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Legends (2014): identité trop commune

Legends est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-août sur les ondes de TNT aux États-Unis.

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La star de cette fiction est Martin Odum (Sean Bean), un officier du FBI spécialisé dans les filatures. Selon ses collègues, c’est le meilleur employé qui soit puisqu’il peut changer d’accent à tout bout de champ, s’inventer de nouvelles vies en claquant des doigts et ainsi s’infiltrer chez les plus dangereux criminels. Le hic est qu’il est tellement convaincant qu’il lui arrive d’oublier qui il est, au point où l’on a diagnostiqué en lui de sérieux troubles de la personnalité. Qu’à cela ne tienne : c’est le seul de la brigade qui soit capable d’arrêter les plus redoutables criminels en sol américain.

Adaptation du livre Legends : A Novel of Dissimulation écrit par Robert Littell, Legends est une série policière typique, avec une prémisse de départ qu’on range rapidement en arrière-plan. S’il faut admettre que la série est rythmée (le créateur, Howard Gordon, a aussi été à l’origine de 24 et Homeland), on déplore surtout le manque de créativité et la suffisance dans laquelle elle se complaît. Force est d’admettre que les séries de fin d’été chez TNT sont loin d’être mémorables.

Une bonne idée négligée

Legends débute alors que Martin est Lincoln, un homme divorcé, mal dans sa peau et bègue, qui a perdu la garde de sa fille unique et qui est atteint d’un cancer en phase terminale. Sa révolte à l’encontre du gouvernement américain est telle qu’il réussit à se faire admettre au sein de l’armée citoyenne; un groupe terroriste qui planifie une attaque lors de la prochaine rencontre des dirigeants du G7. Évidemment, Lincoln n’est qu’un personnage inventé de toutes pièces par Martin et c’est le FBI qui met tout en œuvre pour rendre ce personnage le plus crédible possible (on lui invente un compte bancaire, un dossier médical, etc.) Martin tente depuis six mois d’intégrer le groupe et pendant ce temps n’a pas donné signe de vie à ses employeurs, dont la chef de l’unité, Chrystal McGuire (Ali Larter). Tout de même, ses mois de travail ont porté fruit et le FBI parvient à déjouer les plans de l’armée citoyenne. À la fin du premier épisode, un mystérieux inconnu (Billy Brown) l’intercepte et lui dit « Trust no one », puis, lui affirme qu’on a joué avec son identité, affirmation à laquelle le principal intéressé répond : « Who am I? ». Dans l’épisode suivant, le personnage qui incarne Billy est assassiné, tout juste après qu’il ait transmis un roman à Martin dans lequel il y trouverait « toutes les réponses ».

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L’idée de base, qui a séduit les lecteurs du roman de Littell est en effet très intéressante, mais encore faut-il qu’elle soit exploitée adéquatement dans Legends, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Après sa mission, Lincoln est appelé à disparaître et c’est Martin qui doit, selon le protocole, aller consulter un psychologue pour une évaluation. À ce moment, il est clair qu’il y a quelque chose qui cloche avec lui. Ceci nous est confirmé plus tard lorsque troublé, il rend visite à son ex-femme, Sonya (Amber Valletta) parce qu’il ne se souvient plus comment il lui a fait sa demande de mariage. D’autres fois, il signe des chèques au nom de Lincoln. Donc, tout le monde s’inquiète pour lui, mais lorsqu’un groupe terroriste russe kidnappe un certain Richard Hubbard (David Meunier), anciennement fabriquant de bombes en URSS afin qu’il développe un gaz VX (indolore, incolore et capable de tuer en un rien de temps des milliers de personnes), on n’a d’autre choix que de recourir aux services de Martin, le seul ayant assez de savoir-faire pour s’infiltrer.

Dès lors, c’est le format policier standard, avec différentes enquêtes chaque semaine qui nous est proposé. Alan Sepinwall, dans son article énonce justement la conséquence d’un tel choix scénaristique : « the structure seems to be for him to assume and discard identities in rapid order (…) in a way that removes much of the intrigue and emotional danger of the premise. »

Ce choix de nous présenter à chaque épisode une nouvelle aventure impliquant Martin nous prive d’une profondeur pourtant propice aux histoires de policiers sous couverture : si on bâtit une seule filature au cours de la saison, on est à même de constater le dilemme constant et les sacrifices auxquels le protagoniste doit faire face, ce dans quoi Revenge excelle par exemple. Mais en règle générale cette année, ce type de narration que l’on a pu voir dans Gang related et Matador n’a pas donné de grands résultats.

Tellement réchauffé…

Rapidement on constate une certaine suffisance dans le scénario, à commencer par le protagoniste. C’est typique des fictions aux États-Unis; les agents des forces de l’ordre (qu’on soit dans la police, au FBI, etc.) souffrent. Évidemment, Martin n’admet pas qu’il a des problèmes et se lance tête baissée dans son travail. Divorcé, il a un fils, Aiden (Mason Cook) qu’il adore et c’est réciproque. Seulement, à chaque émission, le père promet à son fils une activité ou une sortie, puis à la dernière minute doit se rétracter pour une urgence au travail. Le « I’ll make it up to you » qu’on a déjà entendu 1000 fois à toutes les sauces ne nous convainc pas plus qu’Aiden. Et quand on sait que Howard Gordon est à l’origine de cette série, on ne peut que s’étonner de la similarité entre les personnages secondaires de la série et de ceux de 24 (Chrystal, blonde et combative ressemble en tous points à Kate Morgan alors que la craque en informatique Maggie Harris (Tina Majorino) est un copié/collé de Chloe O’Brian).

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Après avoir mis au rancard sa prémisse de départ, Legends, côté originalité, ne peut que miser sur le talent indéniable de Sean Bean pour camper différents protagonistes, mais on ne met pas assez l’accent sur ses personnages, qu’ils soient complexés, séducteurs ou psychopathes pour nous accrocher. Lors de sa première, la série a attiré 2,58 millions de téléspectateurs, 1,73 pour le second épisode et 1,76 pour le troisième. À pareille date l’an dernier, TNT lançait Low winter sun, un policier dont on se lassait vite et qui avait aussi attiré 2,5 millions d’auditeurs pour sa première. Par contre, la finale n’avait attiré que 600 000 auditeurs et la série n’avait pas été renouvelée. Si Legends ne nous donne pas plus de profondeur, le même sort la guette…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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