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Gotham : naissance de psychopathes

Gotham est une nouvelle série diffusée sur les ondes de Fox aux États-Unis et CTV au Canada depuis la mi-septembre.

Gotham

L’action se déroule dans la ville du même nom où l’on recrée l’univers de DC Comics, à l’exception que son héros principal, Batman, qui n’est encore qu’un très jeune Bruce Wayne (David Mazouz) et dont les parents viennent d’être assassinés. C’est cet attentat qui ouvre les vannes à une vague de criminalité sans précédent sur la ville fictive. À défaut d’avoir un super héros chauve-souris pour défendre la ville, ce sont les détectives James Gordon (Ben McKenzie) et Harvey Bullock (Donald Logue) qui se doivent d’arrêter les criminels, en particulier issus du monde de la mafia, régenté par Carmine Falcone (John Doman).

Du créateur Bruno Heller (Rome) et réalisée par Danny Cannon (CSI), Gotham nous offre une adaptation intéressante des bandes dessinées qui ont fasciné des millions de gens sur la planète, mais un peu déséquilibrée. En effet, le point fort de la série est de nous montrer l’évolution des ennemis de Batman; ces psychopathes hautement colorés. À l’inverse, il n’y a pas de « force du bien » capable de leur tenir tête; les détectives et surtout la police étant la plupart du temps dépassés par les événements. Cela dit, Gotham reste tout de même un incontournable de l’automne.

Gotham : la ville noire et ses fous

Dès les premières scènes, on entre dans le vif du sujet. De retour de l’opéra, la famille Wayne qui rentre chez elle par le biais d’une ruelle sombre, est attaquée par un voleur qui après s’être emparé de leur argent et de leurs bijoux, les extermine, laissant le jeune bambin sous le choc. Jim est une nouvelle recrue au sein du service de police de la ville et lorsqu’il parvient à faire parler Bruce, il lui promet de trouver les assassins de ses parents.

Le problème est que les crimes pleuvent sur la ville et que lui et son collègue sont constamment sur le terrain pour y mettre fin. Dans le premier épisode, ils arrêtent un brigand pour le meurtre des Wayne qui se révèle être le bouc-émissaire choisi par Fish Mooney (Jada Pinkett Smith), une tenancière de bar qui travaille pour Falcone. Dans le second épisode, le duo cherche un couple surnommé les Dollmaker qui kidnappe des enfants, alors que dans le troisième, un mystérieux homme masqué tue quelques grands hommes d’affaires réputés pour leur égoïsme et les menottant à des ballons d’hélium qui éclatent une fois trop hauts dans le ciel.

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Au départ, les plus grands fans des bandes dessinées pourraient être déçus de l’orientation scénaristique choisie, c’est-à-dire « l’avant » Batman. Certes, la place de l’homme chauve-souris et de ses gadgets étaient au cœur des DC Comics, mais ce qui fascine le plus dans toute cette œuvre, ce sont les méchants. Avides de pouvoirs, égocentriques, blessés dans leur enfance, ils ont tous une histoire à raconter et c’est ce que l’on fait dans Gotham. Bien que le personnage de Fish ne figure pas dans l’univers original, elle a tout de même le profil machiavélique de ses acolytes tout en arborant un look original (coupes de cheveux, ongles très longs). Évolue sous sa tutelle un certain Oswald Cobblepot (Robin Lord Taylor) qui n’est nul autre que le futur pingouin. Rejeté par son ancienne patronne et épargné par Jim qui ne se résout pas à le liquider, un long chemin d’exil truffé de meurtres commence pour ce sinistre individu. À l’opposé au poste de police, on fait connaissance avec Edward Nygma (Cory Michael Smith), un coroner peu pris en considération qui aime présenter ses conclusions sous forme de devinettes… Son constant sourire a quelque chose d’inquiétant et c’est celui qui deviendra le sphinx. Enfin, il y a la petite Selina, orpheline qui traine dans les ruelles. Pour survivre, elle « griffe » ses ennemis; la future Catwoman.

On pourrait comparer tous ces personnages avec ceux de The Following. Ayant rejoint le côté obscur de la vie, les protagonistes de l’autre série de Fox n’ont pas plus de considération pour le genre humain et sont avides de sang. Mais cette folie sans bornes passe bien mieux dans Gotham parce qu’on est dans un univers plus fantastique que réel. De plus, le format sériel pourrait s’avérer un atout majeur dans ce cas-ci puisqu’on prend notre temps pour laisser évoluer ces vilains et ils sont si nombreux qu’on peut difficilement imaginer que le concept de Fox soit à court d’idées à court terme. Dans le même ordre d’idées, il y a quelques jours, le producteur du dernier X-Men, Simon Kinberg, affirmait qu’une série servait mieux l’adaptation de bandes dessinées que les films, sûrement pour ces raisons.

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Enfin, on ne peut passer sous silence la ville de Gotham corrompue, glauque, voire malade jusqu’à la moelle, à l’image de ses vilains. La mise en scène aux saveurs de cinéma expressionnisme allemand reflète exactement ces qualificatifs. Pluvieuse ou dans une nappe de brouillard, il n’y a pas de vie et tout est sombre : du poste de police aux ruelles. De quoi faire monter la pression d’un cran.

Peu de lumière pour les justiciers

Avec des méchants aussi désaxés et sans Batman, les deux policiers font piètre figure. Le duo conçu ici est on ne peut plus classique. Harvey travaille pour les forces de l’ordre depuis longtemps et s’assure de ne pas aliéner les membres de la mafia locale. Il n’a aucun scrupule à arrêter les mauvaises personnes pour clore des dossiers plus rapidement, ni à intimider des suspects ou même à les éliminer. Jim est tout son contraire. Ayant une haute estime de sa position, il fait tout pour arrêter les criminels, et ce, peu importe leur rang dans la hiérarchie. N’ayant toujours pas réussi à coffrer le meurtrier des Wayne, on sent que ce but servira de trame de fond à Gotham. Cependant, ce genre de duo aux antipodes, on l’a déjà vu mille fois et ce sont leurs ennemis qui sauvent la série du simple procedural. Quant à Bruce, on ne le voit que quelques minutes par épisodes, mais il est encore bien trop jeune pour que l’on puisse assister à un changement notable de sa part qui le mènera vers le super héros que l’on connaît. Sa présence vient tout au plus nous rappeler qu’il aura un rôle à jouer, mais beaucoup plus tard. La série pourrait très bien être terminée d’ici là.

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Dans cet automne pitoyable que connaît Fox, Gotham vient sauver la mise. 8,2 millions de téléspectateurs étaient présents pour la première, puis 7,5, 6,4 et 6,2 pour les trois épisodes suivants. Bien que ces chiffres soient à la baisse, ceux-ci se stabilisent et c’est sans compter le visionnement de rattrapage impressionnant. De plus, la série aura amplement le temps d’affiner son concept puisqu’après un mois en ondes, Fox a annoncé qu’elle commandait une saison complète, soit, 22 épisodes en tout.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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