Divorce à gauche




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Divorce à gauche

En tant que chroniqueur, j’ai parfois le droit d’être un peu biaisé. J’avouerai donc d’entrée de jeu que je suis un assez grand fan de Bill Maher. Pour ceux qui ne le connaissent pas,
Maher est un humoriste, polémiste, acteur et documentariste américain.

Real Time with Bill Maher: Divorce à gauche

Libertaire devant l’absolu et athée militant, il pourfend depuis très longtemps les religions, le puritanisme et l’hypocrisie, n’hésitant jamais à se moquer des riches, des puissants et des politiciens. Sur les ondes de la station américaine HBO, le controversé personnage anime l’émission-culte Real Time with Bill Maher, célèbre notamment pour son segment final, «New Rules», pendant lequel l’animateur-humoriste livre un éditorial satirico-politique enflammé.

Si j’admire cet homme en tant qu’artiste et polémiste, c’est principalement parce qu’il ose se donner la liberté la plus absolue et qu’il n’épargne absolument personne avec son humour caustique et corrosif, parfois à la limite du bon goût. Depuis presque toujours, Bill Maher est naturellement associé à une gauche politique tout de même assez radicale, pour les États-Unis. Mais nous voilà rendus dans le vif du sujet: tout cela semble être entrain de changer.

Il y a quelques mois, alors que l’État Islamique occupait le haut du pavé, dans l’actualité internationale, les téléspectateurs de Real Time ont pu être les témoins d’un vif échange à trois entre Bill Maher, le philosophe et essayiste athée Sam Harris et le célébrissime acteur Ben Affleck. Harris et Maher disaient craindre l’expansion de l’islam radical et qualifiaient cette idéologie de «filon de mauvaises idées» (en anglais: «Mother lode of bad ideas»). Affleck répondait rageusement, en traitant ses interlocuteurs de «racistes».

Une véritable tempête médiatique venait d’être créée. Dans les semaines suivantes, des étudiants l’Université de Californie à Berkeley, temple du progressisme radical, exigeaient par une pétition et des manifestations que soit annulé un discours de Bill Maher prévu sur leur campus. Curieuse façon de promouvoir les valeurs progressistes que d’entraver la liberté d’expression des autres ! Mais bon, passons…

Suivant cette nouvelle controverse, la journaliste Rula Jebreal était invitée sur le plateau de Real Time, où elle allait arguer que le malaise des étudiants de UC Berkeley, précisément ceux de confession musulmane, était que le discours de Maher n’allait «pas laisser place au débat», comme si tout discours, toute tribune, devait obligatoirement se transformer en débat donnant voix au chapitre à n’importe qui! Mais bon, passons…

Depuis, il se passe une chose étrange: les éditoriaux «New Rules» de Bill Maher attaquent de plus en plus souvent ses supposés alliés de gauche. On peut recenser au moins deux éditoriaux, prononcés au cours des dernières semaines, dans lesquels Maher s’en prend de façon virulente à cette «nouvelle gauche», qui n’aime la liberté d’expression que lorsqu’elle protège un discours qui lui convient.

Bien entendu, aux yeux des progressistes radicaux, ces nouveautés dans le discours de Bill Maher passeront pour les élucubrations amères d’un vieux blanc riche, qui n’a pas envie de se faire déranger par leur héroïque idéalisme. Mais notez bien que lorsqu’il se demande pourquoi des gens intelligents, très souvent pauvres, finissent par voter pour le parti républicain, il fait tout d’abord référence aux membres de la classe ouvrière. C’est là une question fort légitime: pourquoi les travailleurs se détournent-ils de la gauche, un peu partout en Occident ? En France, le vote ouvrier constitue le pain et le beurre du Front National.

Au Québec, les discours de droite ont une très forte résonance, chez l’électorat populaire. Pourquoi ? Serait-ce parce que la gauche aurait sacrifié son électorat traditionnellement prolétaire à l’autel de la rectitude politique, de la bien-pensance et de la défense acharnée de toutes les identités minoritaires ? Autrefois, la gauche politique était la défenseure acharnée de la majorité travaillante. Aujourd’hui, elle ne veut plus que sauver toutes les «minorités opprimées», que celles-ci veuillent être sauvées ou non.

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Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.