hongrois a émigré en 1878). C’est avec son frère Dash (Tom Benedict Knight) qu’il donne ses premiers spectacles lors de foires et très tôt, on est à même de constater le très fort intérêt d’Harry pour l’illusion. En 1896, il rencontre Bess, sa future épouse qui partage la scène avec lui en tant qu’assistante. De fil en aiguille, il commence à se faire connaître, notamment pour ses abdominaux d’acier (il invite les gens à le frapper au ventre pour le prouver) et son habileté à se départir de chaînes cadenassées sur presque tout son corps. Au début du XXe siècle, sa renommée est telle que les services secrets britanniques lui confient une mission : aller donner des représentations dans les plus grandes cours d’Europe et mettre la main sur les secrets et plans des autres pays à la veille de la Première Guerre mondiale.

Plus tard, il voit son succès s’étioler en raison de l’émergence du cinéma; le public préférant désormais la fiction aux spectacles. Qu’à cela ne tienne : sa vie est un événement perpétuel et il propose des aventures de plus en plus extrêmes, comme lorsqu’il plonge dans l’eau glacée de la rivière Vitava en République tchèque et qu’il parvient à se défaire de ses chaînes. Lorsque sa mère meurt subitement alors qu’il est en tournée, il se tourne vers le mysticisme, mais se rend vite compte que les médiums ne sont que des charlatans. Dès lors, il part en véritable guerre ouverte contre ceux-ci. C’est en 1926 à l’âge de 52 ans qu’il meurt des suites d’un coup de poing au ventre qui aurait engendré une rupture de l’appendice.

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Survoler toute une vie en deux épisodes (près de 150 minutes), c’est le défi que s’est donné le réalisateur Uli Edel. Mais à la fin de la série, on ne peut pas affirmer mieux connaître l’homme. En effet, dans Houdini, on s’intéresse davantage au magicien. Dans la grande majorité du scénario, il est sur scène à performer et outre quelques phrases creuses telles que « I always wanted to be somebody » ou « Magicians are liars », ont n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce côté très spectacle prend toute la place même lorsqu’il doit « espionner » à l’étranger. Qu’il soit à la cour de Guillaume II ou dans un salon du Palais d’hiver devant Nicolas II et sa famille, incluant Raspoutine, il les méduse avec ses tours, certes, mais on n’a aucune idée de comment il déniche ses informations qu’il transmet ensuite au gouvernement de Londres.

Du coup, le côté enquête est complètement évacué, de même que toute romance puisqu’on n’apprend pas grand-chose sur Bess sinon qu’elle est parfois jalouse ou qu’elle craint pour la santé de son mari. Pas très original… Enfin, dès que le spectacle s’arrête et qu’on se concentre sur sa vendetta à l’encontre des médiums, l’intérêt décroit. En fait, on ne s’attache pas à l’homme si bien que sa mort à la fin nous laisse quelque peu indifférents. Toute l’emphase est mise sur ses tours de magie, lesquels valent le détour.

Quelques coulisses

On s’en rend vite compte, on regarde Houdini en tant que spectateur et non téléspectateur. En effet, la grande majorité de l’histoire se déroule sur scène et que l’on soit dans cette salle ou dans notre salon, le résultat est le même : on peine à en croire nos yeux. Comme l’écrit Allison Keene dans sa critique : «That said, the miniseries nails the most important thing: spectacle. Edel’s refreshingly dynamic direction and Brody’s buoyant performance allow Houdini’s tricks to retain their wonder, even for the jaded modern viewer. That’s a magical feat indeed. » En effet, il y a les trucs de Houdini et le montage cinématographique et malgré tout, on croit quand même à l’illusion. Autre point positif, on nous montre à quelques reprises les coulisses; comment ce maître parvient à exécuter ses prouesses. Du coup, l’ingéniosité déployée pour duper les spectateurs nous fait autant d’effet que le tour en soi. Alors que les Criss Angel et Luc Langevin (Québec) continuent de nous narguer avec leurs tours dans les émissions de variétés, c’est bien de voir l’envers du décor de temps en temps, comme c’est le cas ici.

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3,7 millions de téléspectateurs ont regardé la première partie de Houdini et le lendemain, il en restait encore 2,66 pour la finale. Davantage un spectacle qu’une fiction, la série aurait mieux convenu à une chaîne telle A&E que History Channel. À l’image de l’Angleterre, on voudrait davantage de ce type d’histoires courtes par les chaînes câblées à cette période de l’année, alors que les séries d’été sont presque toutes achevées et que celles d’automne ne commenceront que vers le 20 septembre. À qui le prochain tour?

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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