Fortitude : décongélation très lente




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Fortitude : décongélation très lente

Fortitude est une nouvelle série de 12 épisodes diffusés sur depuis la fin janvier sur les ondes de Sky Atlantic en Angleterre et Super Channel au Canada.

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Dans un petit village du même nom situé au cœur de l’Arctique, une petite communauté en apparence tranquille est sous le choc après qu’un meurtre se rapprochant du cannibalisme ait été commis à l’endroit du scientifique Charles Stoddart (Christopher Eccleston). En premier lieu, c’est le shérif Dan Anderssen (Richard Dormer) qui est chargé de l’enquête, sous la supervision de la gouverneure Hildur Odegard (Sofie Grabol), mais bientôt se joint à eux l’enquêteur en chef de la police de Londres Eugene Morton (Steve Tucci); une intrusion peu appréciée des autorités locales.

Fortitude a créé l’engouement dès sa présentation au dernier MIPCOM et a été vendue dans plusieurs pays avant même une diffusion initiale. Pourtant, dans ses premiers épisodes, la série est un polar décevant avec ses personnages qui nous laissent de glace et une intrigue dont les indices, dévoilés au compte-goutte de surcroit, peinent à susciter notre curiosité. Le charme de ces horizons polaires et l’unicité de la communauté, après un temps, ne sont pas des facteurs assez puissants pour nous garder captifs.

Une enquête sans indices

Le petit village de Fortitude n’a rien d’ordinaire puisque tous ses habitants proviennent d’autres pays, Nordiques pour la plupart. Lors d’une excursion, le photographe Henry Tison (Michael Gambon) tue par accident un homme qui était attaqué par un ours polaire; ces bêtes étant grand nombre sur le territoire. Arrive sur ces entrefaites le shérif Anderssen qui convainc le vieil homme de quitter la scène du drame, tout en lui assurant qu’il s’en occupera. Trois mois plus tard, c’est le scientifique Stoddart qui est retrouvé mort chez lui par Vincent Rattrey (Luke Tradeaway), un autre scientifique qui vient tout juste de s’installer à Fortitude, qui a dû briser la fenêtre de la porte et entrer chez la victime pour constater son décès. Mais voilà que le shérif se trouvait déjà sur les lieux et décide de l’arrêter.

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S’il y a un lien antre les deux victimes, c’est évidemment Anderssen le premier suspect, d’autant plus qu’il est d’humeur irascible depuis que l’enquêteur Morton a pris les rênes de l’enquête. Ce dernier n’est pas blanc comme neige puisqu’au moment où il prenait l’avion pour enquêter sur le meurtre, celui-ci n’avait pas encore été commis. Et évidemment, personne n’a l’autorité pour le questionner. La gouverneure Hildur pourrait aussi être une suspecte. C’est que depuis son arrivée dans la région, elle rêve d’y ériger un hôtel de glace afin d’attirer une manne touristique, mais l’emplacement choisi, lieu d’artéfacts potentiels, était dénoncé dans un rapport de Stoddart qui a tout bonnement disparu après sa mort.

L’intrigue dans Fortitude à proprement parler n’est pas dénuée d’intérêt, mais c’est dans la façon de la présenter au public qu’elle perd beaucoup de points. C’est que l’enquête est extrêmement lente, tout comme le meurtre d’ailleurs qui est commis tard à la fin du premier épisode. On ne sait à peu près rien des personnages principaux qui parlent peu et à l’opposé de Broadchurch ou de Glue auxquels on serait tenté de comparer la série de Sky, les deux épisodes subséquents ne sont pas prétextes à nous faire connaître les suspects potentiels ou à nous procurer assez d’indices susceptibles de nous mettre l’eau à la bouche. Comme l’écrit, non sans ironie Jasper Rees dans sa critique : « The only thing we know for certain so far is a polar bear, the original prime suspect, didn’t do it. »

Le plus gros défaut de Fortitude est de ne pas offrir aux téléspectateurs des personnages principaux. A priori, on s’attendrait à avoir le point de vue de la personne qui enquête, mais ce pourrait aussi être celui d’un habitant du village, ce qui n’est pas le cas. En attendant, on a cette histoire parallèle entourant Jules (Jessica Raine) et Frank Sutter (Nicholas Pinnock), dont le fils, Liam (Darwin Brokenbro) repose entre la vie et la mort après avoir été victime d’une sévère engelure aux pieds. S’il y a un lien entre ces deux morts et l’état de santé du bambin, il serait bien temps après trois épisodes de nous donner quelques indices en ce sens, parce qu’on est sur le point de décrocher.

Miser sur un lieu inédit

Fortitude a été tournée dans l’archipel norvégien de Svalbard qui en plus de nous offrir des paysages pour le mois exotique s’intègre aussi dans le synopsis. En effet, ce « no man’s land » à l’écart des grandes sociétés était jusqu’à récemment synonyme de sécurité pour la population locale. Comme le dit Hildur à un moment : « You can’t die here; that’s the law ». C’est que les habitants qui sont gravement malades sont immédiatement rapatriés dans leur pays d’origine, notamment parce que les corps ne peuvent se décomposer avec un froid pareil. La gouverneure renchérit lors d’une présentation devant des investisseurs potentiels en qualifiant Fortitude de : « safest place on earth » parce que pour venir y habiter, tout le monde doit s’être trouvé un emploi et pour leur survie, il est impératif qu’ils aient un logement; donc, la criminalité serait de facto inexistante.

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Le récent meurtre vient tout remettre en question, d’autant plus que deux individus ont récemment trouvé une carcasse de mammouth qu’ils aimeraient bien vendre au plus offrant; de quoi alimenter un marché noir. Toute cette vision de Hildur n’est donc qu’un leurre et Morton s’en rend vite compte en investiguant. L’un des citoyens qu’il l’interroge lui avoue d’ailleurs qu’en venant s’installer à Fortitude : « everybody is running way from something ». Ce désert arctique se transforme rapidement en prison et nul besoin d’utiliser une trame sonore évoquant le suspens : ce sont ces bourrasques continuelles qui accentuent cet effet de solitude forcée nous rappelant que l’hiver ne quitte jamais cet endroit, telle une condamnation à laquelle nul n’échappe.

Fortitude a rassemblé 722 000 téléspectateurs en direct lors de ses deux premiers épisodes qui ont été présentés l’un à la suite de l’autre et la semaine suivante, il restait 561 000 fidèles au poste. Des chiffres tout de même très bons pour la chaîne câblée. Quant à l’avenir de la série, le producteur exécutif Simon Donald a affirmé que le meurtre serait résolu à la fin des douze épisodes et qu’un second opus serait déjà envisagé. Encore faudra-t-il que les téléspectateurs s’arment d’assez de patience pour poursuivre le premier jusqu’à sa résolution.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!