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Agent Carter : parenthèse au féminin

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Agent Carter est une nouvelle série de huit épisodes diffusée sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada depuis le début janvier.

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Personnage issu des bandes dessinées signées Marvel, nous sommes en 1946 alors que  Peggy Carter (Hayley Atwell), qui après avoir travaillé en tant qu’espionne américaine durant la Seconde Guerre mondiale, se retrouve désormais reléguée au rang de secrétaire à la Strategic Science Reserve de New York qui enquête pour le moment sur les activités du prolifique inventeur Howard Stark (Dominic Cooper). Ce dernier a créé une arme moléculaire à base de nitramine et est suspecté d’avoir vendu son produit aux ennemis des États-Unis. Il demande l’aide de Carter afin de prouver son innocence, mais pour ce faire, elle doit opérer en coulisse puisqu’étant une femme, elle est peu écoutée ou prise au sérieux. Dès lors s’amorce une enquête jonchée d’espions et de fausses pistes.

Hayley Atwell qui incarnait déjà le personnage (secondaire) de Carter au grand écran dans les films Captain America : First Avenger (2011) et Captain America : The Winter Soldier (2014) arrive donc au petit écran en tant que personnage principal. Il est en effet intéressant de voir enfin une femme à l’avant-plan dans ce genre d’univers un peu trop masculin et le résultat est convaincant. Beaucoup moins fantastique que ses séries acolytes et plus ancrée dans la réalité, Agent Carter se révèle très divertissante, en plus de nous offrir une mise en scène soignée. Sans conteste, cet « événement limité » de l’hiver en séduira plus d’un.

Cliché des mœurs

La guerre a beau être terminée, on ne peut tourner la page aussi vite qu’on le voudrait. Carter par exemple y a perdu son fiancé Steve Rogers (alias Captain America) et plus récemment une colocataire et dès lors, elle est persuadée qu’elle porte malheur à tous ceux à qui elle s’attache. Mais s’il y a une chose qu’elle n’a pas envie d’oublier de ces années de combat, c’est bien les responsabilités qu’on lui avait attribuées. Du coup, elle passe d’espionne numéro un à simple secrétaire. Lorsqu’elle apprend que ses employeurs veulent arrêter M. Stark, elle répond au premier coup de téléphone de ce dernier et accepte de lui venir en aide. Comme il y a peu de chances qu’elle récolte quelque soutient de la part de ses collègues, elle et son bras droit Edwin Jarvis (James D’Arcy) qui est aussi le valet de Stark, tentent de retracer la cargaison de nitramine qui a été recomposée en une bombe puissante et qui est aux mains d’un groupe mystérieux surnommé « Leviathan ». L’enquête commence dans un club hyper chic de la ville, puis une raffinerie et une laiterie pour se terminer à bord d’un bateau. Les collègues de Carter informés,  ils s’emparent de la cargaison, mais les malfrats les suivent au pas et tuent l’un des leurs.

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Ironiquement, la force d’Agent Carter est qu’on n’a pas l’impression d’y retrouver l’emprunte Marvel. À l’opposé d’autres séries du même genre où l’on mêle superhéros et fantastique, on est ici en plein film noir et chapeau à la production pour l’excellente reconstitution historique. Dans le même sens, on est à même de constater la condition féminine de l’époque avec le personnage de Carter. Beaucoup de femmes ont pu s’émanciper durant la guerre puisque les hommes au front, elles avaient enfin la possibilité de se faire valoir sur le marché du travail (la série Bomb Girls en est un bon exemple). Après 1945, tout semble être devenu chose du passé. Lorsque l’héroïne se plaint d’un mal de tête, on lui conseille d’aller faire du magasinage alors que son amie Angie (Lindsy Fonseca) qui travaille comme serveuse, doit endurer des remarques tout aussi sexistes, en plus des mains baladeuses qui vont avec à longueur de journée par des clients masculins.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Carter, est qu’elle peut emprunter n’importe quelle personnalité dépendamment des circonstances. Puisque l’on attribue à son sexe l’ingénuité, elle joue l’innocente, que ce soit au travail en tant que secrétaire ou la nuit lors d’une enquête coiffée d’une perruque blonde platine pour recueillir des informations. À l’opposé, elle peut rivaliser avec n’importe quel superhéros lorsque viennent les scènes de combat et elle parvient toujours à garder la tête froide durant ses missions. Peu de ses pendants masculins peuvent se vanter de posséder un aussi large éventail de talents.

Construction créative d’une époque

Dans sa critique, Brian Lowry, lui aussi séduit par l’esthétisme d’après-guerre de la série écrit : « The period setting not only gives the series an enticing look (…) but also ups the glamor quotient. » Et ce glamour, on le doit surtout à la mise en scène qui dès les premiers plans du pilote vient attirer notre attention. On a droit à un montage où l’on voit Carter en train de faire du repassage, se maquiller, ranger son logis alors qu’en parallèle, elle est en pleine action en train de flanquer une bonne raclée à ses ennemis. Quelques scènes plus tard, elle marche dans les rues bondées de New York. Tout ce que l’on voit,  ce sont des hommes se rendant au travail coiffés de chapeaux noirs. Au milieu de cette cohue, Carter marche à contre-courant et est la seule à porter un chapeau rose. Ces plans constituent une très bonne présentation de la protagoniste et mettent en valeur son unicité et sa féminité qui ne l’empêche en rien de se mesurer à ses acolytes masculins.

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Tout au long du second épisode, les personnages écoutent sans cesse une série radiophonique mettant en vedette Captain America : beau clin d’œil puisque dans l’univers de Marvel, elle est sa petite amie. Un peu plus tard, elle et Jarvis se battent contre un ennemi, alors qu’on alterne avec des plans de ladite émission de radio qui est en train d’être enregistrée en direct et durant laquelle un combat similaire se produit. On y voit les techniciens frapper des pièces de viande, casser la carapace de homards, faire rouler une bouteille de bière sur un xylophone : tous ces sons qui rappellent ceux d’une bagarre, et ce, au service de la fiction. Ce sont justement ces mises en abîmes, ces petits détails qui rendent cette série si spéciale.

Agent Carter a rassemblé 6,9 millions de téléspectateurs lors de ses deux premiers épisodes et 5,1 pour le troisième. Que les chiffres continuent à baisser ou non, il était prévu de toute façon que la série ne dure que huit épisodes et c’est tant mieux. Agents of SHIELDS, « l’autre Marvel » d’ABC qui prendra le relais dans la même case horaire ne réunit plus qu’une moyenne de 4,8 millions de fidèles pour sa deuxième saison; une baisse de 29 % par rapport à l’année dernière.  À force de trop étirer la sauce…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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