Empire (2015) : plaisir coupable assumé




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Empire (2015) : plaisir coupable assumé

Empire est une nouvelle série de 12 épisodes qui est diffusée depuis le début janvier sur les ondes de Fox aux États-Unis et Omni au Canada.

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Toute l’action tourne autour de la maison de disques hip-hop Empire avec à sa tête son fondateur Lucious Lyon (Terrence Howard) qui il y a quelques décennies déjà, vendait de la drogue dans les rues pour assurer sa survie. Maintenant qu’il est à la tête d’une des entreprises du divertissement les plus lucratives de l’Amérique, il apprend qu’il est atteint de la maladie de Lou Gehrig et qu’il en a pour trois ans tout au plus. Sans leur dire qu’il est malade, il annonce à ses trois fils : Andre (Trai Byers), Jamal (Jussie Smollett) et Hakeem (Bryshere Gray) qu’il a l’intention de céder son empire à l’un d’eux. Dès lors, une guerre sourde s’installe entre eux au moment même ou Cookie (Taraji P. Henson), la première femme de Lucious, sort de prison après 17 ans de captivité pour trafic de drogue (en fait, elle s’est sacrifiée pour le couple afin que son ex puisse poursuivre sa carrière).

Création de Lee Daniels et Danny Strong, Empire est un soap musical de luxe qui comprend son lot de clichés, mais divertissant à un point tel qu’on en redemande sitôt un épisode terminé. Après un automne catastrophique en terme de cotes d’écoute, Fox remonte la pente à vitesse grand « V ».

Hakeem :« Are we in King Lear now? »

À force de gravir les échelons, Lucious est parvenu au sommet, mais inévitablement il est condamné à redescendre et c’est sa maladie qui lui fait prendre conscience qu’il est grand temps d’assurer la pérennité de son empire, mais auquel de ses trois fils faire confiance? L’Aîné, Andre semble tout désigné. Il a fait de longues études en marketing et est à même de gérer une grande entreprise. Seulement, il n’a absolument pas l’oreille musicale et dans ce domaine, le flair et l’intuition sont de mise. De plus, il est bipolaire et malgré la surveillance de tous les instants de son épouse Rhonda (Kaitlin Doubleday), on sent qu’il pourrait craquer d’un moment à l’autre. Le cadet est Jamal. Musicien accompli et homme responsable, il est gai et en couple avec un autre homme, Micheal (Rafael de la Fuente), ce qui pose un problème insurmontable pour Lucious. Homophobe, il est persuadé que le public l’apprenait, ce serait la fin de l’empire. Reste le benjamin Hakeem. Irresponsable, impulsif, puéril; il a toujours un verre à la main et une fille dans l’autre, mais n’est pas dénué de talent musical. Malgré son manque de discipline, c’est le préféré de son père en qui il se reconnaît.

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Rhonda, avide de pouvoir, convainc Andre de semer la zizanie entre ses deux plus jeunes frères et lorsque Cookie sort de prison, il la persuade de devenir l’agent de Jamal, tandis que Lucious s’occupera de Hakeem. La tension monte rapidement d’un cran, d’autant plus que la mère revendique la moitié de la compagnie, puisque c’est avec ses 400 000 $ issus de la vente de drogue qu’ils ont pu démarrer leur entreprise. Et comme si ce n’était pas assez, chacun d’eux a leur lot de problèmes. Cookie doit collaborer avec le FBI afin de faire arrêter ses anciens fournisseurs, alors que Lucious s’efforce de détourner les soupçons de la police : c’est qu’il a assassiné de sang-froid son ancien collègue et ami Bunike (Antoine McKay) qui devenait trop cupide. Et seulement trois épisodes ont été diffusés…

On retrouve dans Empire une touche de kitch qui a déjà fait le charme de Revenge, mais ici puissance dix. C’est que contrairement au soap d’ABC, celui de Fox ne contient aucun filtre, en partie dû au fait que les protagonistes sont des parvenus. Comme l’écrit Pierre Sérisier dans sa critique : « Chaque scène hurle que les protagonistes n’assument pas leur nouveau statut parce qu’ils n’en ont pas les codes, ni l’éducation, et que la richesse ne gomme jamais la vulgarité. » Sur ce point, la série s’assume entièrement d’où l’aveu même du co-créateur Daniels qui avoue que ses intentions étaient de faire d’Empire la digne héritière de Dynasty, mais pour les noirs. Comme le dit Lucious lui-même :« Controversy IS hip-hop. That’s how we get rich ». Ainsi, la série valorise les frasques d’Hakeem auquel on aurait bien envie de donner une raclée, de même qu’à son père qui fait tout pour diminuer Jamal. Quant à Cookie, elle est désagréable au possible, mais on en redemande parce qu’elle n’a pas froid aux yeux et nous donne de très bons moments de télé.

Enfin, chapeau aux créateurs qui sont parvenus à faire du hip-hop le thème central de tous les épisodes. En effet, chaque épisode contient des chansons de ce genre musical que l’on parvient à habilement intégrer dans l’histoire. Quand ce ne sont pas Jamal ou Hakeem qui chantent devant public, ce sont des airs qui renvoient au passé de Cookie et Lucious et qui nous permettent d’en apprendre davantage à leur sujet.

« Qu’ils mangent de la brioche! »

Autant dans les séries à saveur hispanique, les protagonistes sont de fervents catholiques, adeptes de telenovelas et provennant d’un milieu modeste, autant les noirs dans les séries américaines semblent tous trainer le même bagage. Dans le premier épisode, Lucious dit à ses collègues qu’enfant, sa famille était si pauvre qu’à plusieurs reprises, il n’avait pas de quoi se nourrir. Puis, c’est en vendant de la drogue qu’il a pu se sortir de son « ghetto ». Maintenant qu’il est riche, il ne se prive pas d’afficher un luxe ostentatoire, mais son langage bâclé trahit ses origines modestes : « You was there », « He don’t believe me », etc.

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Le problème, c’est que c’est la même rengaine dans chaque série où les personnages principaux sont des noirs. Drogue, pas de quoi manger, ça fait aussi partie du passé de Cam Calloway dans Survivor’s Remorse et de Bobby Brown dans le téléfilm Whitney. Dans Black-ish aussi le père est parti de rien alors que dans Power, James St. Patrick affiche une apparence de riche homme d’affaires respectable, alors qu’en coulisse, il vend de la drogue et n’hésite pas à éliminer lui-même ses ennemis. Certes, ils s’en sont tous sortis, mais pour la plupart, la fortune sur laquelle ils sont assis est aussi solide qu’un château de cartes qui pourrait s’effondrer d’une minute à l’autre. À force de toujours nous arriver avec la même piètre prémisse, on nous donne l’impression que les noirs ne sont que des voyous toxicomanes et qui en « trichant » seulement peuvent se hisser au même niveau que les Caucasiens. Heureusement, des séries comme ScandalHow to Get Away With Murder nous arrivent avec des contre-exemples plus que bienvenus, et ce, bien qu’elles soient en minorité dans la balance.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!