The Hobbit + The Lord of the Rings = Histoire de deux aller et retour spectaculaires!




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The Hobbit + The Lord of the Rings = Histoire de deux aller et retour spectaculaires!

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The Hobbit: The Battle of the Five Armies sort aujourd’hui en DVD. Pour l’occasion, j’en profite pour dresser un portrait global des deux trilogies réalisées par Peter Jackson, The Lord of the Rings et The Hobbit, lesquelles se basent sur quatre romans et autres appendices signés par l’homme de lettres anglais John Ronald Reuel Tolkien. Ces six films, sortis au cinéma entre 2001 et 2014, ont généré 5,85 milliards de dollars au box-office mondial et obtenu 17 Oscars!

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« Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. »

Cette citation célèbre est né sous la plume de J. R. R. Tolkien. Ce dernier est la tête pensante derrière la genèse d’Arda, monde imaginaire peuplé de créatures fantastiques (elfes, ents, gobelins, hobbits, mûmakil, nains, orques, trolls, etc.), dans lequel se retrouve la Terre du Milieu. C’est en ce vaste lieu que prennent place The Hobbit (roman pour enfants publié le 21 septembre 1937) et The Lord of the Rings (roman en trois volumes publié entre le 29 juillet 1954 et le 20 octobre 1955). Ces trois volumes s’intitulent The Fellowship of the Ring, The Two Towers et The Return of the King.

PREMIÈRES ADAPTATIONS

Entre 1966 et 1980, l’oeuvre de Tolkien a fait l’objet de quatre adaptations, toutes en dessins animés, mais aucune n’a rendu justice à son caractère épique. En 1966, sous la pression du producteur William L. Snyder dont les droits sur le roman allaient expirer, Gene Deitch a été le premier à transposer The Hobbit en un court métrage de 12 minutes disparu jusqu’à tout récemment (disponible ci-dessous en intégralité!). En 1977, Jules Bass et Arthur Rankin Jr. ont réalisé à leur tour The Hobbit, un téléfilm d’animation musical, qui a remporté un Peabody Award (prix remis à des programmes de radio, de télévision ou des sites web qui représentent l’excellence dans leur domaine respectif). En 1978, Ralph Bakshi a porté à l’écran The Lord of the Rings en s’attardant sur la bataille du Gouffre de Helm. Cette version a été pendant longtemps la plus connue. En 1980, Jules Bass et Arthur Rankin Jr. font une suite à leur film de 1977 et récidivent avec The Lord of the Rings. Malgré tout, ces tentatives n’ont pas rencontré le succès espéré et se sont limitées au cadre de l’animation.

THE LORD OF THE RINGS

Il faudra attendre quinze ans, soit en 1995, avant que le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson persuade New Line Cinema de faire une trilogie avec The Lord of the Rings après avoir refusé l’offre de Miramax Films de le condenser en un seul film. Ainsi, après deux ans d’écriture, 274 jours de tournage et trois ans de montage, The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring envahit les salles de cinéma le 19 décembre 2001. C’est le succès immédiat. Suivront The Lord of the Rings: The Two Towers le 18 décembre 2002 et The Lord of the Rings: The Return of the King le 17 décembre 2003. Bien qu’ils ont été tourné simultanément, chaque film a coûté environ 100 millions de dollars.

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Dès l’incipit, The Fellowship of the Ring commence in medias res, c’est-à-dire dans le feu de l’action, et Peter Jackson souhaite ainsi signer un contrat explicite à l’égard du spectateur : le spectacle auquel il assiste dépassera tout ce qui a été fait jusqu’alors et l’arsenal du dispositif filmique sera employé outre mesure afin de concourir à transformer l’ordinaire en extraordinaire. Le réalisateur conforte l’immersion du sujet spectatoriel dans l’univers fictionnel, d’abord, en proposant un mythe de création du monde, dit mythe cosmogonique, lors d’un récit sur la fabrication des anneaux et, ensuite, en montrant la bataille de Dagorlad où le nombre de belligérants dépasse l’entendement.

