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Backstrom : un policier saoul qui nous saoule

Backstrom est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la fin janvier sur Fox aux États-Unis et CityTV au Canada.

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En Oregon dans la ville de Portland (en fait, toute la fiction est filmée au Canada), on est amené chaque semaine à suivre le lieutenant de police Everett Backstrom (Rainn Wilson) dans ses enquêtes sur des crimes variés. Procédural pour le moins classique, « l’originalité » de la série est que le protagoniste est tout sauf aimable, en plus d’être alcoolique, asocial, raciste et peu soucieux de son apparence physique. Ses visites hebdomadaires chez le docteur ne changent en rien ses habitudes de vie et de toute façon, qu’il ait picolé toute la journée ou pas, il parvient toujours à trouver le coupable.

Inspiré d’une série de livres écrits par le Suédois Leif G. W. Persson et créée par Hart Hanson (Bones), Backstrom est un croisement entre CSI et Shameless qui ne fonctionne pas du tout. En plus de nous offrir du pareil au même du côté des enquêtes, on a envie de changer de poste chaque fois que le protagoniste ouvre la bouche.

Aimer détester ou tout simplement détester?

Heureusement pour Everett, il y a toujours des crimes sinon on se demande bien ce qu’il ferait de ses dix doigts. Dans le premier épisode, lui et son équipe composée de Nicole Gravely (Genevieve Angelson), son assistante qui le déteste et du médecin légiste Peter Niedermeyer (Kristoffer Polaha) retrouvent le fils d’un sénateur pendu après qu’il ait injecté une force dose de cocaïne. Ce qui apparaît comme étant un suicide se révèle finalement être un meurtre. Dans le second, la police doit enquêter sur une série d’incendies provoqués par un pyromane alors que dans le troisième, une jeune fille de 21 ans appartenant à une secte est retrouvée poignardée devant une église. Est-ce utile de mentionner que dans tous ces cas, Everett résout tous les mystères et enferme le coupable? Côté vie personnelle, le service de police oblige son lieutenant à aller chaque semaine consulter le docteur Deb (Rizwan Manji) qui lui donne comme prescription de se trouver un ami et surtout de nourrir son âme. Évidemment Everett n’en a que faire, et ce, malgré les insistances de son colocataire Gregory Valentine (Thomas Dekker), un décorateur « flamboyant », dont les connections s’avèrent utiles durant les différentes investigations.

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À la limite, on peut affirmer que les enquêtes se tiennent, qu’elles sont diversifiées et qu’elles contiennent quelques revirements de situation intéressants. Mais encore : le genre policier est omniprésent sur les networks et il est difficile de concevoir que Backstrom en particulier puisse s’y faire une place d’autant plus qu’à la même plage horaire, ABC diffuse Scandal et NBC The Blacklist. La série a pour particularisme de nous offrir un antihéros; un policier qui n’a que faire des conventions et qui ne se montre par particulièrement affectueux. Bref, on a vu ça mille fois. Et comme d’habitude, on en fait trop : à la pluie battante, il s’obstine à vouloir s’allumer des cigares, il prend de la pizza au déjeuner, il boit l’alcool qu’il trouve sur les lieux où il enquête peu importe l’heure, en met toujours dans son café, il n’a jamais mangé de brocoli de sa vie et tel un enfant (ou un cochon), s’il n’aime pas quelque chose, il le crache ou le jette par terre. On nous a au moins épargné les flatulences… Et comme l’écrit Robert Bianco dans sa critique : « There are too many moments when you feel that you’re watching an actor make choices rather than watching a character simply be. » Et pour ne rien arranger, on donne à Wilson des répliques aussi stupides que « Cults and conspiracies go together kind of like vodka and vermouth. » Il en va de même pour son collocataire gay qui a un moment, cherche à lui prouver qu’il peut séduire son collègue Peter avec cette phrase : « Lots of guys might be straight… until they meet me. »

Enfin, ce qu’il y a de désolant avec ce type de personnage est qu’on va si loin dans la caricature qu’à un moment, on atteint un certain point de non-retour. Dans le second épisode alors qu’Everett enquête sur un incendie, il a le malheur de tomber sur les frères D’Agostino : deux pompiers qui ont passé toute leur jeunesse à intimider le lieutenant lorsqu’ils étudiaient ensemble au lycée. Même au sein de sa propre unité, il y a déjà longtemps qu’on ne prend plus des gants blancs quand on s’adresse à lui et plus personne ne réagit quand il arrive saoul au travail. De toute façon, il résout les enquêtes et au final, ces tentatives d’humaniser le protagoniste nous laissent de glace.

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S’obstiner

Depuis la fin de House en 2012, Fox continue de chercher son prochain antihéros si bien incarné à l’époque par Hugh Laurie. L’année dernière, un 23 janvier (jeudi) à 21 h, la chaîne lançait Rake dans laquelle un avocat, malgré un comportement autodestructeur, réussissait à faire acquitter la plupart de ses clients injustement accusés. Le premier épisode avait attiré près de 7 millions de téléspectateurs en direct et deux semaines plus tard, il en restait 4,27. Finalement, l’ensemble de la saison de 13 épisodes a retenu environ 3,3 millions d’adeptes; trop peu pour Fox qui a ensuite annulé la série. Le 22 janvier 2015, soit presque un an jour pour jour et à la même heure, la chaîne nous arrive avec le même genre de drame/comédie avec un personnage en proie aux mêmes tendances. Le premier épisode a attiré 8 millions de téléspectateurs et deux semaines plus tard, il en restait 3,64. Gageons que Backstrom, dont le projet initial a été rejeté par CBS, n’aura pas plus de chances de survie.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!