Battle Creek : les deux font la (vieille) paire




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Battle Creek : les deux font la (vieille) paire

Battle Creek est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada depuis le 1er mars.

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L’action se déroule justement dans cette petite ville du Michigan, au bureau de police local alors que Milt Chamberlain (Josh Duhamel), un brillant agent du FBI, est envoyé sur place pour prêter main-forte aux employés dans leur quotidien. Cette réaffectation ne plaît pas à tous, notamment au détective Russ Agnew (Dean Winters), un « vieux de la vieille » qui n’a aucune confiance en lui et qui n’apprécier surtout pas que l’on vienne jouer dans ses plates-bandes. Néanmoins, les deux individus se retrouvent jumelés l’un à l’autre à chaque nouvelle enquête et malgré des styles et méthodes aux antipodes, parviennent toujours à coffrer les coupables.

Création de Vince Gilligan, le papa de Breaking Bad, Battle Creek est une série policière générique qui ne manifeste aucune espèce d’originalité et qui mise sur un duo de personnages différents, mais tellement complémentaires; un concept vu et revu en télévision jusqu’à l’inépuisable. Et bien que CBS mise ces derniers temps à rajeunir son image, il serait grand temps qu’elle passe des paroles à l’acte en nous présentant des fictions qui vont en ce sens.


Contrastes ennuyeux

La ville de Battle Creek au Vermont ne compte que 50 000 habitants et en raison d’un sous financement, la police locale doit gratter les fonds de tiroir, ne serait-ce que pour moderniser son équipement. Les hautes sphères des autorités américaines sont bien au faîte de cette réalité et leur envoient l’agent spécial Milt. L’arrivée de ce jeune prodige tombe à point puisqu’un double homicide vient d’être commis en lien avec le commerce de la drogue et le nouveau choisi comme partenaire Russ, qui a cette conception des gens qu’il côtoie en lien avec le travail: « I don’t believe in trusting people, I believe in paying people ». Ainsi, il préfère avoir recours à la manière forte, n’hésite pas à mentir ou à faire de fausses promesses pour obtenir des informations : bref, tout le contraire de Mitl qui a une confiance indéfectible envers ses pairs et les gens qu’il interroge. Et comme il est courant dans les fictions, une dose de méthode forte mélangée à une autre plus douce fait que le duo parvient à résoudre toutes les enquêtes, notamment en lien avec la mort d’un homme noyé dans du sirop d’érable à l’épisode 2 ou au détenteur d’un kilo de cocaïne retrouvé dans le sac à dos d’une fillette au cours de la diffusion suivante.

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Pour la petite histoire, voilà plus de 10 ans que le script de Battle Creek dort sur les tablettes de CBS et ce doit être en partie la notoriété que son créateur a acquise quelques années plus tard avec Breaking Bad qui a finalement convaincu la chaîne de donner le feu vert à la production. Il est étonnant de constater que malgré une si longue période, ce projet n’ait pas pris tant de rides, ce qui n’est pas nécessairement un compliment. C’est qu’outre les technologies qui s’améliorent, le genre policier en revanche évolue peu : il y aura toujours des meurtres, du commerce de la drogue, des viols, etc. et tous finissent par se ressembler de toute façon. Les gages de la longévité dans le genre restent la qualité des enquêtes et ceux qui doivent les mener à bout. Si sur ce premier point, on ne peut critiquer la série (certaines investigations sont même originales), c’est le tandem Milt/Russ qui est bancal. Milt est beau, sérieux, consciencieux, méticuleux et empathique : bref, carrément ennuyeux. Quant à Russ, les scénaristes par automatisme l’ont doté de tous les attributs contraires, ce qui ne le rend pas plus intéressant pour autant. Reste le ton ambigu de la série, quelquefois comique, quelquefois dramatique qui n’est pas sans rappeler King & Maxwell diffusée en juin 2013 sur TNT… et qui n’a pas été reconduite pour une seconde saison.

La chaîne du troisième âge?

La saison 2014-15 n’aura pas été celle de CBS, c’est le moins que l’on puisse dire. Mis à part Scorpion qui rajeunit un peu l’image de la chaîne, on est frappé par le manque d’originalité de ses nouvelles séries : CSI : Cyber et NCIS : New Orleans? Des dérivés, sans plus. Stalker? Trop gros et ridicule pour être vrai. Madam Secretary? Bien trop gentil pour un drame politique. Toutes ces nouveautés sont des procéduraux qui ne marqueront en aucun point le paysage télévisuel américain. Dès lors, comment s’étonner que les téléspectateurs de la chaîne aient en moyenne 59,9 ans, soit, l’auditoire le plus âgé des quatre networks (ABC : 55,9 / NBC : 53,8 / Fox : 50,5)? La chaîne a beau avoir été une des premières à lancer son propre service de vidéo à la demande; CBS All Access pour 5,99 $ par mois dans le but d’attirer les 18-49 ans, la deuxième étape ne serait-elle pas de lui donner des séries susceptibles d’intéresser cette tranche d’âge? L’annonce de l’arrivée prochaine de Supergirl est un pas dans la bonne direction, mais il reste beaucoup de travail à faire et surtout, de l’audace.

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En ce sens, Battle Creek est l’exemple même de cette stagnation créatrice, en plus de ne pas être en phase avec la réalité ethnographique du pays. Les deux personnages principaux sont des hommes blancs et dans la force de l’âge. Leur patron est bien une femme et on compte parmi les coéquipiers quelques minorités culturelles, mais leur apport n’a rien de significatif et ils sont traités comme de simples larbins. Quant aux criminels, le magnat de la drogue dans le premier épisode est noir, alors que dans le second, bien qu’un blanc soit à la tête de la mafia qui contrôle l’industrie acéricole, ses sous-fifres sont tous hispaniques. L’épisode suivant n’est guère mieux puisqu’il est encore question de trafic de drogue opéré non pas par des Hispaniques, mais des Dominicains (précisé dans les répliques). Quant à y voir un personnage LGBT, n’y pensons même pas. On est très loin du trio de comédies présentées cette année à ABC mettant en vedette des communautés ethniques avec Cristela, Fresh Off The Boat et Black-Ish ou encore du hit de Fox cet hiver avec Empire qui est en train de battre tous les records d’audience. CBS continue d’aller de l’avant, mais avec des ornières et on doute que la génération du millénaire, dans quelques années, ne lui manifeste le même attachement que les plus vieux.

7,92 millions de téléspectateurs ont regardé le pilote en direct et ce chiffre déjà très modeste pour CBS a légèrement diminué au cours des deux semaines suivantes (6,93 et 6,79). Mais c’est en regardant le portrait global de la chaîne les dimanches soir de 20 h à 22 h qu’on réalise à quel point elle a pris du retard sur ses concurrentes ABC et Fox. Par exemple, le 8 mars, CBS était bonne troisième chez les 18-49 ans avec un maigre taux oscillant entre 0,8 et 1,1 pour ses fictions Madam Secretary, The Good Wife et Battle Creek. Si seulement la chaîne pouvait comprendre que la meilleure solution pour éviter de piquer du nez était d’innover…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!