Better Call Saul :… pour ceux qui connaissent déjà le numéro




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Better Call Saul :… pour ceux qui connaissent déjà le numéro

Better Call Saul est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début février sur les ondes d’AMC aux États-Unis et au Canada, en plus de l’être le jour suivant dans des pays francophones d’Europe, dont la France, grâce à Netflix.

Bob Odenkirk

L’action se déroule au Nouveau-Mexique dans les années 90 alors que Jimmy McGill (Bob Odenkirk), un jeune avocat peu demandé est déterminé à faire ses preuves en tentant de défendre la famille Kellerman, accusée de fraude fiscale. Mais son acharnement à vouloir les avoir comme clients le conduira sur toutes sortes de routes sinueuses, pour ne pas dire tortueuses et cet avocat méprisé de tous pourrait bien y perdre sa naïveté au détour.

Quiconque a regardé au moins le premier épisode sait qu’il s’agit d’une sorte de préquel de l’immensément populaire Breaking Bad qui s’est achevée en 2013. On nous propose donc d’assister à la métamorphose d’un homme dont on connait déjà les travers, tout en respectant le style et le ton qui ont valu à sa « grande sœur » tous les hommages. Mais en restant un peu trop fidèle à celle-ci, est-ce que la nouveauté d’AMC ne se prive pas d’un auditoire potentiel?

Un risque (trop) calculé?

Bien qu’il soit diplômé du Bareau, Jimmy ne connait pas une grande carrière et possède un minuscule bureau dans l’arrière-boutique d’un salon de manucure. Toujours à court d’argent, il approche une première fois les Kellerman, mais ceux-ci choisissent la firme de Howard Hamlin (Patrick Fabian) pour les représenter, celle à laquelle son frère Chuck (Michael McKean) était associé avant qu’il développe une espèce de phobie à l’égard de l’électricité et qui le tient tapi chez lui. Par hasard, Jimmy tombe sur Lars et Carl (Steven & Daniel Spenser Levine), de jeunes jumeaux qui ont pris l’habitude de simuler des accidents de skateboard avec des autos pour ensuite extorquer de l’argent aux conducteurs. Il leur demande donc d’user du même stratagème lorsqu’un des Kellerman sera derrière le volant, mais les frères se trompent de voiture et atterrissent chez un dénommé Tuco (Raymond Cruz), probablement un trafiquant de drogue qui veut leur infliger une petite leçon. Jimmy retrouve leur trace et lui aussi subit un interrogatoire en règle jusqu’à ce que Nacho (Michael Mando), un associé de Tuco, les laisse partir. Plus tard, c’est ce dernier qui fait appel aux services de l’avocat après qu’il ait été arrêté par la police : il est en effet soupçonné d’avoir kidnappé les Kellerman. Grâce à l’enquêtrice Kim Wexler (Rhea Seehorn) qu’il connait bien, Jimmy inspecte les lieux du crime et en déduit que la famille a simulé son enlèvement et la retrouve en pleine forêt en train de camper, avec une valise contenant plus d’un million de dollars…

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Toutes ces actions, résumées en quelques phrases, ne se réfèrent pas à un, mais bien aux trois premiers épisodes. En temps normal, le pilote est conçu pour épater la galerie, mais légèrement plus ambitieux que ce à quoi on aura droit au cours d’une saison à venir. Avec Better Call Saul, c’est exactement du contraire dont il s’agit alors que les deux premiers épisodes sont assez lents et que le rythme s’accélère un peu plus lorsqu’on entame le troisième. D’ailleurs, les créateurs Vince Gilligan et Peter Gould ont affirmé aux journalistes lors du visionnement de presse : « We’re slow burning everything. » Et le critique Tim Goodman de renchérir : « viewers will have be patient and trust the storytelling (and thus the pace). » Et comme la production veut en premier lieu récupérer ses fans de Breaking Bad, elle lui donne exactement ce à quoi elle était habituée jusqu’en 2013.

Pour les nouveaux téléspectateurs, c’est une autre histoire. Certes, la cohérence est là, si bien qu’on peut comprendre les motivations de chacun des personnages sans trop de difficulté. Le problème est que Breaking Bad est mise sur un piédestal par une grande communauté et que chaque fois que l’on rencontre un nouveau personnage dans Better Call Saul, on se demande si on manque un clin d’œil ou encore si notre compréhension de l’histoire n’est pas affectée si on n’a pas vu les 62 épisodes de l’autre série. En somme, on nous fait sentir qu’on manque la plus-value de la série.

Ces ploucs/héros

Si on oublie Breaking Bad un moment, ceux qui ont aimé Fargo, la récipiendaire de deux Golden Globes en 2015, ont de bonne chance d’adopter aussi Better Call Saul. Les deux séries mettent en scène un personnage principal sous-estimé, ringard et « né pour un petit pain ». C’est un crime auquel ils sont liés volontairement ou non et qui les transporte dans une série d’aventures qui changeront le cours de leur vie. L’endroit principal (Nouveau-Mexique et Minnesota) aussi n’a rien de glamour et ces lieux bien ordinaires renforcent cette impression de « normalité »; ce qui crée un contraste encore plus grand lorsque des rebondissements inattendus surviennent.

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Dans Better Call Saul on s’assure aussi au montage de bien mettre l’accent sur ce sentiment de monotonie avec de longues scènes où le silence est maître alors qu’à d’autres moments, elles sont accompagnées d’une chanson hors-champ que l’on joue presque dans son entièreté. À la base, on peut bien se demander ce que ça va apporter à l’histoire, mais on est davantage dans la facture visuelle d’un produit qu’autre chose. Le seul hic est que ceux qui ne parviennent pas à s’attacher pas à Jimmy auront tôt fait de changer de chaîne puisqu’il est dans quasiment toutes les scènes et en plus, il parle… beaucoup, si bien que ses interlocuteurs ne peuvent en placer une : un irritant à plusieurs moments.

Ce spin-off ou préquel de Better Call Saul a suscité la curiosité puisque 6,88 millions de téléspectateurs ont regardé en direct le premier épisode, dont 4,4 âgés entre 18 et 49 ans; un record pour le câble. Même si ces chiffres ont fondu de moitié aux épisodes suivants (3,42, puis 3,23), ils se stabilisent et AMC a tout de même de quoi être fière. Avant la saison no 5, aucun épisode de Breaking Bad n’avait rassemblé autant de monde, les moyennes de saisons se situant toujours en dessous de 2 millions. Et Better Call Saul étant déjà renouvelée pour une seconde saison, notre avocat pourrait bien recevoir quelques coups de fils supplémentaires.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!