Impeccable, la distribution comprend Elijah Wood (Frodon), Ian McKellen (Gandalf), Sean Astin (Sam), Viggo Mortensen (Aragorn), Sean Bean (Boromir), Billy Boyd (Pippin), Dominic Monaghan (Merry), Orlando Bloom (Legolas), John Rhys-Davies (Gimli), Christopher Lee (Saroumane), Liv Tyler (Arwen), Cate Blanchett (Galadriel), Hugo Weaving (Elrond), Miranda Otto (Éowyn), Karl Urban (Éomer), Bernard Hill (Théoden), David Wenham (Faramir), John Noble (Denethor) et Ian Holm (Bilbon). C’est sans parler des paysages majestueux de la Nouvelle-Zélande, de la musique du compositeur Howard Shore et des nombreuses scènes devenues cultes…

L’ENTRE-DEUX-GUERRES

Entre les deux trilogies, Peter Jackson profite d’un repos bien mérité pour tourner King Kong en 2005 (la version de 1933 étant son film d’enfance, il en a fait un remake avec ses jouets alors qu’il n’avait que treize ans) et The Lovely Bones en 2009 (adaptation du roman éponyme d’Alice Sebold). En 2011, il produit également The Adventures of Tintin réalisé par Steven Spielberg.

THE HOBBIT

En avril 2008, Peter Jackson annonce que le réalisateur mexicain Guillermo del Toro (El laberinto del fauno, Hellboy, Pacific Rim) s’occupera de réaliser The Hobbit en deux volets. La préproduction commence quatre mois plus tard. Del Toro laisse son poste vacant le 30 mai 2010, un peu à cause de ses croquis (ceux de Smaug notamment) voués aux gémonies par les fans de Tolkien et beaucoup à cause de la faillite de MGM. Le 15 octobre 2010, Jackson revient en renfort pour le plus grand plaisir de ses propres fans. Le tournage se termine le 6 juillet 2012 après 266 jours de travail. The Hobbit: An Unexpected Journey sort le 14 décembre 2012. L’idée d’en faire un triptyque et non un diptyque s’impose, forçant le tournage de scènes supplémentaires du 10 mai au 29 juin 2013. The Hobbit: The Desolation of Smaug prend l’affiche le 13 décembre 2013. La postproduction du dernier chapitre, The Hobbit: The Battle of the Five Armies, se termine officiellement le 15 novembre 2014 avant sa sortie en salles un mois plus tard, le 17 décembre. Chaque film a coûté environ 250 millions de dollars.

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La raison pour laquelle cette seconde trilogie a coûté si chère en comparaison de la première, c’est qu’elle a été filmée avec la Red Epic à 48 images/seconde (résolution de 5K), afin de rendre les mouvements aériens et giratoires de la caméra plus fluides en trois dimensions, et que Jackson a dû faire revenir une bonne partie de l’équipe pour les cinquante jours supplémentaires de tournage en 2013.

L’INFINIMENT GRAND DES PLANS D’ENSEMBLE

Les péplums des années cinquante et soixante (The Ten Commandments, Ben-Hur, Spartacus) se voulaient une réponse juste à l’intrusion de la télévision dans les foyers : devant le nombre d’entrées en chute libre depuis 1953, les films bibliques ont misé sur le panorama de larges surfaces écraniques où se côtoyaient des centaines de figurants. En 1982, un sentiment de déjà-vu est né au cours de la scène des funérailles de Gandhi dans le film éponyme : près de 300 000 figurants s’entassaient dans un seul et même cadre.

Dans les deux trilogies de Peter Jackson, maints plans font écho à ces plans d’ensemble impressionnants, notamment lorsque des armées s’affrontent ou se meuvent. Pour réussir cet exploit de simuler des armées, Steven Regelous, membre de l’entreprise WETA Digital mandatée des effets spéciaux numériques, a conçu le logiciel MASSIVE. Sa principale qualité, c’est que ce programme est capable de créer des milliers de créatures par ordinateur auxquelles il octroie une intelligence artificielle pour ajouter des conduites individuelles et que les individus soient dotés de mouvement. L’effet désiré de montrer de grosses armées dans le même cadrage peut ainsi être obtenu.

L’INFINIMENT PETIT DES GROS PLANS

En 1988, Robert Zemeckis, réalisateur qui approuve le mariage entre l’ordinateur et le cinéma, a présenté Who Framed Roger Rabbit. Dans ce film, un acteur réel (Bob Hopkins) se retrouvait au coeur même d’un dessin animé. Peter Jackson a risqué le tout pour le tout en créant de toutes pièces le personnage de Gollum ainsi que celui du dragon Smaug. Il a donc recherché l’opposé du travail de Zemeckis : intégrer des êtes animés dans des prises de vues réelles. Le défi, de taille il va sans dire, demeurait que le spectateur moyen fasciné n’y voit que du feu. Pour parvenir aux fins de Jackson, l’acteur Andy Serkis (Gollum) et l’acteur Benedict Cumberbatch (Smaug) se sont prêtés au jeu de la captation de mouvements. Le résultat impressionne, certes, sans toutefois être criant de réalisme.

