X Company : espionnage actif




Accueil » Nouvelles » À la Une » X Company : espionnage actif

X Company : espionnage actif

X Company est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la mi-février sur les ondes de CBC au Canada qui nous transporte en France en 1942 alors que cinq espions d’origine nord-américaine travaillent à protéger la population locale, tout en parvenant à s’infiltrer dans les hautes sphères du pouvoir qui est depuis quelques années détenu par les Allemands.

XCompany_620x296_PublicitySlider-thumb-620xauto-394603

Leur base top secrète, le camp « X », est situé en Ontario et est dirigé par le militaire Duncan Sinclair (Hugh Dillon). Inspiré d’un camp similaire qui a vu le jour durant la Deuxième Guerre mondiale, X Company est une série d’espionnage assez bien réussie, avec des personnages objectifs et des histoires crédibles contenant leur lot de tension. Et malgré quelques invraisemblances, notamment au niveau du montage et de certains dialogues, cette coproduction entre le Canada et la Hongrie vaut le coup d’œil.

Toiles d’araignées « décomplexifiées »

Comme la France a été vaincue par les Allemands aux tous débuts de la guerre, le pays, grâce à ses frontières, est un véritable théâtre d’opérations entre les Alliés et la Triplice quant aux dénouements des futurs combats. Le Canada n’est pas en reste et depuis sa base, forme plusieurs espions qu’on envoie ensuite aux quatre coins de l’Hexagone afin de déjouer les plans de l’ennemi. C’est d’abord une équipe de cinq d’entre eux que l’on suit, soit, Aurora (Evelyne Brochu), une Canadienne française parlant couramment trois langues, Neil (Warren Brown), un spécialiste des combats rapprochés et des armes de combat, Harry (Connor Price) un ingénieur capable de fabriquer des bombes artisanales et opérateur radio, Tom (Dustin Milligan), le seul Américain du groupe expert en propagande et René (François Arnaud), le leader du groupe qui se cache derrière une couverture de journaliste. Dans le premier épisode, le groupe doit faire exploser un pont sur lequel se sont donné rendez-vous plusieurs membres du haut commandement du Reich. Malheureusement, au cours de l’opération, un projectile atteint le ventre de René qui tombe dans le fleuve et se fait emporter par le courant. Comme nul ne sait s’il est mort ou non, Sinclair recrute un nouveau jeune homme : Alfred (Jack Laskey), atteint de synesthésie, un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés, ce qui lui permet d’un simple coup d’œil de mémoriser des codes et des documents ultrasecrets.

thumb

Dès le premier épisode, on est soulagé que X Company n’ait pas adopté la même structure que The Game ou encore Allegiance, deux récents drames d’espionnage qui avaient tôt fait de nous ennuyer tellement on mettait l’emphase sur les groupes de discussion entre hauts fonctionnaires et engendrant ainsi des suppositions et des dialogues à n’en plus finir. À l’opposé, ce sont les scènes d’actions qui priment dans la série canadienne et on réussit à créer une gradation dans la tension qui s’avère très efficace. L’autre bon point est que l’on nous offre des personnages secondaires qui ne sont pas noir ou blanc, mais entre les deux. En effet, ce ne sont pas tous les Allemands qui sont des salauds et certains critiquent même les ordres venus d’en haut. À l’opposé lors du second épisode, le groupe doit séquestrer les membres d’une famille française qui a adhéré aux idéologies nazies et c’est Tom qui doit essayer de les « déprogrammer ». Et s’il réussit à la toute fin, c’est tout de même l’échange entre les deux camps qui se révèle intéressant.

Mais X Company comprend aussi quelques failles, notamment concernant le seul personnage principal féminin : Aurora. C’est peut-être en raison de la récente diffusion d’Agent Carter, mais on a l’impression que c’est un prérequis pour les femmes d’être séduisantes pour exercer leur métier d’espionnes et vient toujours une scène où l’héroïne doit (feindre) de coucher avec celui qu’elle épie. Dans le troisième épisode, Aurora se rend dans un bordel et se fait passer pour une prostituée afin de soutirer des informations de son client allemand qu’elle compte ensuite droguer. C’est presque la même scène qui se produit dans la série d’ABC, y compris la tenue sexy qu’elles arborent. L’autre point négatif concerne la disparition de René. À cause de la mise en scène, on ne croit pas un instant qu’il a succombé à ses blessures, mais lorsqu’on regarde sur IMDB, son interprète François Arnaud n’y est inscrit que pour un épisode. Il n’est pas rare que pour un pilote on utilise un acteur connu pour attirer l’auditoire et qu’on l’évacue par la suite (The Librarians en est un bon exemple), mais sa mort semble tout simplement gratuite et surtout peu crédible. À suivre…

Authenticité à géométrie variable

Le Canada est souvent éclipsé derrière les États-Unis ou la Grande-Bretagne lorsqu’on a droit à des drames entourant la Seconde Guerre mondiale. Comme avec Bomb Girls qui nous montrait le quotidien des femmes dans une usine d’armement de Toronto, la créatrice de X Company Stephanie Morgenstern souhaitait lever le voile sur la contribution des espions canadiens durant le conflit de 39-45 : « Prime Minister William Lyon Mackenzie King didn’t even know it existed and it was right in his own backyard, » (…) « People who worked there were sworn to secrecy and it wasn’t even declassified until the 1980s. »

maxresdefault

Si l’intention est louable, force est d’admettre qu’il n’y a pas grand-chose de « canadien » dans la série. Les protagonistes passent 95 % du temps des épisodes en France et à chaque fin d’émission, on les retrouve à la base de Toronto, comme si c’était la porte d’à côté : ces aller-retour sont peu crédibles, d’autant plus qu’ils n’apportent rien à l’histoire. Du coup, l’identité des protagonistes importe peu, ce qui fait de la série un drame d’espionnage neutre. L’autre détail qui agace est la langue parlée. Bien qu’Aurora soit francophone, elle ne parle pas un mot de sa langue, même lorsqu’elle discute avec les locaux en France. Les Français aussi communiquent entre eux en anglais : c’est-à-dire qu’ils sont tous bilingues, même une fillette de province de 8 ans! On pourrait comprendre ce raccourci par ailleurs courant dans les séries historiques, mais ici, les Allemands communiquent entre eux dans leur langue commune et ont a droit à des sous-titres. Deux poids deux mesures ou paresse scénaristique?

En incluant les enregistrements, le premier épisode de X Company a été vu par 1,05 million de téléspectateurs auxquels il faut en ajouter 442 000 supplémentaires pour la reprise la semaine suivante. Le second épisode en a retenu 717 000 et le troisième, 631 000; des chiffres satisfaisant pour CBC qui a déjà commandé une deuxième saison. Et dans la foulée, la chaîne publique proposera un autre drame d’espionnage l’an prochain; The Romeo Section, une production originale sous forme de thriller dont le tournage aura lieu à Vancouver.

Articles connexes

Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!