Allegiance : vaine tentative de recongeler une guerre




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Allegiance : vaine tentative de recongeler une guerre

Allegiance est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début février sur les ondes de NBC aux États-Unis.

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Ce drame d’espionnage s’amorce alors qu’une jeune espionne russe du SVR (le « nouveau » KGB) parvient à entrer en contact avec un acolyte du FBI et manifeste son désir de changer de camp en échange d’informations confidentielles. C’est que les Russes planifient une attaque terroriste sans précédent sur le sol américain et pour valider les dires de la transfuge, le bureau fait appel à Alex O’Connor, un jeune prodige travaillant pour la CIA. La donne se complique puisqu’un autre agent du SVR, Victor Dobrynin (Morgan Spector) entre en contact avec Mark (Scott Cohen) et Katya O’Connor (Hope Davis), les propres parents d’Alex qui dans leur passé ont été espions pour le KGB. Il les somme de convaincre leur fils de devenir un agent double, mais ceux-ci refusent. Ils finissent néanmoins par convaincre Victor d’espionner leur progéniture et de lui livrer tout ce qu’ils découvrent.

Adaptation de la série israélienne The Gordin Cell, Allegiance souffre d’une prémisse bancale et d’un scénario beaucoup trop simplifié (condition non écrite pour être diffusée sur un network) qui n’arrive pas à la cheville de séries comme Homeland ou The Americans. Mais c’est surtout c’est agencement forcé entre drame familial et drame national qui passe à peine le test.

L’espionnage dans les gênes

Il y a longtemps que Mark et Katya ne travaillent plus au compte de la Russie, si bien qu’Alex n’a jamais sur la vérité à leur propos. Si le FBI a fait appel à lui, c’est qu’il a une mémoire phénoménale et l’habileté de conduire des interrogatoires pointus, notamment avec la jeune espionne russe, afin de déterminer si elle est sincère. Mais voilà que peu de temps après leur entrevue, celle-ci est tuée par ses collègues et dès lors, Alex est sommé de faire équipe avec l’agent Michelle Prado (Floriana Lima). Leurs recherches les mènent à un certain Vasso Matiashvilli (Pasha D. Lychnikoff) qui connaît l’endroit où l’on a caché un ordinateur portable contenant tous les détails du prochain attentat. Ce dernier est rapidement exécuté, mais Alex parvient à localiser l’appareil qui se trouve à l’Hôtel de Ville de Philadelphie. Ses parents l’apprennent et se rendent rapidement sur les lieux, alors que leur fils perd un temps précieux à recevoir des autorités l’autorisation de perquisition. Peine perdue : Mark et Katya s’emparent de l’ordinateur quelques minutes seulement avant le FBI.

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Pour un agent de la CIA surdoué et ayant accès à toutes sortes de documents confidentiels, il est étonnant qu’Alex n’ait jamais soupçonné ses parents d’avoir travaillés à la solde de la Russie. Pire encore, il ignore que sa grande sœur, Natalie (Margarita Levieva) est elle aussi une espionne du SVR. Celle-ci, en plus de sortir avec Victor, se joint à ses parents quand vient le temps de surveiller son frangin.

Habituellement, lorsque les networks créent des drames policiers ou d’espionnage, les autorités américaines en charge sont évidemment les bons, les étrangers, les mauvais, et ce, à peu de nuances près. Avec Allegiance, on ne sait trop sur quel pied danser en ce qui a trait à Mark et Katya. Dans le passé et avec toute la conviction du monde, ils ont livré des informations secrètes à leur mère patrie et paradoxalement, ils ont eu pour « récompense » d’être libérés de leurs fonctions et de pouvoir vivre en toute liberté aux États-Unis où ils ont tôt fait, semble-t-il d’embrasser les valeurs.

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Pourtant, ils n’ont aucun problème à ce que leur fille travaille pour « l’ennemi », tout en étant fiers qu’Alex travaille aux services de renseignements américains. Et voilà que contre leur gré, ils acceptent de saper la carrière de ce dernier. La structure de l’épisode no 3 a quelque chose de ludique dans son traitement alors que tous tentent de s’emparer du portable. C’est à une vraie rivalité de talent à laquelle se livrent les O’Connor, mais traitée le plus sérieusement du monde. Le montage aussi s’y met de la partie avec une musique beaucoup trop menaçante et des zooms in d’une longueur exagérée. Cette dramatisation extrême n’est tout simplement pas crédible et on aurait mieux fait d’exploiter la relation entre les O’Connor sous un autre angle d’approche.

Un ennemi forcé?

Un autre aspect où Allegiance perd des points est lorsqu’elle désigne pour ennemis les Russes. Comme l’écrit Joshua Alston dans sa critique : « It’s certainly refreshing to see a show about terrorism that isn’t walking the narrow, porous line between harnessing the zeitgeist and peddling Islamophobia. But the idea of assimilated Russian spies doesn’t tap into primal fears the way it did during the Cold War. » En effet, on est loin du conflit opposant l’URSS et les États-Unis dépeints dans The Americans ou The Game, mais peu importe; les Russes restent des êtres sans pitié prêts à commettre toutes les exactions pour arriver à leur fin.

Ainsi, en guise d’avertissement à Victor qui selon ses collègues, laisse ses sentiments envers Natalie prendre le dessus sur sa mission, on tranche la gorge d’un de ses coéquipiers. Jamais dans la situation inverse, on aurait vu des Américains commettre un tel geste. Pire encore, c’est la motivation du Kremlin à vouloir perpétrer un attentat d’une si grande envergure qui se révèle bancale. Pour se justifier, un des chefs du SVR énonce ceci : « Madness is the last of Russian sovereignty. Madness is American sanctions forbidding us from accessing to our own bank account. Now even in Switzerland. » Et dans le scénario, cet attentat a aussi un autre but : anéantir l’économie américaine afin de pouvoir en toute tranquillité s’approprier l’Ukraine sans que personne n’ose broncher. Le plan pour arriver à cette quête est aussi réaliste qu’un film de Disney…

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5 millions de téléspectateurs on manifesté de l’intérêt pour le pilote et l’auditoire a diminué à 3,65 pour le deuxième épisode et 3,32 pour le troisième. Ces chiffres sont beaucoup trop bas, d’autant plus que la chaîne du paon a déplacé The Blacklist, son plus gros succès, dans la case de 20 h le jeudi afin de servir de locomotive à sa nouveauté. Contre notamment Scandal et How to Get Away with Murder à ABC, cette nouvelle programmation ne fait tout simplement pas le poids et à ce stade, on peut se demander si Allegiance sera diffusée dans son entièreté.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!