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Forever : peut-être pas

Forever est une nouvelle série de 13 épisodes diffusés depuis la mi-septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada.

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La prémisse, fort simple, nous est rappelée dans le générique à chaque épisode : Henry Morgan (Ioan Gruffudd), médecin légiste à New York, est âgé de… 200 ans. Fusillé, puis jeté à la mer alors qu’il travaillait sur un bateau, il ne meurt plus depuis : il revient tout simplement à la vie en émergeant à chaque fois de la Hudson River, nu comme un ver. Puis, la routine recommence. Un jour, alors qu’un accident de métro dans lequel il se trouvait fait une dizaine de morts (il s’en sort évidemment indemne), il croise la détective Jo Martinez (Alana De la Garza) et ensemble, ils cherchent à élucider qui est arrivé au chauffeur du train pour qu’un tel accident se produise. Dès lors, cette enquête marque le début d’une coopération entre ces individus qui ont chacun perdu un être cher.

Si le concept de base du pilote est intéressant, il est malheureusement sous-exploité dans les épisodes à venir. Certes, les enquêtes sont finement écrites et le personnage principal est attachant, mais ces points positifs ne garantissent pas pour autant que la série traversera le temps… à l’instar de son personnage principal.

Cet instant qui nous fait passer de la vie à trépas

C’est alors qu’il voulait sauver la vie d’un esclave à bord d’un navire que Henry est tué pas un de ses congénères. Depuis, il a traversé les siècles et est mort plusieurs fois, de toutes les façons imaginables. Ce sont ces « expériences » qui l’on poussé vers la médecine. Il travaille tous les jours dans un hôpital avec son collègue Lucas (Joe David Moore) et aucune mort ne lui est étrangère, ce qui se révèle un atout lorsqu’il collabore avec la police. Dans le volet enquête de la série, il parvient à résoudre plusieurs énigmes, qu’il s’agisse d’identifier des poisons rares, de prouver qu’un suicide était en réalité un meurtre ou de mettre fin à un marché noir de cerveaux humains, qui lorsque « concoctés », servent d’élixir de jouvence pour une clientèle qui refuse de vieillir.

JOEL DAVID MOORE, JUDD HIRSCH, IOAN GRUFFUDD, ALANA DE LA GARZA, DONNIE KESHAWARZ, LORRAINE TOUISSANT

On ne peut pas dire que les scénaristes de Forever manquent d’imagination. Le tandem composé de Henry et de Jo fonctionne, bien qu’encore une fois, ce soit l’homme qui ait constamment une longueur d’avance sur sa collègue. Le protagoniste connaît les êtres humains sur le bout des doigts après en avoir côtoyé autant et n’accepte jamais la solution facile que les membres de la police semblent privilégier. Fait intéressant ici, le fait que les tueurs qu’il démasque veulent toujours s’en prendre à sa vie n’a aucun impact ici puisqu’il est immortel. Cependant, on parvient à maintenir le suspens par d’autres moyens : que ce soit des collègues qui soient menacés ou qu’il fasse des pieds et des mains pour garder son secret (son immortalité) intact. Pierre Sérisier dans sa critique résume bien la série : « Pour faire simple, le genre de choses qu’on a vu mille fois, mais qui bénéficie d’un savoir faire plus qu’honorable et qui sans être passionnant se regarde sans peine. » Mais justement, le genre policier doit occuper au moins 50 % de la grille horaire des grands networks en heure de grande écoute cette saison. L’immortalité de Henry, c’est cet autre aspect de Forever qui devrait normalement accaparer davantage notre attention et qui est de loin le plus intéressant.

Ce lourd passé un peu trop éclipsé

Chaque fois que Henry ressuscite de la Hudson River, un vieillard prénommé Abe (Judd Hirsch) s’y trouve pour le reconduire chez lui et lui donner des vêtements secs. C’est le seul à être au courant de son secret, et pour cause : c’est son fils adoptif. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale, le protagoniste travaillait en tant que médecin sur le terrain et est tombé amoureux d’Abigail (Mackenzie Mauzy), une infirmière qui devait s’occuper de nouveaux nés abandonnés. Le couple décide donc de l’élever. Bien qu’on ne sache ce qu’il est advenu d’elle, il semble qu’elle ait été l’unique amour de sa vie et qu’il n’ait jamais plus succombé à d’autres femmes (les chances pour qu’elles lui survivent étant nulles).

Dans le pilote, on découvre aussi que l’accident dans le métro n’était pas un hasard, mais bien le test d’un homme mystérieux qui voulait s’assurer que Henry était bel et bien immortel. Pour le moment, on en sait trop peu sur lui, sinon qu’il est en vie depuis 2000 ans et qu’il n’a aucune compassion pour le genre humain.

C’est de loin ce côté « fantastique » qui détonne agréablement dans Forever, mais malheureusement, pas assez exploité. Le pilote mettait beaucoup l’emphase sur ce côté surnaturel, mais cette créativité s’estompe au cours des épisodes suivants. Dans le troisième, Henry ne meurt pas une seule fois et rien sur l’homme mystère. On a droit pas contre à des flashbacks sur une de ses anciennes vies alors qu’il travaillait dans un hôpital au début du XXe siècle où il y perd un ami atteint de tuberculose. Ces segments sont attachants, mais trop peu présents. En gros, la série devrait s’inspirer de l’excellente Torchwood (BBC, 2006-2011) dans laquelle son personnage principal aussi était immortel. Quelquefois, l’entièreté des épisodes se déroulait à des époques diverses et nous donnaient de grands moments de télé. Une autre façon de jouer avec le temps serait de s’inspirer de Sleepy Hollow (Fox, 2013- ) qui sans se prendre trop au sérieux, nous présente des enquêtes auxquelles le passé et le présent sont inextricablement reliés.

ioan-gruffudd-abc-forever
Étant trop prudente, Forever met l’emphase pour le moment sur son volet policier : un pari de pleutre qui ne paie pas nécessairement au long terme. Si le pilote a rassemblé 8,59 millions de téléspectateurs, on dénote dans les épisodes suivants un réel épuisement de la formule : 6,85 pour le second et 5,69 pour le troisième. La bande-annonce du quatrième épisode nous montrait que Henry aurait à enquêter sur le meurtre d’une bonne amie d’Abigail. L’œuvre du mystérieux homme? Une occasion pour en savoir un peu plus sur son passé? C’est à se demander si ce n’est pas trop peu trop tard.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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