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State of Affairs : pas la tête de l’emploi

State of Affairs est une nouvelle série diffusée depuis la mi-novembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada.

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À Washington, Charleston « Charlie » Tucker (Katherine Heigl) est une agente de la CIA qui a pour fonction première de fournir un genre de revue de presse ultra-secrète destinée à la présidente des États-Unis, Constance Payton (Alfre Woodard), contenant tous les dossiers chauds sur la planète, qu’il s’agisse de terroristes ou de complots qui menacent la sécurité du pays. Dédiée comme pas une à son travail, elle est aussi en deuil puisque son petit ami Aaron (Mark Tallman) est décédé il y a environ un an et un inconnu qui a réussi à pirater le téléphone de Charlie l’accuse, elle et son adjoint de l’époque Nick (Chris McKenna) d’avoir eu une part de responsabilité dans le drame. Faute dans l’immédiat de pouvoir venger sa mort, elle et son équipe s’efforcent de secourir les victimes aux quatre coins de la planète.

Retour attendu au petit écran pour Heigl plus connue pour son rôle du Dr Izzie dans Grey’s Anatomy, l’actrice n’assume pas le rôle qui lui est confié et elle porte sa part de responsabilité autant que celle des scénaristes. De plus, ce énième drame mêlant politique et espionnage se révèle redondant et surtout sans intérêt.

Parce que les gens aiment ça…

Malgré le temps qui a filé, Charlie n’arrive pas à oublier ce qui s’est passé avec Aaron. Mais si elle essaie de l’oublier, c’est peine perdue puisque dans le premier épisode, un médecin travaillant au Kenya qui ressemble étrangement à son fiancé a été enlevé par un groupe terroriste chapeauté par Omar Abdul Fatah. Mais l’équipe sur place ne confirme pas assez rapidement son identité, si bien que Charlie décide de ne pas en parler à la présidente. Cette dernière, lorsqu’elle l’apprend par la suite, se révèle furieuse de cette omission d’autant plus que Fatah pourrait être à l’origine du meurtre d’Aaron qui était son fils unique.

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Finalement, le docteur est secouru in extremis, mais tout danger sur la planète n’est pas écarté pour autant. Dans le second épisode, un sous-marin russe parvient à s’approprier le contenu de câbles de télécommunication renfermant l’équivalent de six mois d’informations secrètes récoltées par les Américains. Par chance, une taupe de la CIA surnommée « Nightfall » se cache parmi l’équipage russe et reste en contact constant avec Charlie. Celle-ci parvient à le convaincre, raison d’État oblige, de couler le sous-marin (y compris lui) pour éviter une guerre entre les deux pays. Enfin, au troisième épisode, c’est tout un groupe de jeunes filles au Nigéria qui est kidnappé. Elles se retrouvent enchaînées et on les force à porter le voile. La présidente qui ne peut intervenir dans ce pays convainc son homologue chinois lors d’une rencontre d’agir et les fillettes seront libérées.

Les drames politiques ont la cote et on n’a même pas terminé le premier épisode de State of Affairs qu’on sent la forte inspiration (pour ne pas mentionner le mot plagiat) d’autres fictions en cours et qui remportent un très bon succès auprès de l’auditoire, à commencer par Homeland et son personnage principal, Carrie Mathison. Comme celle-ci, Charlie est névrosée, portée sur la boisson et adepte d’aventures d’un soir, mais en contrepartie entièrement dévouée à son travail. La série nous rappelle aussi The Blacklist puisque toutes deux fonctionnent comme un procedural et que les criminels se terrent aux quatre coins de la planète. Étant donné qu’Aaron était le fils de la présidente et l’amoureux de Charlie, les liens entre la première dame du monde et sa subordonnée sont très étroits, si bien que cette dernière a tout de même un certain pouvoir de modifier les décisions présidentielles, un peu comme l’influence d’Olivia Pope sur Fitzerald Grant dans Scandal. Enfin, l’épisode no 3 concernant l’enlèvement de jeunes filles dans un autobus scolaire fait penser à toute la prémisse de Crisis, série peu édifiante et annulée après une seule saison par NBC.

En empruntant tellement de détails à ses condisciples, State of Affairs, donne l’impression de regarder du réchauffé. Le gouvernement américain a tellement été menacé par les terroristes dans les fictions des dernières années qu’à la longue, on finit par décrocher. Et par accumulation, d’entendre environ vingt fois par semaine en heure de grande que les États-Unis, protecteurs de la liberté, font tout pour « sauver » le monde des méchants étrangers a quelque chose de lassant. Pire, de propagandiste. On est peut-être rendu à un point de non-retour où il serait préférable de trouver un nouveau terrain de jeu et de laisser les celles déjà sur les rails faire leur bout de chemin. State of Affairs n’a aucune saveur, se révèle à plusieurs reprises ridicules, notamment à cause de son personnage principal, Charlie.


Forcer la détresse

La première scène donne le ton. Assise dans un fauteuil devant une psychologue, Charlie se remémore le meurtre d’Aaron. L’actrice, les yeux fermés secoue la tête pendant qu’on voit en superposition le moment fatidique à la mise en scène digne d’un piètre roman-savon. Après un an de cauchemars, elle n’en peut plus et déclare tout bonnement « it sucks ». Pour oublier, elle couche avec n’importe qui et boit beaucoup.

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Devant le regard désapprobateur de la psychologue, elle rétorque « what’s wrong with that? ». Et lorsque Nick se présente chez elle, il lui demande si elle a de la compagnie et elle répond : « I got Bourbon ». Maintenant, reste à savoir : boit-elle avant d’aller au travail ou après? C’est qu’elle commence son quart à 2 h du matin… Passons. Le fait est qu’elle boit des litres d’alcool, mais qui n’altèrent nullement ses capacités à remplir ses tâches, ce qui rend son tourment peu crédible. On se doit aussi d’enlever quelques points à la styliste de l’actrice. Talons aiguilles, mini-jupes, collier de perles : il ne manque plus que la tiare. En tous les cas, sa dépression n’altère pas sa volonté de plaire à son entourage. Dans sa critique, Diane Garrett écrit : « Supposedly a top CIA analyst, Heigl’s character looks like she’s wandered off the set of the actress’s many rom-com movies, her hair pulled back just so as she navigates government corridors at all hours in impossibly high heels. » Et puis il y a cette façon d’interagir, sa posture et son ton de voix qui ne nous reviennent tout simplement pas. En tous les cas, cette prestation de Heigl n’entrera pas dans les annales.


Il est difficile pour le moment de juger du succès de States of Affairs. Ayant réunie 8,69 millions de téléspectateurs lors de son pilote (ce qui est relativement bas puisqu’un épisode de The Voice lui servait de locomotive), ce chiffre s’est effondré à 5,78 la semaine suivante, mais les émeutes de Ferguson avaient atteint un nouveau sommet lors de cette soirée et accaparées l’actualité. À la troisième diffusion, l’audience remontait à 7,04. Lancée beaucoup trop tard en saison, on doute qu’après les fêtes la fiction voie ses chiffres augmenter.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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