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The mysteries of Laura : un (autre) pilote qui ne livre pas ses promesses

The Mysteries of Laura est une nouvelle série de 13 épisodes diffusés depuis la mi-septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et CTV au Canada.

The mysteries of Laura

L’action se déroule dans les quartiers du NYPD où la très désorganisée Laura Diamond (Debra Messing) doit mener ses enquêtes à terme, tout en s’assurant de limiter le nombre de gaffes que ses jumeaux (Charles et Vincent Reina) en bas âge ont l’habitude de faire. Pour ne rien arranger, elle est en instance de divorce d’un mari pour le moins irresponsable et qui ne veut pas lâcher prise. Adaptation de la série espagnole Los misterios de Laura, The mysteries of Laura est une série qui aurait parfaitement eu sa place… dans les années 80. Cette femme qui doit conjuguer vie professionnelle et personnelle sans jamais craquer est un brin dépassé.

Si on pouvait apprécier dans le pilote le brin de folie du personnage principal, incarné par la très aimée actrice de la défunte Will &a Grace, les épisodes suivants déçoivent puisqu’on a tôt fait de s’attarder aux seules enquêtes policières, lesquelles sont assez mal ficelées.

La superwoman qui n’en est pas vraiment une

La première scène est assez évocatrice de la série en général : Laura est appelée d’urgence dans un parc alors qu’un voleur a pris en otage un innocent, le fusil sur sa tempe. La policière, très cool, sort de son propre véhicule (lequel remplis de sucreries, paperasse, vêtements, etc.) et nullement impressionnée et faisant fi de tous risques, tire sur le contrevenant, l’écorchant juste ce qu’il faut à l’oreille pour qu’il libère sa victime et soit arrêté. Voilà qui est Laura Diamond : un être bordélique, peu éthique à plusieurs égards, mais qui n’a pas peur d’affronter le danger en face. Au cours des trois épisodes, ils doivent élucider le meurtre d’un génie informatique qui était sur le point de mettre sur le marché un « super » téléphone qui révolutionnerait l’industrie. Dans le second, c’est à savoir qui a tué une femme qui utilisait les services d’une agence de rencontre et dans le troisième, il s’agit du propriétaire d’un bar que Laura fréquentait durant sa période rebelle.

The Mysteries of Laura (1)

Malheureusement, elle n’a pas autant de succès dans sa vie personnelle. Elle est en pleine instance de divorce de Jake (Josh Lucas), lui aussi policier. Leur mésentente vient surtout du fait qu’il l’a trompé à plusieurs reprises et n’est pas reconnu pour son grand sens des responsabilités. Ironie du sort, il s’avère que le criminel du premier épisode est le chef de police où travaille Laura et que suite à son arrestation, c’est Jake qui est nommé à sa place. Notre héroïne a encore moins le contrôle sur ses terribles jumeaux qui viennent de se faire expulser d’une maternelle. Et encore une fois, faisant fi de toute éthique, elle tente de soudoyer une directrice de garderie ou encore de « droguer » ses fils au sirop le temps d’une entrevue pour s’assurer qu’ils resteront calmes.

À terme, on peut affirmer que Laura arrive toujours à ses fins, à tel point que cette capacité à pouvoir tout régler devient suspecte. Pierre Sérisier dans sa critique abonde en ce sens : « Elle est une publicité vivante contre les anti-dépresseurs. Pas de moments de fatigue, pas de blues, pas de désespoir. Son brushing est toujours impeccable même dans les moments les plus difficiles. » C’est cette fausse perfection, digne d’une autre époque où l’on y allait d’une certaine propagande tentant de nous faire gober que les femmes pouvaient tout gérer, toutes seules, qui irrite dans The Mysteries of Laura. Non que les femmes soient inférieures, mais qu’elles puissent gérer une carrière et une famille sans aide n’est pas vraiment crédible et cette observation s’adresse aussi aux hommes.

The Mysteries of Laura - Season 1

En 2014, une femme forte, c’est celle qui n’hésite pas à requérir l’aide des autres afin que tous fassent leur part. Ici, Josh la laisse s’occuper de leurs enfants. C’est toujours à elle de prendre congé lorsqu’il y a une urgence parentale et le mari va même jusqu’à critiquer certaines de ses décisions, sans pour autant s’impliquer davantage! En ce sens, Laura est davantage une victime qu’elle n’en a l’air.

Énième policier

Dans le pilote, la série nous offrait un assez bon équilibre entre l’enquête et la vie familiale de Laura. Comme dans Forever, on éclipse rapidement la prémisse de départ au profit d’enquêtes formatées. Mais à la différence de la série d’ABC, The mysteries of Laura nous offre des investigations pour le moins boiteuses avec des phrases humiliantes pour les scénaristes, telles que « You were determined to get revenge and you did », « Now the party is over » ou encore « I know who did it and I know why », suivi d’une musique dramatique (on se croirait dans une finale de Murder she wrote !).

L’éthique n’est pas non plus au rendez-vous : Laura menace d’arrêter une institutrice si elle ne lui obtient pas un rendez-vous avec la directrice pour ses fils, alors que Josh n’hésite pas à « rudoyer » un suspect qui se trouve dans un lit d’hôpital afin qu’il avoue tout ce qu’il sait. Enfin, le ton schizophrène ne vient rien arranger. Les premières scènes sont tellement caricaturées qu’on se dit que l’on aura droit une série version A touch of cloth. Puis, lorsque l’action devient plus grave, on s’attend à un gag qui ne vient pas. À un moment, Laura doit discipliner ses enfants qui ont enduit de peinture leur garderie entière, à un autre, le meurtrier lui assène un coup de chandelier et est sur le point de la violer. Comédie? Drame? Dans ce cas-ci, les genres s’agencent très mal.

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The mysteries of Laura n’a pas dit son dernier mot. En effet, les cotes d’écoute sont restées relativement stables depuis le début avec un premier épisode qui a rassemblé 10,19 millions de téléspectateurs, un deuxième, 10,01 et un troisième, 8,98. Il est de ces fois où on a beau chercher, on n’arrive pas à comprendre ce qui peut justifier un tel succès. En effet, alors que les « mystères » sur lesquels Laura enquête sont plutôt prévisibles, en voilà un autre, celui des audiences qui est bien plus difficile à élucider…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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