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Intruders : à trop aiguiser notre patience…

Intruders est une série de huit épisodes présentés depuis la fin août sur les ondes de BBC America aux États-Unis.

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L’action se déroule dans différentes villes, alors que des membres d’une société secrète sont à la recherche de l’immortalité et y parviennent en trouvant refuge dans le corps d’autres êtres humains. Entourant ce phénomène pour le moins étrange, il y a d’abord Madison O’Donnell (Millie Bobby Brown), qui à la veille de célébrer son neuvième anniversaire, voit un inconnu du nom de Marcus envahir son corps. De son côté, Richard Shepherd (James Frain) est un prétendu employé du FBI qui est à la recherche de tous ceux qui comme Madison changent de personnalité. Puis, il y a Jack Whalen (John Simm), un ancien policier sur le point de publier un livre sur la réincarnation, probablement à la suite d’une expérience dont lui ou quelqu’un de son entourage aurait été victime.

Cette adaptation du roman éponyme de Michael Marshall Smith sera assurément trop lente aux yeux de la majorité. En effet, bien que l’ambiance et la mise en scène aient quelque chose d’intriguant et qui sorte de l’ordinaire (c’est BBC America tout de même), Intruders, après trois épisodes, tarde beaucoup trop à nous dévoiler son jeu, ce qui fait qu’à la mi-saison, on n’est toujours pas en mesure d’établir des liens entre les principaux protagonistes..


Ambiance envoûtante

Intruders débute en 1990 alors que Richard fait irruption chez la famille de Bill Anderson. Celui-ci est un professeur à l’université de Chicago qui aurait découvert des sons à très basse fréquence que l’oreille humaine ne peut capter en liens avec l’immortalité de certains individus. Il détient aussi des informations sur la Qui Riverti (du latin : ceux qui reviennent). Une secte? On ne le sait trop pour le moment. Toujours est-il que de retour au temps présent, il est activement à la recherche de Madison… où plutôt de Marcus.

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À la veille de l’anniversaire de la fillette, une âme de ce nom parvient à pénétrer dans son corps et du coup, elle n’est plus la même. Elle parle comme un adulte et elle (ou il) révèle plus tard que Marcus a déjà fait partie d’un orchestre dans une cour européenne il y a plus de 200 ans. Ce même Marcus a aussi déjà eu les traits d’un vieillard qui a été en contact avec Richard. Quoi qu’il en soit, Madison le fuit et doit se rendre à Seattle où quelqu’un lui a donné rendez-vous : les coordonnées sont inscrites sur un carton portant le numéro 9. Elle paie une adulte pour l’y emmener, mais lorsque cette dernière pose trop de questions, elle l’assassine.

Toujours en parallèle, nous avons Jack. Depuis quelque temps, sa femme Amy (Mira Sorvino) a un comportement étrange. Elle a disparu pendant plusieurs jours alors qu’elle effectuait un voyage d’affaires à Seattle et jamais son mari n’est parvenu à retrouver sa trace. Il rentre bredouille chez lui et la retrouve comme si de rien n’était. Il ne croit pas à ses explications quant à son emploi du temps et s’inquiète encore plus lorsqu’elle lui révèle qu’elle a l’impression que son âme la quitte peu à peu…

L’un des scénaristes de la série est Glen Morgan, a l’origine de The X-Files. Celui-ci n’est donc pas un amateur en matière de science-fiction et réussit à créer une ambiance qui retient l’attention. On apprécie surtout la retenue dont fait preuve Intruders. On sait par exemple que des âmes s’insèrent dans les corps d’Amy et Madison, mais on ne recours pas à des effets spéciaux qui si mal exécutés, auraient rendu toute l’histoire risible. De toute façon, le jeu des acteurs est assez bon pour qu’on y croit.

Qu’il s’agisse de morts-vivants, de monstres où l’on ne sait quoi d’autre, on ne mise pas sur des maquillages tape-à-l’œil comme dans Dominion et la violence n’est jamais montrée, mais suggérée à l’inverse de The Strain. Par exemple, on ne voit jamais les meurtres et la caméra est toujours en direction du tueur et non de la victime, ou sinon, elle est carrément hors champ. Enfin, une louange toute particulière à la trame sonore signée Bear McCreary (auparavant entendu dans Black Sails, Outlander et The Walking dead) qui loin d’être agressante, se trouve dans la plupart des scènes les plus stressantes, sans jamais éclipser l’intrigue.

Une toile qui peine à se tisser

Lorsque l’on a affaire à des séries surnaturelles, on peine souvent à y installer une prémisse satisfaisante. Soit on nous gave avec un trop-plein d’explications qui requerraient un bloc-note (comme c’était le cas pour Zero Hour), soit on nous laisse dans le vague délibérément (The Leftovers, Resurrection et Les revenants) en espérant que le mystère sera assez poignant pour retenir l’auditoire jusqu’à la fin. L’équilibre est fragile et Intruders verse dans la seconde option… à l’extrême. Après trois épisodes, on n’a toujours pas l’impression que l’intrigue a progressé et toutes ces épaisses couches de mystère commencent à peser à la longue. Il serait grand temps qu’il y ait des interactions entre les trois morceaux du casse-tête. Les protagonistes ne se dévoilent absolument pas, on ne sait toujours rien quant à la Qui Riverti et fait rare, Bill Anderson, celui qui semble être le personnage principal détenant la clé des intrigues n’a pas encore fait d’apparition à l’écran et ne le fera vraisemblablement pas (ce personnage n’est incarné par aucun acteur si on en juge par la fiche technique disponible sur imdb.com).

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Intruders est une série normalement destinée à un public plus jeune, si l’on se fie du moins à son scénario de base. Néanmoins, la lenteur à laquelle se déroulent les événements n’est pas à même de retenir ce genre d’auditoire par définition plus volatile. Pour preuve : 800 000 téléspectateurs ont écouté le premier épisode et lors du second, il n’en restait que 370 000, puis 290 000 pour le troisième. Avec de tels chiffres, on doute qu’il y ait une seconde saison. Une chose est sûre, ces « intrus » ont intérêt à se manifester au plus vite avant de disparaître définitivement de notre téléviseur.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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