LE VOYAGE DU HÉROS

« Un héros s’aventure à quitter le monde du quotidien pour un territoire aux prodiges surnaturels : il y rencontre des forces fabuleuses et y remporte une victoire décisive. Le héros revient de cette mystérieuse aventure avec la faculté de conférer des pouvoirs à ses proches. » Ces mots sont ceux de Joseph Campbell. En 1949, ce professeur américain propose un schéma narratif archétypique dans son essai The Hero with a Thousand Faces. Il s’agit du voyage du héros, dit monomythe, dans lequel il soutient que la majorité des récits d’aventures partagent la même structure fondamentale. Que ce soit Star Wars, The Matrix, Aladdin, Harry Potter ou encore les deux oeuvres de Tolkien adaptées par Jackson, ces récits respectent tous les douze étapes suivantes :

    1- Le héros dans son monde ordinaire : il s’agit d’une introduction qui fera mieux ressortir le caractère extraordinaire des aventures qui suivront.
    2- L’appel à l’aventure, qui se présente comme un problème ou un défi à relever.
    3- Le héros est d’abord réticent, il a peur de l’inconnu.
    4- Le héros est encouragé par un mentor, vieil homme sage ou autre. Quelquefois le mentor donnera aussi une arme magique, mais il n’accompagnera pas le héros qui doit affronter seul les épreuves.
    5- Le héros passe le « seuil » de l’aventure, il entre dans un monde extraordinaire, il ne peut plus faire demi-tour.
    6- Le héros subit des épreuves, rencontre des alliés et des ennemis.
    7- Le héros atteint l’endroit le plus dangereux, souvent en profondeur, où l’objet de sa quête est caché.

    8- Le héros subit l’épreuve suprême, il affronte la mort.

    9- Le héros s’empare de l’objet de sa quête : l’élixir.
    10- Le chemin du retour, où parfois il s’agit encore d’échapper à la vengeance de ceux à qui l’objet a été volé.
    11- Le héros revient du monde extraordinaire où il s’était aventuré, transformé par l’expérience.
    12- Le retour dans le monde ordinaire et l’utilisation de l’objet de la quête pour améliorer le monde (donnant ainsi un sens à l’aventure).

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LA CONCLUSION

L’acteur Christopher Lee reste le seul membre de l’équipe a avoir rencontré J. R. R. Tolkien de son vivant (l’auteur est décédé en 1973). En juillet 2003, dans le cadre de l’avant-propos du livre The Lord of the Rings: Weapons and Warfare – An Illustrated Guide to the Battles, Armies and Armor of Middle-Earth, il a écrit :

« La lecture de Bilbo le Hobbit a été une révélation. Aujourd’hui encore, ce livre ne laisse pas de me fasciner. Mais il n’était qu’un avant-goût de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Dès les premières pages de celle-ci, j’ai eu la certitude de pénétrer dans un monde magique et enchanté sans équivalent dans l’histoire de la littérature. De ma vie, je n’ai rien lu de comparable à l’oeuvre du professeur Tolkien. Je n’hésite pas à affirmer qu’il a porté la fiction littéraire à son summum. Rien de tel n’avait existé avant lui, ni probablement après. »

Tout le monde, autant le public que les critiques, s’entend pour dire que The Lord of the Rings est supérieur à The Hobbit. Quiconque les visionne dans la chronologie du récit (An Unexpected Journey, The Desolation of Smaug, The Battle of the Five Armies, The Fellowship of the Ring, The Two Towers, puis The Return of the King) verra donc son intérêt aller crescendo, ce qui n’est pas mauvais en soi. Un pont a bel et bien été érigé entre les deux trilogies afin que les six films s’enchaînent sans anicroche, cachant ainsi les lacunes scénaristiques du récent et bordélique The Hobbit: The Battle of the Five Armies. Après tout, les scénaristes (Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson, Guillermo del Toro) ont tiré trois films d’envergure d’un roman de 287 pages!

La version longue et officielle de cet ultime film devrait sortir aux alentours du 3 novembre 2015 avec trente minutes inédites. Bout à bout, les deux aventures de Peter Jackson dureront donc 21 heures et 8 minutes, soit presque une journée entière. De quoi donner essor à une expérience unique en son genre! Espérons maintenant que la Tolkien Estate consente à céder les droits du roman The Silmarillion (oeuvre posthume composée d’une série de récits qui racontent la mythologie et la cosmogonie de la Terre du Milieu) et que Jackson, déjà chaud à l’idée, reprenne les rênes de la réalisation…

Si les livres de J. R. R. Tolkien ont marqué l’imaginaire de plusieurs générations de lecteurs, les films de Peter Jackson, quant à eux, marqueront certainement celui de plusieurs générations de cinéphiles grâce à sa démesure visuelle.

Verdict des six films : 8,5 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca