Whitney (2015) : le nouveau « tv dinner » de Lifetime




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Whitney (2015) : le nouveau « tv dinner » de Lifetime

Whitney est un nouveau téléfilm qui a été diffusé le 17 janvier sur les ondes de Lifetime aux États-Unis et au Canada et qui retrace une partie des hauts et des bas dans la carrière de la célèbre chanteuse Whitney Houston (Yaya DaCosta) et surtout son histoire d’amour avec le compositeur et interprète Bobby Brown (Arlen Escarpeta).

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Dans les premières scènes, elle a 26 ans et est déjà connue, mais sa carrière n’est pas encore au zénith, alors que celle de son futur mari commence tout doucement à décliner. Parentalité, pouvoir, excès de toutes sortes; Lifetime nous offre un portrait à la fois conventionnel et propret et de la chanteuse et de sa carrière, comme si on avait peur d’offenser ses plus fidèles admirateurs.

On aurait aimé un peu plus de rigueur, mais comme nous le confirme l’entrevue sur le sujet présenté tout juste après le long métrage, la chaîne verse dans le people et ne s’en cache pas. Dommage pour la mémoire de celle qui fut l’une des chanteuses les plus auréolées des États-Unis.

Parcours on ne peut plus classique

C’est lors d’un gala que Whitney rencontre pour la première fois Bobby qui offre une prestation époustouflante sur scène. C’est elle qui l’aborde, l’invite à sa soirée d’anniversaire et de fil en aiguille, ils finissent par tomber amoureux et l’inévitable demande en mariage survient. Cette nouvelle ne fait pas plaisir à tous, y compris Cissy (Suzzanne Douglas), la mère de Whitney qui se méfie du jeune homme qui a déjà trois enfants et est davantage reconnu pour ses frasques. Après une fausse couche, la chanteuse accouche d’une petite fille, mais elle a à peine le temps de s’habituer à son rôle de mère que son agent et son mari la convainquent d’entreprendre le tournage du film The Bodyguard. Pour elle, c’est la consécration alors que la carrière de Bobby ne va nulle part. Leur consommation de drogue est aussi mise à l’avant-plan et à mesure que leur couple se désagrège, la poudre blanche devient l’échappatoire par excellence. Leur union aura duré 15 ans.

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Le premier problème avec Whtiney est son titre puisqu’il aurait dû inclure le nom de Bobby également. En effet, c’est bien d’une histoire d’amour dont il est question ici et malheureusement mise en scène de façon très ordinaire. On reste dans les clichés habituels avec des répliques telles que : «I can see that you’re real » ou encore « I just want to stay home as a mom and a wife ». En fait, leur histoire de vie commune dans son traitement aurait pu convenir à n’importe quelle star du milieu artistique américain : le succès, l’amour fou, les chicanes, la drogue, la descente aux enfers, etc. Ces sujets semblent être l’apanage de Lifetime qui en 2012 nous proposait le même genre d’histoire avec son très moyen téléfilm Liz & Dick portant sur la romance tumultueuse entre Elizabeth Taylor (Lindsay Lohan) et Richard Burton (Grant Bowler). Au moins dans celui-ci, on n’avait l’impression d’avoir fait le tour de la question de leur romance quand le film s’achevait, ce qui n’est pas le cas avec Whitney. Les rumeurs les plus folles ont couru au sujet du couple, notamment sur leur consommation de drogue à chacun et on y va de raccourcis faciles du genre, ils vivent un moment difficile, ce qui est assez justifié pour qu’ils aient recours à l’usage de stupéfiants. Et à l’inverse des téléfilms de HBO qui pourraient facilement se retrouver sur grand écran, ceux de Lifetime, en particulier Whitney, manquent de signature et le budget limité quelque peu visible n’est pas une explication valable.

Chercher un coupable

Whtiney Houston est probablement une des chanteuses les plus auréolées qu’aient connues les États-Unis. Sa voix a envoûté des millions de personnes, mais c’est aussi ses problèmes de toxicomanie qui ont longtemps retenu l’attention d’un certain type de public et qui ont même provoqué sa mort préméditée. Or, Whitney n’aborde pas de front cet aspect sombre de sa vie. Comme l’écrit Joshua Alston dans sa critique : « Houston doesn’t have to be infallible to be fondly remembered as a rare talent and a major loss. » Dans le film, c’est avant tout une victime de son mariage et des circonstances. Plusieurs rumeurs ont voulu que ce soit à cause de son mari qu’elle soit devenue toxicomane, alors qu’à l’écran, elle consommait déjà avant de le rencontrer et lui non. C’est plutôt une carrière en déclin et le succès de sa femme qui l’aurait lui aussi entraîné dans l’enfer de la drogue. De façon très prudente, Whitney navigue entre deux eaux, ne parvenant (ou n’essayant) pas à départager les rumeurs des faits réels. Dès lors, on se demande quelles ont été les motivations des créateurs du téléfilm : ne pas salir sa mémoire? Ne pas offenser Bobby Brown qui est toujours en vie? Quoi qu’il en soit, on perçoit une forme d’autocensure qui donne à cette fiction un goût très fade.

On tente bien de jouer cartes sur table dans la programmation qui a suivi : une entrevue exclusive d’une heure avec Brown sur sa relation avec Whitney. D’une part, l’intervieweuse, Shaun Robinson porte plutôt le chapeau d’inquisitrice, cherchant un coupable pour les déboires de la défunte, enlevant d’office à celle-ci toutes responsabilités quant à ses propres dépendances, ce qui est pour le moins irresponsable. D’une part, ses questions basées sur des ragots sont toutes démenties par son interlocuteur et elle lâche rapidement le morceau pour passer à un autre sujet. Cette entrevue, très people, est somme toute très superficielle et ne nous donne pas beaucoup de réponses, tout comme le film d’ailleurs.

Lifetime peut ouvrir le champagne : toute sa soirée événement dédiée à Whitney Houston (le téléfilm, l’entrevue et un montage de ses meilleures performances musicales live) a rassemblé en tout 11,8 millions de téléspectateurs : un chiffre impressionnant pour la chaîne câblée. Mais peu importe un portrait trop édulcoré de la femme, la soirée nous aura au moins rappelé toutes les belles chansons d’une artiste hors pair.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!