Exodus: Gods and Kings ou pourquoi courir quand il suffit de partir à point?




Accueil » Nouvelles » À la Une » Exodus: Gods and Kings ou pourquoi courir quand il suffit de partir à point?

Exodus: Gods and Kings ou pourquoi courir quand il suffit de partir à point?

exodustitre

Exodus: Gods and Kings, péplum sur la vie du prophète biblique Moïse, sort aujourd’hui en DVD. Ridley Scott reprend les rênes des mains de Cecil B. DeMille, lequel avait réalisé The Ten Commandments à deux reprises, une fois en 1956 (version archiconnue en VistaVision) et une fois en 1923 (version muette en noir et blanc, sauf pour l’exode et le partage des eaux colorisés manuellement), les deux étant une oeuvre majeure de sa décennie respective.

exodus4

Le talent de Ridley Scott n’est plus à prouver. Que ce soit dans la science-fiction avec Alien (1979) ou Blade Runner (1982), le road movie avec Thelma & Louise (1991), le film de guerre avec Black Hawk Down (2001) ou encore le film historique avec Gladiator (2000) et American Gangster (2007), ce réalisateur ne fait que rarement dans la demi-mesure. Avec Exodus: Gods and Kings, il renoue avec le film à grand déploiement et ne manque visiblement pas d’inspiration.

L’histoire de cet « homme de Dieu » n’a pas changé d’un iota et reprend encore chronologiquement les événements majeurs de son existence. Pour les néophytes de l’Ancien Testament, les revoici :

    L’exil de Moïse dans le désert après avoir appris la vérité sur son lien de sang avec les Hébreux;
    L’appel de Dieu sur le mont Horeb qui apparaît à Moïse sous la forme d’un buisson ardent (et d’un enfant selon le film) et qui lui donne pour mission de libérer le peuple hébreu de l’Égypte après 400 ans de sujétion;
    Les dix plaies d’Égypte (les eaux du Nil en sang, pluie de grenouilles, moustiques s’attaquant au peuple, apparition de vermines, épidémie de peste sur le bétail, peuple en proie à des furoncles, grêle détruisant les récoltes, sauterelles dévorant la végétation, ténèbres régnant pendant trois jours et, finalement, premiers-nés égyptiens mourant tous la même nuit)
    L’Exode des Enfants d’Israël hors d’Égypte (c’est ici que le titre du film trouve son sens);
    La traversée de la mer Rouge;
    L’écriture du Décalogue (les dix commandements) en haut du mont Sinaï, pendant que les Israélites adorent un veau d’or;
    L’arrivée en Terre promise dans le pays de Canaan.

exodus1

Le film de Ridley Scott souffre d’un montage maintes et maintes fois remanié et raccourci, passant de plus de 270 minutes à moins de 150 minutes, et ce, au grand dam du résultat final. En effet, je suis resté perplexe devant la trop courte durée de certains épisodes ainsi que devant le saut dans le temps trop grand de certaines ellipses.

D’abord, la fraternité entre les deux protagonistes (Moïse et Ramsès II) est brouillonne, résumée en quelques sourires complices et une scène de bataille où l’un sauve la peau de l’autre. Développer davantage l’amitié qui les lie aurait renforcé la crédibilité de leur rivalité subséquente.

Ensuite, la traversée de la Mer Rouge n’est qu’un ramassis de gros plans qui ne parvient jamais à atteindre la spectacularité de son équivalent dans les versions antérieures signées Cecil B. DeMille. Est-il nécessaire de mentionner qu’à l’époque il n’avait ni le même budget ni les mêmes ressources mises à leur disposition?

Finalement, l’épisode du veau d’or ne fait l’objet que d’un raccord de regard de Moïse du haut du mont Sinaï, autrement dit d’un seul plan de cinq secondes dans lequel nous voyons son peuple vénérer une autre idole que Dieu et enfreindre ainsi le troisième commandement.

L’intérêt de cette version bien ancrée dans le vingt-et-unième siècle se situe plutôt au niveau de l’esthétique formelle. Tantôt dans un plan d’ensemble pharaonique, tantôt dans un gros plan fourmillant de détails, le film fait des va-et-vient entre le général et le particulier. En dépit des décors numériques qui l’emportent souvent sur les décors naturels, chaque épisode jouit d’une reconstitution historique soignée. Les dix fléaux envoyés par le Tout-Puissant sont illustrés à grand renfort d’ordinateur, ce qui fera soupirer les nostalgiques et jubiler ceux qui sont friands d’effets spéciaux.

La distribution reste inégale de l’alpha à l’oméga. Christian Bale (The Prestige, The Fighter, la trilogie The Dark Knight) réussit presque à arracher le visage de Charlton Heston qui colle à la peau de Moïse depuis plus d’un demi-siècle, surtout à partir de la théophanie vers le tiers du film. Il porte bien la barbe et la crasse, quoi. Joel Edgerton (Warrior, The Thing) m’a surpris dans la peau grimée de l’antagoniste Ramsès II. Il est loin de son rôle d’Owen Lars dans Star Wars: Episode II et III!

Quant à Ben Kingsley (Nun), John Turturro (Seti), Aaron Paul (Joshua) et, surtout, Sigourney Weaver (Tuya), que font-ils dans cette galère avec quelques lignes à mémoriser? À peine ont-ils plus d’importance que le plus infime figurant (payé 107 dollars par jour) au fin fond de l’arrière-plan!

Les détracteurs du film ont aussi souligné que les Noirs de la distribution sont relégués aux rôles secondaires de serviteurs et de bandits…

exodus2

Exodus: Gods and Kings est l’un des deux films de 2014 traitant d’un texte issu de l’Ancien Testament. L’autre, c’est Noah de Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Black Swan, The Wrestler) qui m’a extrêmement déçu. À titre de comparaison, le premier a rapporté 268 millions de dollars (contre un budget initial de 140 millions) et le second 362 millions (contre 125 millions). Cependant, les deux n’ont pas recueilli les suffrages escomptés de la part du public.

Ridley Scott n’est ni dans le fanatisme, ni dans la caricature, mais toujours dans l’excès et le souci du détail. Notez qu’il dédie son film à son frère cadet, le réalisateur Tony Scott (Top Gun, Man on Fire), qui s’est suicidé le 19 août 2012.

exodus3

Exodus: Gods and Kings est comme Le Lièvre et la Tortue, la fable de La Fontaine, en ce sens que Ramsès II poursuit Moïse sans relâche, alors qu’il aurait dû réfléchir à sa stratégie avant d’agir. Même son de cloche pour le montage final qui aurait mérité un peu plus de peaufinage. Rien ne sert de courir, il faut partir à point, non?

De ce fait, à mort la version charcutée par les nababs de la 20th Century Fox diffusée en salles! Vive la version longue de Ridley Scott qui sera un jour distribuée en DVD!

Verdict : 7 sur 10

Articles connexes
Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca